SUR LA RÉCONCILIATION AVEC NOS FRÈRES
grand Augustin' ! » Faites dès & présent, nous
• dit-il , ce que Dieu vous menace de faire lui- » môme ; cessez de détourner vos regards de des-
■ sus vous, en vous dissimulant vos actions, et « mettez-vous vous-méme devant votre face. Mon-
• tez ensuite sur le tribunal de votre conscience ; . soyez votre juge : que la crainte vous tienne > lien de bourreau , et que par son tourment elle
• produise en vous une salutaire confession. Mais
- lorsque vous aurez ainsi confessé votre péché, « appliquez-vous sérieusement et travaillez sans
- relâche à guérir les plaies qu'il vous a faites.
■ Votre premier travail doit être de vous déplaire
- à vous-même , de condamner et d’attaquer vos « péchés, et de changer en mieux votre vie : ■ l'rior tabor ut displiceas tibi, ut precata rxpugnes, ut muteris in vieillis . C'est ainsi que firent les Nlnivites. Dieu les menace de les renverser, et Iis se renversent eux-mêmes en détruisant jusqu'à la racine leurs inclinations corrompues. « Niniveest véritablement renversée, puisque tous
• ses mauvais désirs sont changés en bien; elle
• est véritablement renversée , puisque le luxe de
- ses habits est changé en un sac et un cilice; la
■ superfluité de ses banquets , en un Jeûne austère ;
• la joie dissolue de ses débauches, aux saints
- gémissements de la pénitence : . Subvertitur plane Kinine, cum catcatis deterioribus studiis ad meliora convertitur; subvertitur, inquam , dum purpura in cilicium, affluentia in jejunium, hrtitia mutatur in Jletum'. O ville heureusement renversée! Renversons Ninlve en uous.
Mais écoutons encore : il ne suffit pas de nous condamner, il ne suffît pas de changer nos mœurs. La bonté entreprenant sur Injustice, la justice fait quelques réserves. Parce que JésusChrist est bon , il ne faut pas que nous soyons lâches : au contraire nous devons être d'autant plus rigoureux à nous-mêmes, que Jésus-Christ est plus miséricordieux. [C'est dans ers dispositions que le saint roi pénitent disait à Dieu :] ■ Je mange la , cendre comme le pain , et je mêle mon breuvage
■ de mes larmes, à causede votre colère et de votre » indignation : ■ Quia cinerem tanquam panent manducabam , et polum ineuin cum fletu miscebain, a facie irœ et indignationis tuœ ’. [Les Ninivites entrèrent dans les mêmes sentiments :] « ils jugèrent le remède de la pénitence si efficace, « qu'ils crurent que le jeûne même de tous leurs
• animaux leur serait salutaire : • Mini cites, tam
• In Pt. xlix.ic aa.t. iv ,cot. iso. In Pt. \xxvu,n"S4, C'A 8 US. In Pt. MX, O- s. Ool. s?a.
* S. Knchtr. Lmçil. ffom. de Panil. Pfinivs Uibhoth. PP.
lAgil.t. VI , p. Sert
> Pt. ci, io, il.
manifestum judicantes ufjUrtionis remedium, ut sibi etiam animalium crederent profulurum esse jejunium
O spectacle digne de la Joie des anges! parce que l'homme accuse, Dieu n'accuse plus : l'homme se joignant avec la justice, lui fait tomber les armes des mains; il l'affaiblit, pour ainsi dire, en la fortifiaut : Dieu lui pardonne , parce qu'il ne se pardonne pas ; Dieu prend son parti , parce qu'il prend le parti de Dieu : parce qu'il se Joint à la justice contre soi-même , la miséricode se joint à lui contre la Justice. N’épargnons pas, mes frères, des larmes si fructueuses; frustrons l'attente du diable par la persévérance de notre douleur : plus nous déplorons la misère où nous sommes tombés, plus nous uous rapprochons du bien que nous avons perdu.
SERMON
POUR