‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 168 sur 243 · L’APOTRE SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

L’APOTRE SAINT PIERRE

Diven états de son amour pour Jû»o*-Ctirtst. Qurltr a été b causa de sa chuté, cl par quais degrés son amour est parvenu au comble de ta perfection.

Simon Joannis, a juin me? Domine , tu omnia nostif

tu sets quia utno te.

Simon, fils de Jean, m'aimes-tu? Scjqneur, tous saies

toutes choses, et sous n’ignores pas que je tous aime.

Joan. su, 17.

C'est sans doute , mes frères , un spectacle bien digne de notre ouriosité , que de considérer le progrès de l'amour de Dieu dans les âmes. Quel agréable divertissement ne trouve-t-on pas A contempler de quelle manière les ouvrages de la nature s'avancent à leur perfection, par un accroissement insensible? Combien ne goûte-t-on pas de plaisir à observer le succès des arbres qu’on a entés dans un jardin, l'accroissement des blés, le cours d'une rivière! On aime à voir comment d’une petite source elle va se grossissant peu A |ieu , jusqu’à ce qu'elle se décharge en la mer. Ainsi c’est un saint et innocent plaisir de remarquer les progrès de l'amour de Dieu dans les cœurs. Evaminons-lesen saint Pierre.

Son nmour a été premièrement Imparfait; et celui qu’il ressentait pou rie Fils de Dieu tenait plus d’une tendresse naturelle, que de la charité divine. De là vient qu'il était faible, languissant, et n'avait qu'une ferveur de peu de durée. Ce qu'il y avait de plus dangereux , c'est que cette ardeur inconstante, qulneie rendait pas ferme, le faisait superbe et présomptueux : voilà le premier état de son amour. Mais le faible de eet amour languissant avant enfin paru dons sa chute , cet apôtre, se défiant de soi-méme , se releva de sa ruine , plus fort et plus vigoureux par l’humilité qu'il avait acquise : voilà quel est le second degré. Et enfin cet amour, qui s'était fortifié par la pénitence, fut entièrement perfectionné par le sacrifice de son martyre. C’est ce qu’il nous faut remarquer en la personne de notre npûtrc, en observant, avant toutes choses, que ce triple progrès nous est expliqué dans le texte de notre évangile.

Car , u'est-cc pas pour cette raison que Jésus demande trois fois à saint Pierre : * Pierre, m’ai- • mes-tu? ■ Il ne se contente pas de sa première réjionse : « Je vous aime , dit-il , Seigneur. « Mais peut-être que c’est de cet amour faible, dont l’ardeur indiscrètelc transportait avant sa chute : s'il est ainsi , ce u’est pas assez. De là vient que Jésus réitère la même demande; et II ne se con-

tente pas que Pierre lui réponde encore de même ; car il ne suffit pas que son amour soit fortifié par la pénitence, il faut qu’il soit consommé par le martyre. C’est pourquoi il le presse plus vivement, et le disciple lui répond avec une ardeur non pareille: - Vous savez. , Seigneur, que je vous • nime. • Tellement que notre Sauveur, voyant son amour élevé au plus haut degré où il peut monter en ce monde, il ne l’interroge pas davantage, et il lui dit : • Suis-moi. • Et où? à la croix , où tu seras attaché avec moi : Exlendes manu s tuas ' ; marquant par là le dernier effort que peut faire la charité. Car point de charité plus grande ici-bas, que celle qui conduit à donner sa vie pour Jésus-Christ : majorent chaiitutem nemo habet '. Ainsi paraissent, dans notre évangile, ces trois états de l’amour que saint Pierre a ressenti pour le Fils de Dieu : et, suivant les traces de l'Ecriture, nous vous ferons voir aussi , premièrement son amour imparfait et faible par le mélange des sentiments de la chair ; secondement , son amour épuré et fortifié par les larmes de la pénitence; troisièmement, sou amour consommé et perfectionné par la gloire du martyre.

PBEMIEB POINT,

Il semble que ce soit faire tort à l’amour que saint Pierre avait pour son Maître, que de dire qu'il ait été Imparfait. Le premier pas qu’il fait , c'est de quitter toutes choses pour l'amour de lui : Et ce nos reliquimus omnia1. Et peut-il témoigner un plus grand amour , que lorsqu’il lui dit avec tant de force : * A qui irons-nous? vous » avez les paroles de la vie éternelle : ■ Ad quant ibimus? trrba vilœ œtemœ /tabes *. Toutefois son amour était imparfait, parce qu’il tenait beaucoup plus d une tendresse naturelle qu'il avait pour Jésus-Clirist, que d’une charité véritable. Pour l’entendre, il faut remarquer quelle sorte d'amour Jésus-Christ veut que l'on ait pour lui. Il ne veut pas que l’on aime simplement sa gloire , mais encore son abaissement et sa croix. C'est pourquoi nous voyons en plusieurs endroits, que lorsque sa grandeur parait davantage , il rappelle aussitôt les esprits nu souvenirdc sa mort : Luqucbanturde exccssu Ccst de quoi II entretenait, à sa glorieuse transfiguration , Moïse et Élie : de même, en plusieurs endroits de l’Évangile, on voit qu'il a un soin tout particulier de ne laisser jamais perdre de vueses souffrances6. Ainsi, pour

• Joan. XXI, 18.

* Joan. xv, 13.

» Matlh. xix , 37. '

4 Joan. VI , ci 'J.

* I.uc. ix, 31.

• Voyez le Sermon du Nom de Jet ut, Vocabis oomee ri j»

T. Il , p. 238d6UiV. ^

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