SAINT BENOIT
Trois liais pI comme trois lieux ou nous avons coutume île nous «rréU-r dans le voyage de cette vie, el qui nous em- P«VIhmi| d'arriver il notre pairie. Saint Benoit attentif, de» sa jeunes.se, à écouler la volt qui lui criait de sortir des sens. Sa vie admirable dans le désert. Que devons- nous faire, n son imitation , lorsque le plaisir des m us commence à se réveiller en nous? Fin et avantages de la loi de l'obéisnance , prescrite par saint Benoit : de quelle manière ce Saint l'a pratiquée Obligation du chrétien de toujours avancer. Attention qu'a rue «dut Benoit, de tenir sans cesse scs disciple» en baleine. Motifs qui doivent portpr, même lin plus parfaits, à opérer leur salut avec crainte cl tremblement.
Egredere. Sors . Gen. xii, 1.
Le croirez-vous, mes frères, si je vous le dis, que toute In doctrine de l'Evangile , toute la discipline chrétienne, tonte la perfection de la vie monastique est entièrement renfermée dans celte seule parole : Egredere , Sors. La vie du chrétien est un long et infini voyage, durant le cours duquel , quelque plaisir qui nous flatte, quelque compagnie qui nous amuse , quelque ennui qui nous prenne, quelque fatigue qui nous accable, aussitôt que nous commençons de nous reposer, une voix divine s’élève d’en haut qui nous dit sans cesse et sans relâche : Egredere , Sors; et nous ordonne de marcher plus outre. Telle est la vie chrétienne, et telle est par conséquent la vie monastique. Car qu’est-ce qu’un moine véritable et un moine digne de ce nom, sinon un parfait chrétien? Faisons donc voir aujourd’hui, dans le Père et le législateur, le modèle de tous les moines, la pratique exacte de ce beau précepte, après avoir imploré le secours d’en haut , etc.
Dans ce grand et infini voyage , où nous devons marcher sans repos, et nous avancer sans relâche; je remarque trois états et comme trois lieux, ou nous avons coutume de nous arrêter. Ou bien nous nous arrêtons dans le plaisir des sens, ou bien dans la satisfaction de notre esprit propre, et dans l’exercice de notre liberté, ou bien enfin dans la vue de notre perfection. Voilà comme trois pays étrangers dans lesquels nous nous arrêtons, et ensuite nous n’arrivons pas en notre patrie.
Mais pour aller à la source, et rendre la raison profonde de ees trois divers égarements, con- | sidérons tous les pas, et remarquons les divers ! progrès que fait l'âme durant ce voyage. Ou nous j nous arrêtons au-dessous de nous, ou nous nous arrêtons en nous-mêmes , ou nous nous arrêtons ' au-dessus de nous. Lorsque nous nous al tachons | an plaisir des sens, nous nous arrêtons nu -dessous de nous; c’est le premier attrait de l'âme, encore
PANEGYRIQUE
4 sa
ignorante, lorsqu'elle commence son voyage. Elle trouve premièrement en sou chemin cette basse région; elle y voit des fleuves qui coulent . des fleurs qui se flétrissent du matinnu soir; tout y passe dans une grande inconstance. Mais dans ces fleuves qui s'écoulent, elle trouve de quoi rafraîchir sa soif ; elle promène ses désirs errants dans cette variété d’objets ; et quoiqu'elle perde toujours ce qu'elle possède, son espérance flatteuse ne cesse de l'enchanter de telle sorte, qu'elle se plait dans cette basse région. Egrcdete, Sois : songe que tu es faite à l’image de Dieu; rappelle ce qu'il y a en toi de divin et d’immortel : veux-tu être toujours captive des choses inférieures? Que si elle obéit a cette voix , en sortant de ce pays, ellesc trouve comme dans un autre, qui n'est pas moins dangereux pour elle; c'est la satisfaction de son esprit propre. Nuis attraits que ses désira, nulle règle que scs humeurs, nulle conduite que ses volontés. Elle n'est plus au-dessous d'elle ; elle commence il s'arrêter en elle-même : la voilà dans des objets et dans des attaches, qui sont plus convenables à sa dignité ; et toutefois l'oracle la presse, et lui dit encore : Egrcdcre, Sors. Ame, ne sens-tu pas, par je ne sais quoi de pressant qui te pousse audessus de toi , que tu n'cs pas faite pour tol-mèmc? Un bien infini t'appelle; Dieu même te tend les bras : sors donc de cette seconde région , c'està-dire, de la satisfaction de ton esprit propre.
Ainsi, mes frères, elle arrivera à ce qu'il y a déplus relevé et de plus sublime, et commencera de s'unir à Dieu. Et alors ne lui sera-t-il pas permis de se reposer? Non ; il n'y a rien de plus dangereux : car c'est là qu'une secrète complaisance fait qu’on s’endort dans la vue de sa propre perfection. Tout est calme, tout est soumis; toutes les passions sont vaincues, toutes les humeurs, domptées; l'esprit même, avec sa fierté et son audace naturelle, abattu et mortifié : il est temps de se reposer. Non, non ; Egrcdcre, Sors. Il nous est tellement ordonné de cheminer sans relâche, qu'il ne nous est pas même permis de nous arrêter en Dieu : car quoiqu'il n'y ait rien au-dessus de lui à prétendre , il y a tous les jours à faire en lui de nouveaux progrès, et il découvre, pour ainsi dire, tous les jours à notre ardeur de nouvelles infinités. Ainsi nous renfermer dans certaines bornes, c'est entreprendre de resserrer l'immensité de sa nature.
Ailes donc, sans vous arrêter jamais; perdez la vue de toute la perfection que vous pouvez avoir acquise; marchez de vertus en vertus, si vous vouiez être dignes de voir le Dieu des dieux en Siou. Telle est la vie chrétienne ; telle est l'institution monastique, conformémeut à laquelle
nous regarderons saint Benoit dans une continuelle sortie de lui-même, poursc perdre saintement en Dieu. Nous le verrons premièrement sortir des plaisirs des sens, par la mortification et la pénitence : secondement , de Insatisfaction de l'esprit, par l'amour de la discipline et de In régularité monastique : enfin sortir de la vue de sa propre perfection , par une parfaite humilité, et un ardent désir de croître ; c'est le sujet de ce discours.
rneniEa point.
Nous lisons de l’enfant prodigue, qu'en sortant de la maison paternelle, il fut en une région fort éloignée; In région cm longinguam'. C'est l'image des égarements de notre âme, qui s’étant retirée de Dieu , 4 qu'il est vrai qu'elle s'est perdue dans une région bien éloignée, jusqu'à être captive dessens! Voyez à quelle hauteur elle devait être élevée. ■ L’homme avait été fait pour « être spirituel, même dans la chair : ■ Qui fulurus Jucrat eliam carne .ipirilualis *. Oui , créature chère, homme que Dieu a fait à sa res scmblnnce, tu devais être spirituel, même dans le corps; parce que ce corps, queDieu t'a donné, devait être régi par l'esprit : et qui ne sait que celui qui est régi , participe en quelque sorte à la qualité du principe qui le meut et qui le gouverne par l'impression qn'il en reçoit? Voilà [l'heureuse condition] où l'âme était établie.
Mais, ô changement déplorable! la chair a pris le régime, et l'âme est devenue toute corporelle : Eicrel eliam mente camalis \ Carqui 11e voit par expérience que la raison, ministre des sens, et appliquée tout entière à les servir, emploie toute son Industrie à raffiner leur goût, A irriter leur appétit, à leur assaisonner leurs objets, et ne se peut déprendre elle-même de ces pensées sensuelles? Voilà l'extrémité ; voilà l'exil où l’âme a été reléguée. Peut-on rien imaginer de plus déplorable? Etre dégradée au point de servir à celui à qui l'on devait commander avec un cmpiresouverain,quoide plus honteux! Mais une âme faite à l'image de son Dieu , si noble qu’elle ne peut prétendre à rien moins qu’à la possession de son auteur, s'avilir jusqu'à se réduira dans la dépendance des sens , [ pour y trouver son bonheur et sa perfection , quel affreux esclavage! qui peut concevoir l'extrémité de sa misère?]
Egreilcre , egredcrc . Sors , sors d’une si infâme servitude et d’un bannissement si honteux : retire-toi de ces plaisirs trompeurs qui ne tendent
' Lue. xv, 13.
1 S. iuq cfe Civ. Det, 11b. X:V,c«p. XV; Hom. VH, col. 340.
> tort.
DK SAINT BKNOIT.
qu’il t'énerver : Caveatur ilelectatio, cui mentem enervandam non oporlct dari C'est pour Dieu que tu dois conserver toute ta force ; c'est vers lui que tu dois tourner toute l'activ itc de tes désirs, tout l'empressement de ton amour, et ne pas te répandre dans de vaincs délices, qui ne sont propres qu'à t'épuiser : Furtitudinem suam ad la cuslodiant, ncc eam sparganl in deliciosas lassiludines *.
Saint Benoit a écouté cette voix à Rome .parmi la jeunesse licencieuse. Aussitôt qu'il fut arrivé à ect âge ardent , où je ne sais quoi commence à se remuer dans le cœur, que la contagion des mauvais exemples et sa propre inquiétude précipitent à toute sorte d'excès; aussitôt il se sentit obligé à prêter l'oreille attentive à celui qui lui disait, Egredere, Sors. J’aurais besoin d'emprunter ici les couleurs de la poésie, pour vous représenter vivement cette affreuse solitude , ce désert horrible et effroyable dans lequel il se retira. Un silence affreux et terrible, qui n’était interrompu que par les cris des bêles sauvages; et comme si ce désert épouvantable n’eût pas été suffisant pour sa retraite , au milieu de ces vallons inhabités et de ces roches escarpées, il se choisit encore un trou profond , dont les bêtes mêmes n'auraient pu qu'à peine faire leur tanière. C'est là que se cache ce saint jeune homme, ou plutôt, c’cst là qu'il s'enterre tout vivant, pour y faire mourir tous les seus, jusqu'aux affections les plus naturelles.
Sa vie , [toute céleste , l'élève déjà à la condition des anges : uniquement occupé de la prière et de la médilation des vérités éternelles, il oublie presque qu’il a un corps, et semble avoir perdu le sentiment de ses besoins. ] Le religieux romain le nourrit du reste de son jeûne*. [Ce digne confident se dérobe à lui-même , pour sustenter son ami , une partie de l'étroit nécessaire où le réduit son abstinence.] Ah t dans les superfluités et dans l'nbondanee, nous ne trouvons rien pour les pauvres ; et celui-cidanssa pauvreté, après que la pénitence avait soigneusement retranché tout ce qu'elle pouvait, ne laisse pas de trouver encore de quoi nourrir saint Benoit ; et tous deux vivent ensemble, non tant d'un même repas que d’un même jeûne.
C’est , mes pères , dans cette retraite , et parmi ces austérités , qu’il méditait ces belles règles de sobriété qu'il vous a données : premièrement, dïtter à la nature tout le superflu : secondement , pour s'empêcher de prendre du goût en prenant
• S. Autj. Confeis. llb. x, cap. xxxm, t. f , col. 187.
1 Ibid, r-xxxiv , col. Iss.
* Cossucl cite ici , et plut Isvt encore , un autre sermon de teint Benoit, auquel il renvoie , et que uous n'avons pu retrouver. ( Jîi lit. de Dé/oru. )
le nécessaire, rappeler l'esprit au dedans par la lecture et la méditation ; - en sorte qu'on paraisse * moins sortir d'un repas, que d’un exercice spi- > rituel : » lit non tum canam canent, quam disciplinant ' : troisièmement , d’être sans inquiétude à l’égard de ce nécessaire; ne donner pas cet appui aux sens, que l'aliment nécessaire leur est assuré : [en un mot, n'avoir] aucune prévoyance humaine, s'abandonner entièrement à la Providence, ne pas plus craindre la faim que les autres maux, donner aux pauvres tout ce qui reste.
Mais voyons néanmoins encore comment il sortira de l'amour de ces iufâmes plaisirs, dont les ardeurs insensées nous poussent à des excès si horribles. Saint Grégoire de Nysse a remarqué que l’apôtre parle différemment de cette passion et des autres. Il veut qu'on fasse tête contre tous les vices, et il n’y a que celui-ci contre lequel II ordonne de s'assurer par la fuite. State svccincti lumbos vcslros ’ : demeurez , mette/.- vous en défense, faites ferme. Mais parlant du vice d’impureté, toute l’espérance est dans la fuite ; et c'est pourquoi il a dit : F agile fomicalionem 3. âlilitarc preeceptum, dit saint Grégoire, de Nysse4 : tout le précepte de la milice dans cette guerre , c'est de savoir fuir; parce que tous les traits donnent dans les yeux , et par les yeux dans le cœur; si bien que le salut est d'éviter la rencontre , et de détourner les regards.
Quel autre avait pratiqué avec plus de force cette noble et généreuse fuite , que notre saint? Mais, ô faiblesse de notre nature! qui trouve toujours en elle-même le principe de sa perte ! Le feu infernal le poursuit jusque dans cette grotte affreuse : déjà elle lui paraît insupportable ; déjà il regarde le monde d'un œil plus riant. [Près de succomber, il a recours à un remède inouï, pour émousser l'aiguillon de la chair, et amortir ce feu impur dont il se sent embrasé. Animé d'un saint transport , il se jette dans un amas d'épines ;] et convertit, par cette généreuse violence, les attraits de la volupté en une douleur vive, mais salutaire : Voluptatem traxit in dolorem>. Le sentiment de la volupté avait éveillé tous les sens , pour les appeler à la participation de ses douceurs pernicieuses ;et, pour détourner le cours de ces ardeurs sensuelles, il excite le sentiment de la douleur, qui éveille tous les sens d'une autre manière , pour les noyer dans l’amertume : Voluptatem traxit in dotorem : - Il tira en douleur - tout le sentiment de la volupté. » C'est à quoi
1 Tertull. Apolog. n° 30.
* F.phcs. Yl, U.
3 I. Cor. vi, !«.
4 Oral, dt fug.fornie. t. il, p. 129.
1 S. Grcgor. Mug. L)iaU>g. iib. Il , cap. Il , t. n , ool. 213.
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il employa ces Opines : elles rappelèrent en son souvenir, et l'ancienne malédiction de notre nature, et les supplices que le Sauveur a soufferts pour nos voluptés infâmes.
C'est ce que doit faire en nous le plaisir des sens : aussitôt qu'il commence à se réveiller, cette douceur trompeuse, dont il nous séduit, nous doit rappeler la mémoire de ce trouble , de cette alarme , de cette amertume , où ces excès ont plongé la sainte âme de notre Sauveur. Ne croyons pas que ce combat nous soit inutile ; au contraire, la victoire nous est assurée. Saint Bcnoit, par ce seul effort, a vaincu pour jamais la concupiscence : « Il n'aura plus que de légers
■ combats a soutenir ; non que sa vertu se soit • affaiblie; mais parce que scs ennemis sont ter-
■ rassés, et tpie le nombre en est diminue : » Exerce! minora certamina, non rirlulum diminutionc , sud hostium *. * Sortez donc du plaisir des sens; mais prenez garde, mes frères, qu’en sortant de cet embarras , pour aller à Dieu librement, vous ne vous arrêtiez pas en chemin, et
• ne soyez pas retenus par la satisfaction de l’esprit.
SECOND POINT
Saint Augustin nous apprend ' que dans cette grand chute de notre nature, l'homme, en se séparant de Dieu , tomba premièrement sur soiméme. Il n'en est pas demeuré là, à la vérité; et s’étant brisé par l’effort d’une telle chute , ses désirs, qui étaient réunis en Dieu, mis en plusieurs pièces par cette rupture, furent partagés deçà et delà , et tombèrent impétueusement dans les choses inférieures. Mais ils ne furent pas précipités tout à coup à ce bas étage ; et notre esprit , détaché de Dieu , demeura premièrement arrêté en lui-méme par la complaisance à scs volontés, et l'amour de sa liberté déréglée.
En effet , cet amour de la liberté est la source du premier crime. Un saint pape nous apprend , que ■■ l'homme a été déçu par sa liberté : » Sua in œternum libcrtatc deceplus 3. II a été trompé par sa liberté , parce qu'il en a voulu faire une indépendance : il a été trompe par sa liberté, parce qu’il l’a élevée jusqu’à l'audace de la rébellion : il a été trompé par sa liberté, parce qu'il a voulu goûter la fausse douceur de faire ce que nous voulons, au préjudice de ce que
* S. i4ug, vont. Julian, lib. VI, cap. XVIII, n® 66, loin.x, col. 0)4.
* Le pmUcateur noiu renvoie .vu troisième point d'un pantÇ gyrtquc dp saint Thomas I V([uin , que nom n'avons encore pu dccouvrlr. ( t.diL. de Drjtrrit.)
* De Civ. IM, Ilb. VIT, cnp. vin , I. TU , col. 3M.
3 IviovatC l, EpitL vvjt, ad. Cime. Carth. Lab. U on n, vol. ITSà.
Dieu veut. Tel est le péché du premier homme , qui , ayant passé à ses descendants , tel qu'il a été dans sa source, a imprimé, au fond de nos cœurs, une liberté indomptée et un amour d'indépendance.
Nous nous relevons de notre chute avec le même progrès par lequel nous sommes tombés. Comme donc, en nous retirant de Dieu, nous nous sommes arrêtés en nous-mêmes , avant que de nous engager tout à fait dans les choses inférieures ; ainsi , sortant de ce lias étage , nous avons beaucoup à craindre de nous arrêter encore à nous-mêmes , plutôt que de nous réunir tout à fait à Dieu. C'est à quoi s'est opposé le grand saint Benoit , lorsqu’il vous a obligés si exactement à la loi de l'obéissance1. [Il la fonde sur les motifs les plus pressants : la nécessité de se quitter soi-mêincct de renoncer à sa volonté propre, pour parvenir , en s’élevant au-dessus de ses désirs et de ses cupidités, à se flxer pleinement en Dieu. Et comme il suffit de se réserver une partie de son propre esprit, pour le recouvrer tout entier et s'v arrêter ; aussi le saint législateur veut-il que l'obéissance , qu'il prescrit, soit prompte, parfaite, et sans bornes. Il va jusqu'à exiger qu'on j laisse tous les ouvrages imparfuits ; afin que l'ouvrage de l'obéissance soit parfaitement accompli. Cest une image de la souveraineté de Dieu, [qui demande que nous quittions tout, au moindre signe de sa volonté, pour] honorer la dépendance souveraine où sa grandeur et sa majesté tiennent toutes choses. Rien donc de plus exact, que la manière dont la règle de saint Benoit décrit l'obéissance ; et rien de plus propre que cette juste dépendance , pour dompter, par la discipline , cette liberté indomptable.
[Pratiquez donc, mes pères, avec joie, une obéissance si salutaire et si glorieuse.] Les mondains courent à la servitude par la lilicrté : vous, nu contraire, vous parvenez à la liberté par In dépendance. [Car, hélas! plus nous suivons nos désirs déréglés , plus nous devenons captifs ; plus nous nous conduisons par notre volonté propre , moins nous faisons ce que nous voulons. ] ■ Jo . suis, dit saint Augustin, qui l’avait bien éprouvé,
■ je suis parvenu ou je ne voulais pas, en obéis-
■ saut à ma volonté : • I viens quo nollem perveneram'. Voulez-vous que vos passions soient invincibles? Qui de nous n'espère pas de les vaincre un jour? Mais en les autorisant par notre liberté indocile, nous les mettons en état de ne pouvoir plus être réprimées. Abus suivez vos inclinations, vous faites ce que vous voulez; vous ne pouvez plus en être le maître, vous voilà où
' Reçut . cap. V.
* Confeu. Ub. vin , cap. v, 1. 1, col. U®.