‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 153 sur 243 · POUR LA PROFESSION DE MADAME LAVALLIÈRE · texte numérisé non relu

POUR LA PROFESSION DE MADAME LAVALLIÈRE

«•sprit de raillerie Inconsidérée, qui naît parmi l’enjouement des conversations. Quiconque en est possédé croit que toute la vie n’est qu’un jeu : on ne veut que se div ertir ; et In face de la raison , si je puis parler de la sorte , parait trop sérieuse et trop chagrine.

Mais A quoi est-ce que je m'étudie ? è chercher des causes secrétes du dégoût que vous donne la piété? Il y en a de plus grossières et de plus palpables : on sait quelles sont les pensées qui arrêtent le monde ordinairement. On n’aime point la piété véritable; parce que, contente des biens éternels, elle ne donne point d'établissement sur la terre, elle ne fait point la fortune de ceux qui la suivent. C’est l'objection ordinaire que font à Dieu les hommes du monde : mais il y n répondu , d'une manière digne de lui, par la bouche du prophète Malachie « Vos paroles se sont élevées

■ contre moi , dit le Seigneur, et vous avez ré- . pondu : Quelles paroles avons-nous proférées

■ contre vous? Vous avez dit : Celui qui sert . Dieu se tourmente en vain. Quel bien nous est- « il revenu d’avoir gardé ses commandements,

« et d’avoir marché tristement devant sa face?

• Les hommes superbes et entreprenants sont . heureux : car ils se sont établis en vivant dans

• l'impiété; et Us ont tenté Dieu en songeant & « se faire heureux malgré ses lois, et ils ont fait

• leurs affaires. •

Voilà l’objection des impies, proposée dans toute sa force par le Saint- Esprit. * A ces mots,

• poursuit le prophète , les gens de bien étonnés

• sc sont parlé secrètement les uns aux autres. ■ Personne sur la terre n'ose entreprendre , ce semble, de répondre aux impies qui attaquent Dieu avec une audace si insensée ; mais Dieu répondra lui-même. ■ Le Seigneur a prêté l'oreille à

• ces choses, dit le prophète , et il les a ouïes : il a

• fait un livre où il écrit les noms de ceux qui le

■ servent; et en ce jour où j'agis, dit le Seigneur « des armées, c'est-à-dire , en ce dernier jour où

• j'achève tous mes ouvrages , où je déploie ma « miséricorde et ma justice ; en ce jour, dit-il ,

• les gens de bien seront ma possession particu- - lière; je les traiterai comme un bon père traite . un lits obéissant. Alors vous vous retournerez, « 6 impies! vous verrez de loin leur félicité , dont

• vous serez exclus pour jamais; et vous verrez » alors quelle différence il y a entre le juste et

• l’impie, entre celui qui sert Dieu et celui qui « méprise ses lois. » C’est ainsi que Dieu répond aux objections des impies. Vous n’avez pas voulu croire que ceux qui me servent puissent être heureux : vous n’en avez cru ni ma parole, ni l'expérience des autres; votre expérience vous en

* Mal. IU , 13 Pl

convaincra; vous les verrez heureux, et vous vous verrez misérables : Hcrc dicil Dominus /«ciens hœc : « C’est ce que dit le Seigneur; il l'en • faut croire : car lui-même qui le dit, c’est lui - qui le fuit; • et c’est ainsi qu’il fuit taire les superbes et les incrédules.

Serez-vous assez heureux pour profiter de cet avis, et pour prévenir sa colère? Allez , messieurs, et pensez-y : ne songez point au prédicateur qui vous a parlé, ni s’il a bien dit, ni s'il n mal dit : qu’importe qu'ait dit un homme martel ? Il y a un prédicateur invisible qui prêche dans le fond des cœurs ; c'est celui-là que les prédicateurs et les auditeurs doivent écouter. C’est lui qui parle intérieurement ù celui qui parle au dehors, et c'est lui que doivent entendre au dedans du cœur tous ceux qui prêtent l'oreille aux discours sacrés. Le prédicateur, qui parle au dehors, ne fait qu'un seul sermon pour tout un grand peuple: mais le prédicateur du dedans, je veux dircle Saint-Esprit, fait autant de prédications différentes qu’il y a de personnes dans un audito!re;car il parle à chacun en particulier, et lui applique selon scs besoins la parole de la vie éternelle. Écoutez-le donc , chrétiens ; laissezlui remuer au fond de vos cœurs ce secret principe de l'amour de Dieu.

Esprit saint, Esprit pacifique, je vous ai préparé les voies eu prêchant votre parole. Ma voix a été semblable peut-être à ce bruit impétueux qui a prévenu votre descente : descendez maintenant, 6 feu invisible; et que ces discours enflammés, que vous ferez au dedans des cœurs, les remplissent d'une ardeur céleste. Faites-leur goûter la vie éternelle, qui consiste ù connaître et à aimer Dieu : donnez-leur un essai de la vision, dans la foi; un avant- goût de la possession , dans l'espérance ; une goutte de ce torrent de délices qui enivre les bienheureux, dans les transports célestes de l'amour divin.

Et vous , ma sœur, qui avez commencé à goûter ces chastes délices, descendez, allez àl'autel; victime de la pénitence , allez achever votre sacrifice : le feu est allumé , l’encens est prêt , le glaive est tiré : le glaive, c'est la parole qui sépare l’âmed’avec elle-même , pour l’attacher uniquement à son Dieu. Le sacré pontife vous attend * avec ce voile mystérieux que vous demandez. Enveloppez-vous dans ce voile : vivez cachée à vous-même, aussi bien qu'à tout le monde; et connue de Dieu, échappez-vous A vous-même , sortez de vous-même , et prenez un si noble essor, que vous ne trouviez de repos que dans l'essence du Père, du Fils et du Saint- Esprit.

• 11. l'archevêque de Paru.

PANÉGYRIQUES

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