‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 154 sur 243 · SAINT SULPICE · texte numérisé non relu

SAINT SULPICE

PBÉCHÉ DEYAST LE BEISE KfeftE.

TroU criée* dans l'EglUe, pour surmonter Ir monde et ses vanitf* : ces trois grâces réunis en saint Sulpfre. Innocence de sa vie à la cour : se* vertus dans IVplsr |-it : sa retraite avant sa rnori , ponr réRler te* comptes avec la Instiee divine. Excellait** leçons qu'il fournit, dans ce* differents étala , nus ecclesiastiques et à tous les chrétien*.

Aras autrm non splrl/um hujus mundl acceplmus , sed spinlum qui ex Deo al; ut iclamui qwr Deo donala sunt nobts.

Pour noua, nous n'avons pas reçu l'esprit de ce monde, mais un esprit qui vient de Dieu, pour connaître les choses qu'il nous a données. 1. Cor. 11 , f A.

Chaque compagnie a ses lois, ses coutumes, ses maximes et son esprit ; et lorsque nos emplois ou nos dignités nous donnent place dans quelque corps, aussitôt on nous avertit de prendre l'esprit de la compagnie dans laquelle nous sommes entrés. Cette grande société , que l’Écriture appelle le monde , a son esprit qui lui est propre ; et c'est ee que l’apôtre saint Paul appelle, dans notre texte, l'esprit du monde. Mais comme la grâce du christianisme est répandue en nos cœurs , pour nous séparer du monde et nous dépouiller de son esprit ; un autre esprit nous est donné , d'antres maximes ‘nous sont proposées : et c'est pourquoi le même saint Paul , parlant de la société des enfants de Dieu , a dit ces belles paroles : « Nous n’avons pas reçu l'esprit de ce * monde; mais un esprit qui est de Dieu , pour > connaître les dons de sa grâce : • lit scia mus guœ a Deo donata surit tiobis.

Si le saint que nous honorons , et dont je dois prononcer l'éloge , avait eu l'esprit de ce monde, il aurait été rempli des idées du monde , et U aurait marché, comme les autres, dans la grande voie, courant après les délices et les vanités: mais étant plein au contraire de l’esprit de Dieu, il a connu parfaitement les biens qu'ii nons donne ; un trésor qui ne se perd pas , une vie qui ne finit pas, l’héritage de Jésus-Christ, la communication de sa gloire , la société de son trône. Cca grandes et nobles idées ayant effacé de son cœur les idées du monde , la cour ne l’a point corrompu par ses faveurs , ni eDgagé par ses at-

traits, ni trompé par ses espérances; et il nous enseigne , par ses saints exemples , à nous défaire entièrement de l'esprit du monde , pour recevoir l'esprit du christianisme. Venez donc apprendre aujourd'hui, [de ce grand serviteur de Dieu , le mépris que vous devez faire du monde , de ses plaisirs et de toutes ses vanités}.

Jésus-Christ , ce glorieux conquérant , a eu â combattre le ciel , la terre et les enfers; Je veux dire, la justice de Dieu , la rage et la furie des démons, des persécutions inouïes de la part du monde : toujours grand , toujours invincible, il a triomphé dans tous ces combats; tout l’univers publie ses victoires. Mais celle dont il se glorifie avec plus de magnificence, c’est celle qu’il a gagnée sur le monde; et je ne lis rien dans son Evangile, qu’il ait dit avec plus de force, que cette belle parole : • Prenez courage , j'ai vaincu • le monde : • Conjidite , ego vici mundurn v .

Ii l'a vaincu en effet, lorsque, crucifié snr le Calvaire, il a couvert, pour ainsi dire, la face du monde de toute l'horreur de saeroii , de toute l'ignominie de son supplice. Non content de l'avoir vaincu par lui-méme , II le surmonte tous les jours par ses serviteurs. Il est sorti de ses plaies un esprit victorieux du monde, qui, animant le corps de l'Église, la rend saintement féconde, pour engendrer tous les jours une race spirituelle, née pour triompher glorieusement de la pompe, des vanités et des délices mondaines.

Cette grâce victorieuse des attraits du monde n’agit pas de la même sorte dans tous les fidèles. Il y a de saints solitaires qui se sont tout à fait retirés du monde; il y en a d’autres, non moins illustres, lesquels y vivant sans en être, l'ont, pour ainsi dire, vaincu dans son propre champ de bataille. Ceux-là , entièrement détachés , semblent désormais n'user plus du monde; ceux-ci, non moins généreux, en usent comme n'en usant pas, selon le précepte de l'apôtre* : ceux-là, s'en arrachant tout à coup, n'ont plus rien à démêler avec lui ; ceux-ci sont toujours aux mains , et gagnent de jour en jour, par un long combat, ce que les autres emportent tout à une fois par la seule fuite : car ici la fuite même est une victoire ; parce qu’elle ne vient ni de surprise ni de lâcheté , mais d'uns

* Joon. »YI , 33.

1 1. Cor. vu , 31.

PANÉGYRIQUE

sas

ardeur de courage qui rompt ses liens, force sa prison , et assure sa liberté par une retraite glorieuse.

Ce n’est pas assez , chrétiens , et il y a dans l'Église, une grâce plus excellente; je veux dire, une force céleste et divine , qui nous fait non-seulement surmonter le monde , par la fuite ou par le combat, mais qui en doit inspirer le mépris aux autres. C'est la grâce de l'ordre ecclésiastique : car, comme on voit dans le monde une efficace d'erreur, qui fait passer de l’un à l'autre, par une espece de contagion, l'amour des vanités de la terre; il a plu au Saint- Esprit de mettre dans ses ministres uueefficace de sa vérité, pour détacher tous les cœurs de l'esprit du monde, pour prévenir la contagion qui empoisonne les âmes, et rompre les enchantements par lesquels il les tient captives.

Voilà donc trois grâces qui sont dans l'Eglise , pour surmonter le inonde et ses vanités; la première, de s’en séparer tout à fait, et de s'éloigner de son commerce; la seconde, de s'y conserver sans corruption, et de résister à ses attraits; la troisième, plus éminente, est d'en imprimer le dégoût aux autres, et d'en empêcher la contagion. Ces trois grâces sont dans l'Église; mais 11 est rare de les voir unies dans une même personne , et c'est ce qui me fait admirer la vie du grand saint Sulpicc. Il l'a commencée à la cour, il l'a finie dans la solitude : le milieu en a été occupé dans les fonctions ecclésiastiques. Courtisan , il a vécu dans le monde saus être pris de ses charmes : évêque, il en a détaché ses frères : solitaire, il a désiré de finir scs jours dans une entière retraite. Ainsi successivement, dans les trois états de sa vie, nous lui verrons surmonter le monde, de toutes les manières dont on le peut vaincre: car il s’est opposé généreusement à ses faveurs dans la cour, au cours de sa malignité dans l'épiscopat, à la douceur de son commerce dans la solitude : trois points de ce discours.

PREMIER POIXT.

Quoique les hommes soient partagés en tant de conditions différentes ; toutefois, selon l'Ecriture, il n’y a que deux genres d’hommes, dont les uns composent le monde , et les autres la société des enfants de Dieu. Cette solennelle division est venue, dit saint Augustin', de ce que l’homme n'a que deux parties principales; la partie animale , et la raisonnable ; et c'est par là quo nous distinguons deux espèces d'hommes , parce que les uns suivent la chair, et les autres sontgouvemés par l'esprit. Cesdeuxracesd'hom-

' Ht Civ. Dei. Ul». XIV, cap. nr , t. vil , col. 353.

mes ont paru d'abord en figure, dès l'origine des siècles, en la personne et dans la famille de Caïn et de Seth; les enfants de celui-ci étant toujours appelés les enfants de Dieu , et au contraire ceux de Caln étant nommés constamment les enfants des hommes ; afin que nous distinguions qu'il y en a qui vivent comme nés de Dieu, selon les mouvements de l'esprit; et les autres comme nés des hommes, selon les inclinations de la nature.

De là ces deux cités renommées, dont il est parlé si souvent dans les saintes Lettres ; Babyione charnelle et terrestre; Jérusalem divine et spirituelle, dont l'une est posée sur les fleuves, c'est-à-dire , dans une éternelle agitation ; Super at/uas limitas, dit l’Apocalypse1 : ce qui a fait dire au psalmiste : - Assis sur les fleuves de Ba- « bylone1 ; » et l'autre est bâtie sur une montagne, c'est-a-dire, dans une consistance immuable. C’est pourquoi le même a chanté : • Celui « qui se confie en Dieu est comme la montagne

• de Sion ; celui qui habite en Jérusalem ne sera « jamais ébranlé : » Qui conjidunl in Domino sicut mens Sions. Or, encore que ces deux cités soient mêlées de corps, elles sont, dit saint Augustin», infiniment éloignées d’esprit et de mœurs : ce qui nous est encore représenté dès le commencement des choses , en ce que les enfants de Dieu s’étant alliés, par les mariages, avec la race des hommes ; ayant trouvé, dit l’Écriture», leurs filles belles, ayant aimé leurs plaisirs et leurs vanités ; Dieu , irrité de cette alliance, résolut, en sa juste indignation, d'ensevelir tout le monde dans le déluge : afin que nous entendions que les véritables enfants de Dieu doivent fuir entièrement le commerce et l'alliance du monde ; de peur de communiquer, comme dit l'apôtre6, à ses œuvres infructueuses.

C’est pourquoi le sauveur Jésus , • l'Illumina-

• teur des antiquités, > Itluminator aniiquitalumt , parlant de ses véritables disciples, dont les noms sont écrits au ciel : « Us ne sont pas du « monde, dit-il», comme je ne suis pas du mon-

• de; «et quiconque veut être du monde, il s'exclut volontairement de la société de scs prières, et de la communion de son sacrifice, Jésus- Christ ayant dit décisivement : « Je ne prie pas « pour le monde «. »

' Apoc. xvn , I

1 Pt. CXXXVI, I.

* Ibid. CX XIV, I.

* Dt catech. rud. cap. xix, n* si, t. vi, on . 383.

4 Gentt.y 1,3.

* Ephet. T, II.

1 Terlul. ail'. Man. Ub. IV, n" 40.

* Joan. xvn, 10.

* Id. xvn , »

«le

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