P*. XXVI
3 V allll. VU, 50.
I II. for. XI, 2 *
* II. Pür. Il, U.
POUR UNE PROFESSION
vierges : Indue armaturam pudoris , circumduc mllum pudicitiœ , murum sexui tuo strue qui nec luns emiltat oculos , nec admittat alienot ' ;
• Revêtez-vous , leur dit-il , des armes de la pu-
• deur ; entourez votre honnêteté d'un rempart :
• dressez une muraille à votre sexe , qui empêche
• vos yeux de sortir, et refuse l’entrée à ceux des « autres: *d'ou vous pouvez conelurequ'une vierge n'est plus vierge sitôt qn'elle s'abandonne aux sentiments de la terre , et qu’alors sa virginité lui tourne en prostitution.
Passons outre : il n’y a rienquisoitplusà vous que votre propre volonté; néanmoins vous avez bien la résolution de vous en vouloir dépouiller. En effet , vous la soumettez tellement aux ordres d'autrui , qu'on nesall plus si c'est la vôtreou celle de vos supérieurs ; et l'obéissance rigoureuse que vous professez l’anéantit de telle sorte, qu’un Père ancien l’a nommée la sépulture de la volonté ■; sépulture certainement bien pénible, parce qu'il la faut recommencer mille et mille fois ; mais qui vous avertit que , renonçant si généreusement & la chose qui est le plus en votre pouvoir, ce serait un crime si vous vous reteniez aucun bien du monde.
Enfin , considérez , par une réflexion sérieuse, que l'action que vous allez faire est un sacrifice, et que ce serait un sacrilège exécrable , si vous réserviez quelque chose de ce qui entre par une oblation solennelle en la possession du Trés-liaut. Ophni et Phinées, sacrificateurs d'Israël, pour s’être attribué les offrandes que le peuple présentait à Dieu, furent dévorés avec leur armée par le glaive des Philistins 3 : d'autant , comme dit le prophète Isaïe, « que Dieu est le Seigneur , et ne
• peut souffrir la rapine dans les holocaustes : ■ Ego Dominas, odio habens rapinam in hoioenuslo*. Et de quelle puuition penseriez-vous être digne , si vous ravissiez à Dieu non point la graisse des agneaux ou des béliers ; mais une victime vivante , lavée du sang de son Fils, qu'il a tirée dn monde pour la sanctifier à son nom?
Dites donc, ma très-chère sœur, en faisant une revue générale dans tous les replis de votre cœur, dites du plus profond de votre âme : O monde, à qui mon Maître n'a pu plaire, et qui n’as pu plaire à mon Maître! ô monde, qu'il a surmonté par l’infamie de sa mort! monde enfin, théâtre de folie et d’illusion, je te quitte et je te renonce de toute mon affection. Et vous, rompez mes liens,
Ô Seigneur! je vous immolerai une hostie de louange l, et mou âme délivrée ne cessera de
' De f'iry. rel. n* 16.
* S. Jean. CliM. Seal. Parnd. G nul. it.
* I. Rcg- if, M, IV.
4 h. mi, ». I
* Pt. c*v , s.
bénir vos incomparables bontés. Daignez, mon sauveur Jésus , me recevoir en vos bras , et ne permettez pas que mes ennemis m on arrachent. C'est cc que vous donnera, s'il plaît à Dieu, la persévérance, qui doit faire le second point de cet entretien.
S1C03D FOIflT.
- Qui veut venir après moi , dit notre divin
* Capitaine , qu'il renonce à soi-même, et porte
* sa croix tous lesjonrs : ■ Tullat crucem suam quotidie. Cette croix, c'est la guerre que nous devons avoir contre le monde et la chair, auxquels nous devons nous crucifier avec notre Maître : et ce mot , « lous les jours • nous marque la persévérance. Au reste, notre. prince nous avertit qu’il ne nous veut point épargner ; qu’avec lui , une bataille gagnée en attire une autre , et qu'il ne sait point donner d'autre rafraîchissement à ses troupes; qu'il entend enfin que leur travail soit contiuuci en ce monde, puisque leur couronne dans le ciel doit être immortelle : voilà comme il nous encourage a persévérer.
Pour appliquer ceci à votre condition , comprenez, s’il vous plait, la nature de vos vœux. Il y a deux sortes de vœux ; les uns sont pour un temps , et les autres , à perpétuité , comme ceux que vous allez faire. Ce que je dirai se doit entendre particulièrement des derniers , bien qu'à proportion il se puisse aussi appliquer aux autres.
C’est la religion, disent les théologiens, qui nous lie à Dieu; et le vœu, selon leur doctrine, en est un des actes qui a la vertu d’étreindre ce sacré nœud. Car encore que tout ce que nous sommes appartienne au Créateur, de droit naturel ; néanmoins il a voulu nous laisser uu certain domaine sur nos actions, pour former en nos âmes une légère image de sa souveraineté absolue : et c’est ce domaine que vous lui cédez et transportez par vos vœux. Quels doivent donc être les sentiments d’une âme pieuse , qui se veut de tout son cœur dévouer à Dieu ? Premièrement , elle considère que tout ce qu’il y a d’être dans les créatures, relève de cet Être souverain et universel : puis , poussée d'un violent désir de se réunir à son principe , et de se donner à lui pour toute l'éternité, elle proteste de se résigner tout entière à ses saintes dispositons ; afin qu’il règne sans réserve sur ses puissances, qu’il les occupe toutes et les remue selon ses conseils, s’y attachant de tous ses efforts et enracinant , pour ainsi dire, sa volonté dans cette volonté première et indépendante, la règle et le centre de toutes les autres. Telle est l’adoration que vous allez rendre aujourd'hui à cet Esprit incompréhensible , dont le ciel et la terre redoutent les commandements.
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Et cette adoration est en ce point différente de toutes les autres , que celles-ci passent avec l'acte que vous en formes; au Heu que celle-là a son effet dans toute la vie : de sorte que comme Dieu est immuable par la loi toujours permanente de son éternité; aiusi vous vous faites une loi vousméme , par les vœux que vous concevez , d’étre ferme et inébranlable dans son service.
Donnez-vous donc de garde que l'ennemi ne vous trompe ; et que , ne pouvant vous ébranler d’abord dans la (In principale de votre vocation , il ne tâche de vous jeter peu à peu dans quelque relâchement , et ne vous fasse négliger insensiblement les choses de moindre importance : sur quoi vous avez à penser qu'une âme religieuse, dont tous les mouvements concourent à la même (in , ressemble en ce point à une voûte bien affermie , qui est incapable de succomber quand on la veut pousser tout entière , mais qu'on peut faire tomber facilement en ruine par la désunion qui s’en ferait pièce à pièce. C'est pourquoi ne dédaignez pas ce qui vous semble le moins nécessaire, parce que de là dépend le plus important ; Dieu ayant ordonné pour la connexion de toutes les choses , et afin que chacune eût son prix , que les plus grandes fussent soutenues sur les plus petites : et ainsi ce qui serait peut-être à mépriser , «•Ion sa nature, devient très-considérable par la conséquence. Ne permettez donc pas que l'on vous puisse jamais reprocher ce que le saint apôtre reproche aux Galates' : Sic slulti estis, ui cum spiritu cœperitis, nunc came consumtnemini? « Seriez-vous bien assez insensée pour
• vouloir finir par la chair, après avoir commencé
• par l'esprit? Auriez-vous, poursuit-il, tant souf- « fert en vain? » Tanta passi estis sine causa ?
Et moi, ne vous puis-je pas dire , à l'exemple 'de ee Maître des prédicateurs : Auriez- vous pour néant renoncé au monde? Non,non, ma très-chère sœur; veillez dans l’exercice de l’oraison ; que vos yeux languissent et défaillent , en regardant le saint lieu d’ou vous doit venir le secours; et celui quia commencé en vous cette bonne oeuvre , nonseulement vous donnera la grâce de persévérer, mais encore il vous fera croître de jour en jour en Jésus-Christ notre chef : Crescentesin eo per oie nui, qui est caput Christus \ C’est par où je m’en vais conclure.
TnOISIÈHK POINT.
« Qui veut venir après moi , qu’il renonce à
• sol-même, et porte sa croix tous les jours, et
• me suive : » Ht sequatur me. Pour ne nous
1 Calai. 111,34.
- Ephei. IV, »*•
point éloigner de notre première pensée , ne vous semble-t-il pas entendre notre brave Capitaine, qui pour porter en nos cœurs une vignurcuse.r«solution : Qui m’aime me suive, dit-il : il est vrai que je vous mène à de grands périls ; mais souvenez-vous que je vous commande de me suivre, et non point de marcher devant • Or, uous
• n'avons point un pontife qui ne saclie pas
• compatir à nos infirmités • : Non habemus ponlificem, qui non passif compati injirmilaiibus noslris ' . Comprenez maintenant combien ces paroles nous Invitent à croître toujours.
Quand ces deux difficultés concourent en un même objet, savoir, la nécessité de le suivre et i'ImpussIbilJté d’y atteindre, il ne reste qu'une chose à faire , qui est d'avancer toujours. Or, tel est le Fils de Dieu, l'exemplaire de notre vie. Nous voyons dans ses actions , premièrement , la lumière de ses vertus qui nous doit conduire ; et en second lieu, la perfection où nous ne pouvons parvenir. Il faut donc courir incessamment après lui, selon la mesure qui nous est donnée, comme ce brave athlète saint Paul , qui court incessamment vers le but de la carrière : Ad destinalum persequor, dit-il *; c'cst-à-dire, • Je « poursuis toujours ma pointe ; je ne cesse de ■ pousser en avant au point où l’on me montre
• le terme de ma carrière , qui est Jésus-Christ. • Mais eonsidéraut entre son Maître et lui une distance infinie, il s'étonne d'avoir si peu avancé, et oublie , dit-il , ce qui est derrière lui ; c'est-àdire, qu'il ne fait point d'état de l'espace qu'il a couru : Quœ quidem rétro sunt obliviscens. Quant à ce qui lui reste , où il ne voit point de bornes, il s'y étend : il veut dire qu’il passe scs forces, et sort en quelque façon de soi-même pour y arriver : Ad ea quœ sunt priora extendens meipsvm; d’où je conclus que la perfection du christianisme ne consiste point en un degré déterminé. Or, cc que vous recherchez dans le genre de vie que vous embrassez, c'est la perfection du christianisme, et par conséquent ne vous lassez jamais de monter : allez de verlu eu vertu, si vous voulez voir le Dieu des dieux eu Sion *.
Et pour ramasser en trois mots toute l'instruction de ce discours, détachez-vous entièrement de vous-même : vous y êtes obligée par Faction que vous allez faire , et par les conseils évangéliques que vous professez : Abnegel semetipsum . Persévérez; c'est ce que vous enseigne la nature de vos vœux , qui est immuable : TolUU crucem suam quotidie. Enfin augmentez, si vous ne vou-
' Ht tir. IV, 13.
» Philips, ni, 11, 13, II. I
l Pi. uuxui, ».
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iei aller contre la 0n de votre vocation , qui est la perfection du christianisme : avancez donc toujours, en suivant Jésus : El sequatur me. Cest ce que j'avais à vous dire , touchant l’exposition de mon texte : maintenant , pour ne point retarder vos désirs, je m'en vais conclure.
Par quel ordre de la Providence est -il arrivé que ccttc journée, qui va vous voir tout à l'heure sortir du monde , touchât de si près celle qui vous y a vu faire votre première entrée , et que presque un même temps fût témoin de votre naissance et de votre mort ? N’est-ce point que Dieu veut vous taire entendre par là que vous n'êtes née que pour cette vocation? ou bien que pendant ces jours qui , selon la révolution des années , vous représentent lespremiers de votre vie , vousen devez commencer une nouvelle au service de Jésus-Christ? Quoi qu'il en soit , ma très-chère soeur, et quoi que ce soit que ce Roi des siècles vous veuille signifier par cette bieuheureusc rencontre, je le prie de le faire profiter à votre salut.
Cet ancien disait qu’il n’avait vécu que depuis qu’il s’étnit retiré dans la solitude. Puisse notre grand Dieu combler de tant de douceurs la solitude plus sainte où vous vous jetez , que vous commenciez seulement de cette matinée à compter vos jours : puissiez- vous devenir aujourd’hui enfant en Jésus-Christ; et que ce mercredi, qui vous doit être si mémorable, soit dorénavant le jour de votre nativité î
C’est aussi en ce même jour, ma très-chère sœur, que vous fûtes baptisée. Vous n’aviez fait que le premier pas dans ce monde, et déjà on vous obligeait par un acte public d’y renoncer. Vous n’aviez alors pour toute voix que des cris : l’Église vous prêta In sienne pour faire cette généreuse déclaration; après quoi vous fûtes lavée de l’eau du baptême, ou, laissant les ordures de votre première nativité, vous reprîtes une nouvelle naissance non point de la chair, mais d’un esprit pur, et d’une eau sanctifiée par des paroles de vie. O que vous célébrerez dignement aujourd'hui l’anniversaire de votre baptême! puisque vous allez non-seulement quitter le monde en esprit , mais que vous lu! allez arracher votre corps et rompre avec lui toute sorte de commerce.
L’on a toujours cru dans l’Église que le martyre était un baptême; et les saintes pénitences, que l’on voue de pratiquer dans les monastères, ne peuvent-elles point passer pour un nouveau genre de martyre, dans lequel Dieu ne voit rien qui ne plaise à sa majesté, puisque le persécuteur et le patient lui sont agréables? Que si le grand Cyrille de Jérusalem a bien pu appeler le baptême un sépulcre et une mère ' , n’en puis-je
1 Cutccfus. XX, NyiL U, u" t, p 313.
pas dire autant de la cérémonie de ce jour, dans laquelle votre chair ensevelie donnera place à la pure vie de l'esprit? Heureuse à qui la perte de si peu de chose va valoir un bien éternel ; qui , par un aimable artifice , quittez tout pour tout retrouver en Dieu, et ainsi deviendrez ce que dit saint Paul ’ , * comme n'ayant rien et possédant « toutes choses I •
* Mais sachez, ma sœur, que ce monde que vous quittez a intelligence chez vous , et que , durant tout le temps que vous demeurerez sur la terre , il ne cessera jamais de vous persécuter. Il tentera toutes sortes de voies et toutes sortes d'artifices pour vous embarrasser de quelque affection sensible. Ah 1 ma très-chère sœur, donnezvous bien de garde de l’écouter. Ne voyez-vous pas que le démon est toujours à épier l’occasion de vous perdre, qu'il ne cesse de dresser quelques batteries nouvelles pour vous attaquer ? quelle honte serait-ce si votre esprit avait moins de soin de se conserver , que la chair et le moude n’en ont de vous nuire ! Regardez les passionnes de la terre, comme ils sont constants dans leurs poursuites insensées : faut-il que la folie de In chair soit plus prévoyante que la sagesse du ciel?
Je ne doute pas que vous n’ayez au commencement une grande ardeur dons les moindres choses, et j'espère que Dieu vous la conservera; mais il faut y prendre garde. Qu'il est facile , mu chère sœur, de se relâcher, et que nous nous persuadons facilement qu'il n'est pas besoin de se donner tant de peine 1 et cependant il n'y a rien de si dangereux. La dévotion ue se perd jamais que pur le relâchement. Il en est comme d une voûte ; tant que toutes les pierres s'appuient l’une l'autre , elle résiste à toutes sortes d’efforts , et ne peut jamais être abattue que par pièces : de même la dévotion , qui consiste dans uu certain accord de tous les seutiments de l’âme , est trop forte quand toutes les parties se prêtent uu mutuel secours; elle ue se peut perdre par un autre moyeu que par le relâchement.
11 y a certaines petites choses que nous avons peine à croire si nécessaires ; c’est pourquoi nous les omettons assez facilement : mais c'est un artifice du démon. Souvenez- vous que les plusgrandes choses dépendent d'uu petit commencement ; qu'il faut avoir fait le premier pas , avant que d'être renversé dans un précipice. Nous ne nous apercevons pas du changement, tant que nousne voyous pas une notable altération; et cependant
■ II. Cor. n , 10.
• La rode tic ce «‘«non part il Otm uno extension ou un développement de» vérité* déjà énoncée* dans le corps du discours , rl que Bossuet w wra proposé de traiter d’un» nouvelle inamore daus cpivkpie autre occasion. (HJu. de Ü juf.i . )
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les forces se diminuent , et le démon gagne peu A peu ce qui lui nurait été inaccessible , s’il y eôt prétendu du premier abord. Il se faut donc bien garder de faire comme ces âmes lâches. Ah! disent-elles, pour cela c'est peu de chose, je serai plus exacte dans les choses d'importance : comme si celle qui manque dans ce qui est plus facile pouvait se promettre de venir à bout des grandes difficultés. Pour moi je ne voudrais direque trois mots à une personne de cette sorte.
N’est-il pas vrai que nous ne nous maintenons que par la grâce de Dieu? Vousn’en pouvez douter; et si cela est, d'où vient que vous vous promettez d'étre ponctuelle dans les soins importants , bien que vous soyez négligente dans les choses qui vous paraissent de moindre conséquence? Vous qui avouez que, dans l'état de la plus grande perfection , il n'v a que Dieu qui puisse vous soutenir, comment pouvez-vous vous assurer devous retenir, lorsque vousavezdonnélc premier branle à votre âme du côté du penchant? Est-ce par votre propre force, ou par cellede Dieu? Si vous croyez le pouvoir par vous-méme , c’est une grande vanité ; si vous l’attendez de Dieu , c’est une grande imprudence; car il ne se peut rien concevoir de plus imprudent que de reconnaltrcquc nous dépendons de Dieu , et de lui donner sujet de nous abandonner par nos négligences.
Par où vous voyez, matrès-chère sœur, que de négliger les petites choses , cc n’est pas une faute si peu considérable que nous nous l'imaginons, et que, bien qu’elle ne semble pas grande en ellemême , elle est extrêmement dangereuse dans ses conséquences. C’est pourquoi je vous dis avec l’apôtre : State in Domino' : « Tenez ferme, et * demeurez dans INotre-Seigneur. - Mortifiez-vous dans les petites choses , afin de vous accoutumer â vaincre dans les grandes tentations. Refusez tout cc qui vous viendra de la part du monde, jusqu'au moindre présent, pour ne lui pas donner la moindre prise ; et surtout vivez de telle sorte dans la religion , qu’on ne vous puisse pas reprocher, ou jour du jugement, qu'en vous le commencement valait mieux que la fin : de peur (pie votre ferveur ne passe pou r une dévotion légère , ou pour un amour de la nouveauté.
Nous avons vu, ma sœur en Jésus-Christ, qu'il est nécessaire de renoncer entièrement au monde , et qu'il faut persévérer dans cette aversion, pour acquérir la perfection de cette vie solitaire que vous embrassez. Il semble qu’il n’y ait plus rien à ajouter A ces deu x choses. Et en effet, Je ne voudrais pas en dire davantage, si je n'avals à par-
ler A une épouse de Jésus-Christ; mais il faut vous porter au plus haut degré, puisque vous avez résolu de suivre le chemin de la perfection. Je vous dis donc qu’il ne suffit pas de persévérer, il faut croître, ma sœur, et courir toujours de plus en plus A Jésus-Christ.
Je pourrais vousdire, pour établircette vérité, qu'un bon courage ne peut se prescrire de bornes ; que l’amour qui craint d'aller trop loin n’est qu’un faux amour ; que le chemin du ciel étant extrêmement roidc , cc serait une grande témérité de prétendre y marcher d'un pas égal ; qu'U faut toujours faire contention ; que qui ne s’efforce pas de monter, il faut qu’il soit renversé de son propre poids; que nous ne saurions nous acquitter des obligations que nous avons A Dieu , quand nous y emploierions une éternité avec toute l'ardeur imaginable; et partant, que ce serait bien manquer de courage et une grande ingratitude, de nous borner lâchement A un commencement de vertu mal affermie, contre toute prudence , contre les enseignements et l'exemple du Fils de Dieu , contre les sentiments que vous doit inspirer la générosité du christianisme et l'amour d'un si bon père, tel qu'est notre Dieu. Je ne doute pns que vous ne vous rendissiez A ces raisons : mais il faut vous faire voir combien est étroite l'obligation que vous avez du croître jusqu'à la mort.
Je vous dis donc , ma sœur, que si vous n’avez dessein de vous avancer toujours, il ne vous sert de rien d'entrer dans un cloître, ni de vous attacher A Dieu par les promesses solennelles qne vous allez faire. Pourquoi quittez-vous les empêchements du monde? n'est-ce pas parce que vous aspirez à la perfection avec la grâce de Dieu? Or, In perfection du christianisme n’a point de bornes assurées, d’autant qu’elle se doit former sur uu exemplaire dont il n’est pas possible d'imiter toutes les beautés, ("est Jésus-Christ , ma sœur, le Fils du Père éternel , celui qui porte tout le monde par sa parole, en qui habitent toutes les richesses de la Divinité. Puis donc que nous ne pouvons jamais atteindre A nous conformer parfaitement A Jésus-Christ, tout ce que nous pouvons , c'est de tâcher d'en approcher de plus en plus. Et si la perfection du christianisme n'est pas dans un degré déterminé , il s'ensuit qu’elle consiste A monter toujours. Et partant , ma sœur, vous proposer d’atteindre A la perfection , et vous vouloir arrêter en quelque lieu , c’est contraindre vos propres desseins; c'est aller contre votre vocation que de prescrire des bornes A votre amour. L»prit de Dieu, que vous voulez faire absolument régner sur vous, ne saurait laisser scs entreprises imparfaites; il porte tout au plus haut
' Philipp. IT, |.
POUR LA PROFESSION
Louise dr LA Miséricorde; et dam son noviciat , comme pendant tout le reste de sa vie , qui Tut longue et pleine de souffrances , elle ne mit pas de bornes aux macérations et privations de toute nature qu’elle crut devoir s’imposer. LU seul trait en fera juger.
Un jour de vendredi saint , étant au réfectoire , elle se ressouvint que, dans le temps qu’elle était à la cour, elle se trouva , dans une partie de citasse, pressée d'une soif dévorante; mais qu’on lui apporta aussitôt des rafraîchissements et des liqueurs délicieuses , dont elle but avec le plus grand plaisir. Ce souvenir, joint à la ((«usée du fiel et du vinaigre dont Jésus-Christ avait été abreuvé dans sa soif sur la croix , la pénétra d'un si vif sentiment de repeutir et d’humiliation , qu’elle résolut dans le moment de ne phi* boire du tout. Elle fut près de trois semaines sans boire une goutte d’eau , et trois ans entiers & n'en boire par jour qu’un demi-verre. Cette rude pénitence, dont on ne s’aperçut pas , la fit tomber malade , et depuis ce temps elle eut des maux d’estomac violents qui la réduisirent quelquefois à îles faiblesses extrêmes. A des maux de tête continuels se joignirent des rhumatismes douloureux , et une sciatique qui lui déboîta la lianclie ; mais, malgré tous ses maux, elle ne cessa pas , jusqu'à la fin de sa vie , de partager les (K'nihles travaux delà communauté, et de se lever cltaquc jour deux heures avant toutes les autres, pour aller se prosterner au pied des autels.
On ne saurait trop s’étonner qu’une femme élevée et nourrie si longtemps dans U délicatesse et l’opulence , ait pu, au milieu de tant d'infirmités , supporter pendant trente-six ans d'aussi rudes épreuves. Elle mourut en 1710, Agée de près île soixante-six ans.
On a d’elle an livre pleiu d’onction , intitule Réflejcinm sur la miséricorde de Dieu. Il fut imprimé sans son areu.
Yoyex fINiMn de Bossuet, U u , hv. v, n°’ v et vi.
SERMON
V POUR LA PROFESSION
IÎkVuIUM* »E L» VALLI&RE . ni’CHKSîiE DE VACJOC*. J H f Cl I ft DEVANT LS ALINE , LE 4 JUIN I67S *-
degré quand on le laisse dominer sur une âme.
Considérez comme l'ambition ne saurait trouver de bornes, quand on lui laisse prendre le dessus sur la raison : et nous pourrions croire que l'Esprit de Dieu ne nous voudrait pas pousser à rechercberce qu'il y a de meilleur? Cela est bon dans les âmes où on le tient en contrainte. Mais vous, ma sœur, vous vous captivez pour donner la liberté tout entière à l'Esprit de Dieu ; latssozle agir dans votre âme. La charité qui opère en vous vient de Dieu, et ne demande autre chose que de retourner à sa source : si elle est forte en votre âme, elle ne cessera de l’entraîner par l’impétuosité de sa course , jusqu’à tantqu'elle se soit reposée dans le sein du Bien-Aimé.
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