DE SAINT BENOIT
vous no coulez pas : vous vous engagez à cet amour, vous allez où vous voulez ; vous ne pouvez plus vous en déprendre ; et ces chaînes que vous avez vous-mêmes forgées, [vous coûteront plus à rompre, que le fer le plus dur.] Vous voilà donc ou vous ne voulez pas : ainsi vous arrivez à la servitude par la liberté.
Prenez une voie contraire; allez à la liberté par la dépendance. Qu'cst-ce que la liberté des enfants de Dieu , sinon une dilatation et une étendue d’un coeur qui se dégage de tout le fini? Egredcre; pur conséquent coupez , retranchez. Notre volonté est finie ; et tant qu'elle se resserre en elle-même, elle se donne des bornes. Voulezvous être libre? dégagez- vous ; n'ayez plus de volonté que celle de Dieu : ainsi vous entrerez dans les puissanccsduScigneur;et oubliant votre volouté propre, vous ne vous souviendrez plus que de sa justice.
Mais peut-être que vous direz : Comment estce que saint Benoit a pratiqué cette obéissance , lui qui a toujours gouverné? Et moi je vous répondrai qu'il a pratiqué l'obéissance, lorsque, maigre son humilité, il a accepté le commandement. Je vous répondrai encore une fois qu'il a pratiqué l’obéissance, lorsqu'il s'est laisse forcer, par la charité , à quitter la pais de sa retraite : enfin je vous répondrai qu'il a pratiqué l'obéissance, lorsqu'il a exercé son autorité.
Quelle est la supériorité ecclésiastique? Dans le monde, l’autorité attire à soi les pensées des autres, captivelcurs humeurs sous la'siennc. Dans les supériorités ecclésiastiques , on doit s'accommoder aux humeurs des autres , parce qu’on doit rendre l'obéissance non-seulement ponctuelle, mais volontaire ; parce qu’on doit non-seulement régir, mais guérir les âmes ; non-seulement les conduire, mais les supporter. Saint Benoit a bien entendu cette vérité , lorsqu'il a dit ces mots , touchant l'abbé : ■ Qu'il pense combien il est ■ difficile de conduire les âmes, et de s'accom- - moder aux dispositions de chacun : » Quant arduum sit rtgere animas, et muttorum serrire moribus'. Admirable alliance! régir et servir, telle est l'autorité ecclésiastique. Il y a cette différence entre celui qui gouverne eteelui qui obéit, que celui qui obéit ne doit obéir qu’à un seul , et que celui qui gouverne obéit à tous : si bien ! que sous le nom de père, sous le nom de supérieur et de maître spirituel, il est effectivement serviteur de toussesfreres : Omnium meservum feci *. Ainsi celui de tous dont la volonté est la plus captive, c'est la supérieur : car il ne doit
* Reg. cap. n.
» L Cor rx, 19.