DU MÊME APOTRE
* Son amour pour la vérité, pour le# ftourTranrr» H pour l'Eglise.
Chantas Christ » urget nos.
La charité île Jesus-Clirist nous prewe, //. Cor. r. U.
I-'i charité est une huile qui remplit le cœur, et un feu qui le presse. C'est cet effort de In charité pressante que je veux considérer. Ave.
Chanta s Ch rist i urget nos : (estimantes hoc, gttoniam si unuspro omnibus mortuus est, ergo omnrs morlui sont; et pro omnibus mortuus est Christus : ut et qui vivant, jam non sibi virant, sed ei gui pro ipsis mortuus est et resurrexit-. - I.a charité de Jesus-Christ nous presse: « considérant que si un seul est mort pour tous , • donc tous sont morts; et que Jésus-Christ est . mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne « vivent plus pour eux-mémes, mais pour celui « qui est mort et ressuscité pour eux : . la vue de Jésus-Christ mort doit donc nous inspirer le désir de lui rendre autant de vies qu'il y a de cœurs , en ne vivant plus que pour lui*; aussi saint Basile parlant de saint Paul sur ce passage , dit qu’il était insensé dune folle d'amour: vivant d’une vie d'nmour pour celui qui l'avait gagné.
Mais qu’est-cc que vivre pour Jésus-Christ? C'est aimer ce qu’il aimait, et renfermer, par une parfaite conformité, scs affections dans les objets qui lui ont gagné le cœur, détruisant en nous toute autre chose.
Or nous poovons déterminer trois choses que Jésus a aimées. Il a aimé la vérité; il a aime sa croix; il a aimé son Église. Il est venu pour prêcher les hommes; c'est pourquoi il a aimé la vérité : il est venu pour racheter les hommes ; c’est pourquoi il a aimé sa croix : il est venu pour sanctifier les hommes par l'application de son sang; c’est pourquoi il a aime son Église.
Paul a vécu pour Jésus , et aimé ce que Jésus aime. Il a aimé la vérité, et il en a fait tout son emploi ; il a aimé la croix , et il en n fait toutes ses délices; il aaimé l’Église, et il en afait l'objet de ses complaisances et l'unique sujet de tous ses travaux.
Jésus a aimé la vérité. Engendré par la connaissance de la vérité , vérité lui-même, principe avec le Père de l’Esprit qui est appelé l'Esprit de vérité, parce qu’il procède de l'amour d'icelle, la charité a pressé Jésus de sortir du sein de soo
' Il Cor. T, II. is.
PANEGYRIQUE
Père pour mauifester la vérité, i>our la rendre sensible et palpable : Unigenitus Eilius, qui est in sinu Patris , ipseenarravit '. Quiconque aime la vérité, la veut publier, et la veut faire régner. . La vérité est une vierge, mais sa pudeur est . de n’ètre pas découverte : » Ai'A il veritas crubescit, nisi sotummodo abscondi >. Quand on est animé de son amour, on est pressé de la publier : Charitas Christi urget nos.
pbemieb point.
Paul ayant connu la vérité, il ne va point aux apôtres, qui la savaient, mais 11 la prêche en Arabie, à Damas, montrant que celui-ci était Jésus. Voyez comme il est pressé de la découvrir : Incitabatur spiritus ejus in ipso, vident idolo- Jatrite deditam civitatem1 : • 11 se sentait ému . au dedans de lui-même, eu voyant que celte « ville était livrée à l’idolâtrie. • Mais Paul montre la vérité toute nue, sans fard, sans aucun de ces ornements d’une sagesse mondaine : il la prêche avec une éloquence qui tire sa force de sa simplicité toute céleste.
Pour prêcher la vérité avec autorité, il la prêche dans un esprit d’indépendance; et pour cela, il ne veut rien tirer de personne : il impose a scs propres mains la charge de lui fournir tout ce qui lui est nécessaire. Et, en effet , pour prêcher la vérité il faut un cœur de roi, une grandeur d’âme royale: Egoaulem constitutus sum rex ab eo super Sion montent sanctum ejus , prcedicans præceptum ejus * : « J'ai été établi . roi sur Sion sa montagne sainte, alln d'annon- • ccr ses ordonnances ; » et si cette noble fonc lion ne demande pas qu'on soit roi par l’autorité du commandement , du moins exige-t-elle qu’on soit roi par indépendance. C’est pourquoi saint Paul se rend Indépendant de tout; et s'étant mis en état de n'avoir besoin de rien 5 , ■ il va . reprenant tout homme à temps et à contre-
. temps, ■ corripientes omnem homincm
opportune, importune ù. 11 s'était mis en état de ne se réjouir du bien qu’on lui faisait , que pour l’amour de ceux qui le faisaient’.
SECOND POINT
Jésus a aimé la croix , et a toujours témoigné une grande avidité pour les souffrances. Paul aimait la croix pour se conformer a Jésus, et pour faire régner Jésus. Aussi ce sont ses souf-
* /«tu. i, 18.
* Tertull. adv. ralenttn. n° 3.
» A*.t. xvii, 16.
* P». Il , 6.
* fW/iiV- 1,28.
6 ||. Ttm. IV, 2.
» Phitim. 7.
fiances qui ouvrent la porto A l’Evangile, dans les différents lieux où il prêche ■. Les moments de souffrance sont des moments précieux. Dans les autres occasions, la bouche seule loue : parmi >ss souffrances, et tout le corps affligé, et tout le cœur abattu sous la main de Dieu, et tout l'esprit assujetti aux lois de sa volonté se tournent en langues pour célébrer la grandeur de sa souveraineté absolue, et sa miséricorde, et sa justice.
TBOIStèME POINT.
Qui peut dire combien saint Paul a aimé l'Église? Trois choses nous montrent assez à quel haut degré son amour pour l'Eglise était porté : l'empressement de la charité de l’apôtre pour ses frères, la tendresse de sa charité pour chacun d'eux , l'étendue de sa charité pour tous les membres qui composent l'Église. Ainsi c’est avec grande raison quesaintChr.vsostômc, frappé du zèle étonnant de l'apôtre , et de son immense charité, dit que Paul, par sa grande sensibilité sur les intérêts de l'Église , en était non-seulement le cœur, cor Ecclesiat m ais qu'il s’affectait aussi vivement sur les biens et les maux de tout le corps, que s’il eôt été l'Église entière : Quasi ipse universa esset orbis Ecclcsia.
PANÉGYRIQUE
DE
SAINT VICTOR
PRONONCÉ A PARIS, DANS L’AUIUIC DE CE NO* , EN 10ô7.
Mépris des idoles , conversion de srs propres gtrdcs . effusion de son *an«; trois manières dont saint Viciât fait triompher J eau»- Christ. Cornaient nous devons l'imiter.
/ïrre fit Victoria quœ vincit mundum,fides noslrn. l,a victoire qui surmonte le monde , t'est notre foi. I.Joan. v, 4.
Quand je considère , messieurs , tant de sortes de cruautés qu’on a exercées sur les chrétiens, pendant l'espace de quatre cents ans, avec une fureur implacable, je médite souvent en moiniémc pour quelle cause il a plu à Dieu , qui pouvait choisir des moyens plus doux, qu’il en ait coûté tant de sang pour établir son Église. En effet , si nous consultons la faiblesse humaine, il est malaisé de comprendre comment il a pu se résoudre à souffrir qu'on lui immolât tant de martyre, lui qui avait rejeté dans sa nouvelle
> 1. Thtu II , i i.
DE SAINT VICTOR
alliance les sacrifices sanglants; et après avoir épargné le sang des taureaux et des boucs, il y a sujet de s'étonner qu'il se soit plu , durant tant de siècles, a voir verser celui des hommes, et encore celui de ses serviteurs, par tant d'étranges supplices. Et toutefois, chrétiens, tel a été le conseil de sa providence ; et je ne crains point de vous assurer que c'est un conseil de miséricorde. Dieu ne se plaît pas dans le sang; mais il se plaitdans le spectacle de la patience. Dieu n’aime pas la cruauté, mais il aime une vertu éprouvée; et s'il la fait passer par un examen laborieux, c'est qu'il sait qu'il a le pouvoir de la récompenser selon scs mérites. Si saint Victor avait moins souffert, sa fol n’aurait pas montré toute sa vigueur; et si les tyrans l'avaient épargné , ils lui auraient envié ses couronnes. Dieu nous propose le ciel comme une place qu’il veut qu’on lui enlève et qu’on emporte de force; afin que non contents du salut nous aspirions encore à la gloire , et qu’étant non-seulement échappés des mains de nos ennemis, mais encore avant surmonté toute leur puissance, nous puissions dire avec l'apfttre : flirc est vicloria quœ vincit mundutn , fitlrs nos/ru.
Pour prendre ecs sentiments généreux s’il ne fallait que de grands exemples , j’espérerais quelque effet extraordinaire de celui de l’invincible Victor, dont la constance s’est signalée par un martyre si mémorable : mais comme ces nobles désirs ne naissent pas de nous-mêmes, recourons à celui qui les inspire, etdcmandons-lui son Esprit par l’intercession de In sainte Vierge. Ave.
Comme c’est le dessein du Fils de Dieu de n'avoir dans sa compagnie que des esprits courageux, il ne leur propose aussi que de grands objets et des espérances glorieuses: il ne leur parle que de victoires : partout il ne leur promet que des couronnes, et toujours il les entretient de fortes pensées. Entre tous les fidèles de Jésus-Christ, ceux qui se sont le plus remplis de ces sentiments ce sont les bienheureux martyrs, que nous pouvons appeler les vrais conquérants et les vrais triomphateurs de l’Église. Encore que leurs victoires nient des circonstances sans nombre qui en relèvent l’éclat , néanmoins la gloire qu'ils se sont acquise dépend principalement de trois choses, dont la première est la cause de leur martyre, la seconde le fruit, la troisième la perfection. La cause de leur martyre, ça été le mépris des idoles. Le fruit de leurs souffrances et de leur martyre, c’a été la conversion des peuples; et enfin ce qui en a fait taperfection, c'est qu'ils ne se sont pasépnrgnes eux -mêmes, et qu’ils ont signalé leur fidélité par l’effusion de leur sang. Voilà ce que j'appelle
la perfection, suivant cette parole de l’Evangile : ■ li n'y a point de charité plus grande, que • de donner sa vie pour ceux qu'on aime : » Mnjoretn c/inrilalem nemo habet, ut animuin suum ponal r/uis pro amicis suis
C’est, ce me semble , de ces trois chefs que se doit tirer principalement la gloire des saints martyrs, et c’est aussi sur ce fondement que je prétends appuyer, messieurs, celle de l'invincible Victor, patron de cette célèbre abbaye. Il fut produit devant les idoles par l'ordre des juges romains , afin qu'il leur offrit de l'encens; et non content de le refuser avec une fermeté inébranlable, d'un coup de pied qu'il leur donne il les renverse par terre. C'est pour cette cause qu’il a enduré de si cruels supplices. Mais c'est peu pour le Dieu vivant, qu'on ait fait tomber à ses pieds des idoles muettes et inanimées; c'est une trop faible victoire : ce qui le touche le plus , c'est que les hommes, scs vives images, sur lesquels il a empreint les traits de sa face , adorent ces images mortes, par lesquelles une ignorance grossière a entrepris de figurer sa divinité. Victor généreux , Victor après avoir détruitees vains simulacres, travaille A lui gagner les hommes, scs vivantes Images: Victor s'y applique de toute sa force; et j'apprends de l’historien de sa vie, que pendant qu’il a été prisonnier il a heureusement converti ses gardes , il a fidèlement confirmé ses frères. Peut-il mieux servir Dieu et avec plus de fruit, que detravaillcr si utilement à retenir scs troupes dans la discipline, et même à les fortifier de nouveaux soldats, pendant que la puissance ennemie tâche de les dissiper par la crainte? C’est le fruit de cet illustre martyre; mais ce qui en a fait la perfection, c’est que l'invincible Victor, non content d’avoir si bien conduit au combat la milice du Fils de Dieu , a encore payé de sa personne, en mourant pour l'amour de lui dans des tourments sans exemple, et lui a sacrifié sa vie. C’est ainsi qu'il a surmonté le monde; et ce qu'il prétend par cette victoire c’cst de faire triompher Jésus-Christ.
En effet vous triomphez, 6 Jésus! et Victor fait éclater aujourd'hui votre souveraine puissance sur les fausses divinités, sur vos élus, sur lui-même : sur les fausses divinités, eu lesdétruisant devant vous; sur ceux que vous avez choisis, en les affermissant dans votre serv ice ; et enfin sur lui-même, en s'immolant tout entier à votre gloire. C'est ce qu'a fait te grand saint Victor, c’est ce qui doit aujourd’hui vous servir d'exemple; et Dieu veuille que je vous propose avec tant de force les victoires de ce saint martyr, que
Digiti
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vous soyez enflammés de la même ardeur de vaincre le monde !
PREMIER POINT
Quel est ce concours de peuple que je vois fondre de toutes parts eu la place publique de Murseille?quelspectaclc lesv attire?quclle nouveauté les y mène? Mais quel est cet homme intrépide que je vois devant cette idole , et que l’on presse , par tant de menaces , de lui présenter de l'encens , sans pouvoir fléchir sa constance ni ébranler sa résolution? Sans doute c’est cet Illustre Victor, la fleur de la noblesse de Marseille , qui , étant pressé de se déclarer sur le sujet de la religion, a confesse hautement la foi chrétienne en présence de toute l’armée, dans laquelle il avait servi avec tant de gloire , et a renoncé volontairement à l'épée, au baudrier et aux autres marques de la milice , si considérables par tout l’empire , si convenables à sa condition , pour porter les caractères de Jésus-Christ, c'cst-u-dirc , des chaînes aux pieds et aux mains, et des blessures dans tout le corps déchiré cruellement par mille supplices. Car depuis ce jour glorieux, auquel notre invincible martyr préféra les opprobres de Jésus-Christ aux honneurs de la milice romaine, on n’a cessé de le tourmenter par des cruautés inouics, sans lui donner aucun relâche, et on lui prépare encore de plus grands tourments.
Mais avant que de l’exposer aux nouvelles peines qu’une fureur inventive a imaginées, les magistrats rcsolureut de lui présenter publiquement la statue de leur Jupiter. Ils espéraient, messieurs, que son corps étant épuisé par les souffrances passées, et son esprit trouble par la crainte des maux à venir, dont l'on exposait à ses yeux le grand et terrible appareil ; la faiblesse humaine abattue , pour détourner l’effort de cette tempête, laisserait enfin échapper quelque petit signe d’adoration. C’en était assez pour les satisfaire; et ils avaient raison de se contenter des plus légères grimaces, sachant bien qu’un homme qui peut sc résoudre à n’étre chrétien qu'a demi cesse entièrement de l'étre , et que , le cœur ne se pouvant partager entre la vérité et l’erreur, toute la foi est renversée par la moindre démonstration d'infidélité.
Voilà donc notre saint martyr devant l'idole de ce Jupiter, pere prétendu des dieux et des hommes. Tout le peuple se prosterne à terre ; et cette multitude aveugle, qui ne craint pas les coups de la main de Dieu , tremble devant l’ouvrage de la main des hommes. Grand et admirable Victor, quelles furent alors vos pensées? Telles que le Saint-Esprit nous les représente dans le ctcur du dlvlu apôtre : Incitabalur spiritus
rjus in ipso, vident idololulrice dedilam civilalcm • : ■ Son esprit était pressé et violenté en « lui -même, voyant cette multitude idolâtre : » ce spectacle lui était plus dur que tous ses supplices. Tantôt il levait les yeux au ciel : tantôt il les jetait sur ce peuple avec une tendre compassion de son aveuglement déplorable. Sont-cc là, disait-il , ô Dieu vivant! sont-ce là les dieux que I on vous oppose? Quoi! est-il possible qu'on sc persuade que je puisse abaisser devant cette idole ce corps qui est destiné pour être votre victime, et que vous avez déjà consacré par tant de souffrances? Là, plein de zele et de jalousie pour lu gloire du Dieu des armées, et saintement indigne qu’on le crût capabled'une lâcheté si honteuse , il tourne sur celte idole un regard sév ère , et d'un coup de pied il la renverse devant tout ce peuple qui sc prosternait a ses pieds : il lu brise, il la foule aux pieds; et il surmonte le monde en détruisant les divinités qu'il élève contre le vrai Dieu , qui a fuit le ciel et la terre. Une voix retentit de toutes parts : Qu’on vcngcl'injure des dieux immortels. Mais pendant que les juges irrités exercent leur esprit cruel à inventer de nouveaux supplices, et que Victor attend d’un visage égal la fin de leurs deliberations tragiques, rentrons en nous-mêmes, messieurs, et tirons quelque instruction de cet nete de pieté héroïque.
Ne nous persuadons pasque l'idolâtrie soit détruite, sous prétexte que nous ne voyons plus parmi nous ees idoles grossières et matérielles que l’antiquité aveugle adorait. Il y a une idolâtrie spirituelle, qui règne encore par toute la terre. Il y a des idoles cachées , que nous adorons en secret au fond de nos cœurs; et ce que saint Paul à dit de l’avarice ’ , que c'était un culte d'idoles, se doit dire de la même sorte de tous les autres péchés qui nous captivent sous leur tyrannie. De là v ient ce beau mot de Tertullien, que • le crime de l'idolâtrie est tout le sujet du juge-
ment : • Tota causa judicii , idololalria 3. Quoi donc, est-il véritable que Dieu ne Jugera que les idolâtres , et tous les autres pécheurs jouiront-ils de l’impunité? Chrétiens, ne le croyez pas : ce n’est pas le dessein de ce grand homme, d'autoriser tous les autres crimes; mais c’est qu'il prétend qu’en l'idolâtrie tous les autres sont condamnés; mais c’est qu’il estime que l'idolâtrie se trouve dans tous les crimes; qu'elle est comme un crime universel, dont tous les autres ne sont que des dépendances. Il est ainsi, chrétiens : nous sommes des idolâtres, lorsque nous servons à nos convoitises, llumilions-nous devant
' Jet. w n, 18.
* Epkft. V, 5-
* Ife Motet. n* I.
DE SAINT VICTOR
notre Dieu, d'être coupables de ce crime énorme ; et afin de bien comprendre cette vérité , qui nous doit couvrir de confusion, faisons une reflexion sérieuse sur les causes et sur les effets de l'idolâtrie : par là nous reconnaîtrons aisément qu'il y en a bien peu parmi nous qui soient tout à fait exempts de ce crime.
Le principe de l'idolâtrie, ce qui la fait régner dans le genre humain , c'est que nous nous sommes éloignés de Dieu , et attachés i nous-mêmes ; et si nous savons entendre aujourd'hui ce que fait en nous cet éloignement, et ce qu'y produit cette attache, nous aurons découvert la cause é\ idente de tous les égarements des idolâtres. Quand je dis que nous nous sommes éloignés de Dieu , je ne prétends pas , chrétiens , que nous en avons perdu touteidée. Il est vrai que si l'homme avait pu éteindre toute la connaissance de Dieu , la malignité de son cœur l’aurait porté â cet excès. Mais Dieu ne l’a pas permis : il se montre à nos esprits par trop d'endroits, il se grave en trop de manières dans nos coeurs : Aon sine testimonio srmrtipsum reliquit L'homme qui ne veut pas le connaître, ne peut le méconnaître entièrement ; et cet étrange combat de Dieu qui s'approche de l'homme, de l'homme qui s'éloigne de Dieu, a produit ce monstrueux assemblage que nous remarquons dans l'idolâtrie. C'est Dieu, et cc n’est pas Dieu qu'on adore : c'est le nom de Dieu qu'on emploie, mais on en détruit la grandeur, « en communiquant â la créature ce - nom incommunicable, » Incommunicabile not/icn ‘ ; mais on en perd toute l’énergie , en répandant sur plusieurs ce qui n'a de majesté qu'en l'unité seule.
D'où est venu ce dessein à l'homme , sinon de l'instinct du serpent trompeur, qui a dit â nos premiers pères : ■ Vous serez comme des dieu x J? * Saint Basile de Séleucie dit que , proférant ces paroles, il jtétait dès l'origine du monde les fondements de l'idolâtrie *. Car dès lors il commençait d'inspirer ù l'homme le désir d'attribuer à d'autres sujets ce qui était incommunicable, et l'audace de multiplier ce qui devait être toujours unique. Vous serez, voilà cette injuste communication; des dieux, voilà cette multiplication injurieuse : tout cela pour avilir la divinité. Car comme nul autre que Dieu ne peut soutenir ce grand nom; le communiquer, c'est le détruire : et comme toute sa force est dans l’unité ; le multiplier, c'est l'anéantirr C'est a quoi tendait l'impiété par tant de divisions et tant de partages,
1 Âel.X IV, i».
* Sep. XIV, 21.
r G«it.ni,».
4 Oral. in. Bibliolh. Pair. Luçd. L VIII, psg- 132.
de tourner enfin le nom de Dieu en dérision , ce nom auguste, si redoutable. C’est pourquoi, après avoir divisé la divinité, premièrement par scs attributs, secondement par ses fonctions, ensuite par les éléments et les autres parties du monde , dont l’on a fait un partage entre les aînés et les cadets, comme d’une terre ou d’un héritage , on en est venu à la fin à une multiplication sans ordre et sans bornes , jusqu’à reléguer plusieurs dieux aux foyers et aux cuisines; on en a mis trois à la seule porte. Aussi saint Augustin reprochc-t-il aux païens : « qu’au lieu qu’il n’y a
■ qu'un portier dans une maison, et qu'il suffît < parce quec'cst un homme ;leshommesont voulu
■ qu’il y eût trois dieux : » Unum quisque domm suer ponil osliarium ; et quia hamo est, omnino sujficit : Ires deos isti posuerunt A quel dessein tant de dieux , sinon pour dégrader ce grand nom , et en avilir la majesté? Ainsi vous voyez, chrétiens, que l'homme s’étant éloigné de Dieu, ce qu'il n’a pu entièrement abolir, je veux dire son nom et sa connaissance, il l’a obscurci par l'erreur, il l’a corrompu par le mélange, il l'a anéanti par le partage.
Mais passons encore plus loin, et remorquons maintenant que ce qui l'a poussé à ces erreurs c'est un désir eacllt qu’il n dans le cœur dé se déifier soi-même. Car depuis qu’il eut avalé cc poison subtil de la flatterie infernale : « Vous sert rez comme des dieux : » s'il avait pu ouvertement sedéelarer Dieu, son orgueil se se raitemporté jusqu'à cet excès. Mais se dire Dieu, chrétiens, et cependant se sentir mortel , l'arrogance la plus aveugle en aurait eu honte. Et de là vient , messieurs , je vous prié d’observer ceci en passant , que nous lisons dans l'histoire sainte ’ que le roi Nnbuchodonosor exigeant de son peuple les houneurs divins n’osa les demander poursa personne, et ordonna qu’on les rendit à sa statue. Quel priv ilége avait cette image, pour mériter l’adoration plutôt que l’original? Nul sans doute; mais il agissait ainsi par un certain sentiment que cette présence d'un homme martel , incapable de soutenir les honneurs divins, démentirait trop visiblement sa prétention extravagante. L'homme donc étant empêché par sa misérable mortalité, conviction trop manifeste de sa faiblesse, de so porter lui-même pour Dieu, et tâchant néanmoins, autant qu'il pouvait, d'attacher la divinité à soi-même, il lui a donnépremièrement unu forme humaine ; ensuite il n adoré ses propres ou. vrages ; après il a fait des dieux de ses passions; il en a fait même de ses vices. Enfin ne pouvant s'égaler à Dieu, il a voulu mettre Dieu au-des-
' De Civil. Deit lit), iv.cap. via, t. vu col. tl
* Do n. III, ».
PANÉGYRIQUE
bous de loi, il A prodigué le nom de Dieu, jusqu'à le donner aux animaux et aux plus indignes reptiles. Et cela pour quelle raison , sinon pour seeouer le joug de son Souverain; ntln que lu majesté de Dieu étant si étrangement avilie, et l’homme n'ayant plus devant les yeux ni l'autorité de son nom, ni les conduites de sa providence, ni la crainte de ses jugements , n'eût plus d'autre règle que sa volonté, plus d'autres guides que ses passions, et enfin plus d'autres dieux que lui-même? c'est à quoi aboutissaient à la fin toutes les inventions de l'idolâtrie.
C'est ce qui a porté le grand saint Victor à renverser avec tant de zèle les idoles, par lesquelles les hommes ingrats lâchaient de renverser le trûne de Dieu pour n'adorer que leurs fantaisies. Mais revenez , illustre martyr : d'autres idoles se sout élevées, d'autres idolâtres remplissent la terre; et sous la profession du christianisme, ils présentent de l'encens dans leur conscience à de fausses divinités. Et certainement , chrétiens, s'il est vrai, comme je l'ai dit, que l'alienation d'avec Dieu et rattachement à nous-mêmes sout la cause de l'idolâtrie ; si d'ailleurs nous reconnaissons en nous ces deux v ices , et si fortement enracinés, comment |iouvons-nous nous persuader que nous soyons exempt* de ce crime, dont nous portons la source en nuusunémeB? Non, non, mes frères, ne le croyons pas : l’idolâtrie n’est pas renversée ; elle n’a fait que changer de forme, elle a pris seulement un autre visage.
Coeur humain , abîme infini , qui dans tes profondes retraites caches tant dé pensées differentes, qui s'échappent souvent à tes propres yeux , si tu veux savoir ce que tu adores et à qui tu présentes de l’encens, regarde seulement où vont tes désirs : car c’est là l'encens que Dieu veut , c'est le seul parfum qui lui plaît. Ou vont-ils donc ces désirs? de quel cité prennent-ils leur cours? ou se tourne leur mouvement? Tu le sais, je n’ose le dire; mais de quelque côté qu'ils se portent, sache que c'est là ta divinité : Dieu n’a plus que le nom de Dieu; celte créature en reçoit l'hommage, puisqu'elle emporte l'amour que Dieu demande. Mais comme nous avons vu dans l'idolâtrie, que l'homme , s'etant une fois donné la licence de se faire des dieux à sa mode, les a multipliés sans aucune mesure, il nous en arrive tous les jours de même : car quiconque s’éloigne de Dieu; l’indigence de la créature l'obligeant à partager sans fin scs affections, il ne sc contente pas d’une seule idole. Ou l'on a trouvé le plnisir, on n'y trouve pas la fortune ; ce qui satisfait l'avarice ne contente pas la vanité ; l'homme a dre besoins infinis; et chaque créature étant bornée, ce que l'une ne donne pas il faut néces-
sairement l'emprunter de l’autre. Autant d'appuis que nous y cherchons, autant nous faisonsnous de maîtres ; et ces maîtres que nous met tons sur nos tètes, craindrons-nous de les appeler nos divinités? Et ne sont-ils pas plus que nos dieux , si je puis parler de la sorte, puisque nous les préférons a Dieu même?
Mais pour nous convaincre , messieurs, d une idolâtrie plus criminelle, considérons, je vous prie, quelle idée nous avons de Dieu. Qui de nous ne lui donne pas une forme et une nnture étrangère, lorsqu'ayant le cœur éloigné de lui, nous croyons néanmoins i honorer par certaines prières réglées que nous faisons passer sur le bord des lèvres par un murmure inutile? et celui qui croit l’apaiser en lui présentant par aumAncs quelque partie de ses rapines; et celui qui observant dans sa sainte loi ce qu'il trouve de plus conforme à sou humeur, croit par là s'acquérir le droit de mépriser impunément tout le reste; et celui qui multipliant tous les jours ses crimes, sans prendre aucun soin de se convertir, ne parie que de pardon , et ne prêche que miséricorde : en vérité , messieurs , se figurc-t-il Dieu tel qu'il est? Eh quoi ! le Dieu des chrétiens est-ce un Dieu qui se paye de vaines grimaces, ou qui se laisse corrompre par les présents , ou qui souffre qu'on se partage entre lui et le monde , ou qui sc dépouille de sa justice pour laisser gouverner le monde par une bonté insensible et déraisonnable , sous laquelle Ire péchés seraient impunis? Est-ce là le Dieu des chrétiens? n'est-ce pas plutôt une idole formée à plaisir et au gré de nos passions?
Et d'ou est né en nous ce dessein , de faire Dieu à notre mode; sinon de ce vieux levain de l'Idolâtrie, qui faisait crier autrefois à ce peuple : * Faites-nous, faites-nous des dieux , » Fac nabis deos'1 Et pourquoi voulons-nous faire des dieux à plaisir, sinon pour dépouiller la divinité des attributs qui nous choquent, qui contraignent la liberté ou plutôt la licence immodérée que nous donnons a nos passions ; si hieii que nous ne défigurons la divinité, qu’afin que le péché triomphe à son aise , et que nous ne connaissions plus d'autres dieux que nos vices, et nos fantaisies, et nos inclinations corrompues? Dans un aveuglement si étrange, combien faudrait-il de Vicions pour briser toutes les idoles par lesquelles nous excitons Dieu à jalousie? Chrétiens, que chacun détruise les siennes : soit que ce soit Vénus et l’impureté, soit que ce soit Mammonc et l'avarice, donnons-leur un coup de pied généreux qui les abatte devant Jésus-Christ; car à quoi nous
■ Ejend. nui. i.
Jigitized
DE SAINT VICTOR
aura R servi <lc baise! ce pied vénérable, sacré dépôt de cetle maison?
O pied de l'illustre Victor, c'est par vos coups puissants que l'idole est tombée par terre ; ce tyran , qui vous a coupé , a cru vous immoler A son Jupiter ; mais il vous a consacré à Jésus-Christ , et n'a fait que signaler votre victoire ! C’est l'honneur de saint Victor, qu'il lui ait coûté du sang j o Lia faire triompher Jésus-Christ; et il fallait pour sa gloire qu'en renversant un faux dieu, il offrit un sacrifice au véritable. Mes frères, imitons cet exemple : mais portons encore plus loin noire zèle ; et après avoir appris de Victor à détruire les ennemis de Jésus-Christ, apprenons encore du même martyr à lui conserver ses serviteurs. Il a fait l'un et l'autre avec courage : il a renversé par terre les ennemis du Fils de Dieu ; voyons maintenant comment il travaille a lui conserver ses serviteurs : c'est ma deuxième partie.
second roi NT.
C’est un secret de Dieu, de savoir joindre ensemble l'affranchissement et la sers Rude , et saint Paul nous l'a expliqué, en la première épltrc aux Corinthiens, lorsqu'il a dit ces belles paroles: - Ke Adèle qui est libre, est serviteur de Jésus- - Christ : » Qui in Domino vocal 11.1 est servus, libertus est Domtni; simitiler qui liber vocatus est, servus est Christi '. Ce tempérament merveilleux, qu'apporte le saint apôtre A la liberté par la contrainte , à la contrainte par In liberté , est plein d'une sage conduite, et digue de l'Esprit de Dieu. Celui qui est libre, messieurs, a besoin qu’on le modère et qu'on le réprime; et celui qui est dans la servitude a besoin qu'on le soutienne et qu'on le relève. Saint Paul a fait l'un et l'autre en disant à l’affranchi , qu'il est serviteur ; et au serviteur, qu'il est affranchi. Par la première de ces paroles il donne comme un contre-poids à la liberté, de peur qu'elle ne s’emporte : il semble, par la seconde, qu’il lâche la main à la contrainte, de peur qu'elle ne sc laisse accabler; et il nous apprend par toutes les deux cette vérité importante, que le chrétien doit mêler dans toutes scs actions et la liberté et la contrainte. Jamais tant de liberté, que nous n’y donnions toujours quelques bornes qui nous contraignent; et jamais tant de contrainte, que nous ne nous sachions toujours conserver une sainte liberté d'esprit , et joindre par ce moyen ta liberté et la servitude.
Mais cette liberté et cette contrainte, qui sc trouvent jointes selon l’esprit dans tous les véri-
• I. Cor. vil. 22.
fables enfants de Dieu , il a plu A la Providence quelles fussent unies en notre martyr, même selon le corps, et en le prenant à la lettre. Son historien nous apprend une particularité remarquable; c’est qu'ayant été arrêté par l'ordre de l'empereur pour la cause de l'Évangile, il demeurait captif durant tout le jour; et qu'un ange le délivrait toutes les nuits : tellement que nous pouvons dire qu’il était prisonnier et libre. Mais ce qui fait le plus à notre sujet, c'est que, dans l'un et dans l'autre de ces deux états, il travaillait toujours au salut des âmes; puisqu 'ainsi que nous lisons dans la même histoire, étant renfermé dans la prison il convertissait ses propres gnrdes, et qu'il • n'usait de sa liberté que pour affermir
• en Jésus-Christ l’esprit de ses frères, - ut christianorum paventia conta confirmant.
Durant le temps des persécutions, deux spectacles de piété édifiaient les hommes et les anges; les chrétiens en prison, et les chrétiens en liberté qui semblaient en quelque sorte disputer ensemble à qui glorifierait le mieux Jésus-Christ , quoique par des voies différentes; et il faut que je vous donne en peu de paroles une description de leurs exercices : mon sujet en sera éclairci , et votre piété , édifiée. Faisons donc , avant toutes choses, la peinture d'un chrétien en prison. O Dieu , que son visage est égal et que son action est hardie! mais que cette hardiesse est modeste, mais que cette modestie est généreuse! et qu’il est aisé de le distinguer de ceux que leurs crimes ont mis dans les fers; qu'il sent bien qu’il souffre pour la bonne cause , et que la sérénité de ses regards rend un illustre témoignage à son innocence! Rien loin de se plaindre de sa prison, il regarde le monde au contraire comme une pri- 1 son véritable. Non , il n’en connaît point de plus obscure , puisque tant de sortes d'erreurs y éteij gnent la lumière de la vérité; ni qui contienne ; plus de criminels, puisqu'il y en a presque au- ! tant que d'hommes; ni de fers plus durs que les siens , puisque les âmes mêmes en sont enchaînées; ni de cachot plus rempli d’ordures, par ; l'infection de tant de péchés. Persuadé de cetle pensée, ■> il croit que ceux qui l’arrachent du mi.
* lieu du monde, en pensant le rendre captif, lo
- tirent d’une captivité plus insupportable, et no | - le jettent pas tant en prison qu’ils ne l’en déli-
- vrctit réellement : . Si reco'jitnnus ipsum magis mundum carcerem esse, exisse vos e carcere, ijuam in carcerem introissc intclligcmus ■.
I Ainsi dans ces prisons bienheureuses dans lesquelles les saints martyrs étaient renfermés , ni les plaintes , ni les murmures, ni l’impnticr.cc,
1 Tcrtnl. t td Mari, n* 2.
470 PANEGYRIQUE
n’y paraissaient pas: elles devenaient des temples sacrés, qui résonnaient nuit et jour de pieux cantiques. lueurs gardes en étaient émus; et il arrivait , pour l’ordinaire , qu’en gardant les martyrs ils devenaient chrétiens. Celui qui gardait saint Paul et Silas fut baptisé par l’apôtre • : les gardes de notre saint se donnèrent à Jésus-Christ par son entremise. C’est ainsi que ees bienheureux prisonniers avaient accoutumé de gagner leurs gardes ; et à peine en pouvait-on trouver d’assez durs pour être à l'épreuve de cette corruption Innocente. Mais s’ils travaillaient à gagner leurs gardes, ce n'étalt pas pour forcer leurs prisons; ils ne tâchaient, au contraire, de les attirer, que pour les rendre prisonniers avec eux , et en faire des compagnons de leurs chaines. Longin, Alexandre et Félicien, qui étaient les gardes de saint Victor, les portèrent avec lui , et sont arrivés devant lui à la couronne du martyre. O gloire de nos prisonniers, qui, tout chargés qu’ils étaient de fers, sc rendaient maîtres de leurs propres gardes, pour en faire des victimes de Jésus- Christ ! Voilà , messieurs , en peu de paroles , la première partie du tableau ; tels étaient les chrétiens en prison.
Mais jetez maintenant les yeux sur ceux que la fureur publique avait épargnés : voici quelsétaicnt leurs sentiments. Ils avaient honte de leur liberté, et se la 'reprochaient à eux-mêmes : mais ils entraient fortement dans cette pensée, que Dieu ne les ayant pas jugés dignes de la glorieuse qualité de ses prisonniers, il ne leur laissait leur liberté que pour servir scs martyrs. Prenez, mes frères, ces sentiments que doit vous inspirer l’esprit du christianisme, et faites avec moi cette réflexion importante. Dieu fait un partage dans son Eglise : quelques-uns de ses fidèles sont dans tes souffrances ; les autres par sa volonté vivent i. ieur aise. Ce partage n’est pas sans raison , et voici sans doute le dessein de Dieu. Vous qu'il exerce par les afflictions, c'est qu’il veut vous faire porter scs marques ; vous qu'il laisse dans l’abondance , c’est qu’il vous réserve pour servir les autres. Donc, fi riches, ô puissants du siècle, tirez cette conséquence, que si , selon l’ordre des lois du monde , les pauvres semblent n’ètre nés que pour vous servir ; selon les lois du christianisme , vous êtes nés pour servir les pauvres et soulager leurs nécessités.
C’est ce que croyaient nos ancêtres , ces premiers lidèlcs; et c’est pourquoi , comme j’ai dit , ceux qui étaient libres pensaient n’avoir cette liberté que pour servir leurs frères captifs, et ils leur en consacraient tout l’usage. C’est pourquoi,
messieurs, les prisons publiques étaient le commun rendez-vous de tous les fidèles ; nul obstacle , nulle appréhension , nulle raison humaine ne les arrêtait : ils y venaient admirer ces braves soldats, l’élite de l’armée chrétienne ; et les regardant avec foi comme destinés au martyre, martyres designati *, ils les voyaient tout resplendissants de l’éclat de cette couronne qui pendait déjà sur leurs tètes , et qui allait bientôt y êtreappliquée. Ils les servaient humblement dans cette pensée, ils les encourageaient avec respect; ils pourvoyaient à tous leurs besoins avec une telle profusion , que souvent même les infidèles : chose que vous jugerez incroyable, et néanmoins très-bien avérée; souvent , dis-jc, les infidèles se mêlaieut avec les martyrs , pour pouvoir goûter avec eux les fruits de la charité chrétienne : tant la charité était abondante, qu’elle faisait trouver desdélices même dans l'horreur des prisons!
Voilà, mes frères, les saints emplois qui partageaient les fidèles durant le temps des persécutions. Que vous étiez heureuse, ô sainte Église, de voir deux si beaux spectacles : les uns souffraient pour la foi , les autres compatissaient par la charité ; les uns exerçaient la patience , et les autres la miséricorde; dignes certainement les uns et les autres d’une louange immortelle! Car à qui donnerons-nous l’avantage : le travail des uns est plus glorieux , la fonction des autres est plus étendue ; ceux-là combattent les eunemis , ceux-ci soutiennent les combattants mêmes. Mais que sert de prononcer ici sur ce doute ; puisque ees deux emplois differents que Dieu partage entre ses élus, il lui a plu de les réunir en la personne de notre martyr? Il est prisonnier et libre, et il plaît à notre Sauveur qu’il remporte la gloire de ces deux états. Victor désire ardemment l'honneur de porter les marques de Jésus-Christ. Voila des chaînes, voila des cachots, voilà une sombre prison : c’est de quoi imprimer sursoit corps les caractères du Fils de Dieu , et les livrées de sa glorieuse ser\itude. Mais Victor, accable de fers , ne peut avoir la gloire d’animer ses frères. Allez, anges du Seigneur, et délivrez-le toutes les nuits, pour exercer cette fonction qu’il a coutume de remplir avec tant de fruit : faites tomber ces fers de ses mains ; ôtez-lui ces chaînes pe- 1 santés, qu’il se tient heureux de porter pour la gloire de l’Évongilc. Ah ! qu’il les quitte à regret, ces chaines chéries et bien-aimées! Mais c'est pour les reprendre bientôt. Mais c’est trop de les perdre un moment; n’importe, Victor obéit. Quoiqu’il chérisse sa prison , il est prêt de la quitter au premier ordre ; il n’a d'attachement qu à ta
• Mit xi», aa.
• Terlul. nd Mari, u* f.
DE SAINT VICTOR
volonté de son Maître : il est ce chrétien généreux dont pnrle Tertullicn * : Cliristianus etiam extra carcerem sœculo renunliavit , in carecre etiam carceri : » Le chrétien , même hors de la • prison , renonce au siècle ; et en prison , il re- ■ nonce à la prison même. »
Vous jugerez peut-être que ce n'est pas une grande épreuve , de renoncer à une prison : mais les saints martyrs ont d’autres pensées; et ils trouvent si honorable d'être prisonniers de Jésus- Christ, qu'ils ne se peuvent dépouiller sans peine de cette marque de leur servitude. Ce qui console Victor, c’est qu'il ne sort de ses fers que pour consoler les fidèles, pour rassurer leurs esprits flottants, pour les animer nu martyre. C'est & quoi il passe les nuits avec une ardeur infatigable; et après un si utile travail il vient avec joie reprendre ses chaînes, il vient se reposerdans sa prison, et il se charge de nouveau de ee poids aimable que la foi de Jésus-Christ lui impose.
Mes frères , voilà notre exemple , telle doit être la liberté du christianisme. Qui nous donnera, A Jésus, que nous nous rendions nous-mêmes captifs par l’amour de la sainte retraite, et que jamais nous ne soyons libres que pour courir aux offices de ia charité? Heureux mille et mille fuis celui qui ne trouve l’usage de sa liberté, que lorsque la charité l'appelle I Mais si nous voulons garder de la liberté pour les affaires du monde , gardons-en aussi pour celles de Dieu , et n'en perdons pas un si saint usage. O mains engourdies de l'avare , que ne rompez- vous ces liens de l'avarice , qui vous empêchent de vous ouvrir sur les misères du pauvre I que ne brisez-vous ces liens qui ne vous permettent pas d'aller nu secours ou de l'innocent qu’on opprime , qu'une seule de vos paroles pourrait soutenir, ou du prisonnier qui languit, et que vos soins pourraient délivrer; ou de cette pauvre famille qui se désespère , etqui subsisterait largement du moindre retranchement de votre luxe! Employez, messieurs, votre liberté dans ces usages chrétiens; consaerez-la au service des pauvres membres de Jésus-Christ. Ainsi , en prenant part à la croix des autres , vous vous élèverez à la fin à cette grande perfection du christianisme, qui consiste à s'immoler sol-même : c'est ce qui nous reste A considérer dans le martyre de saint Victor.
TROISIÈME POINT
Pour tirer de l'utilité de cette dernière partie, où je dois vous représenter le martyre de saint Victor, je vous demande, mes frères, que vous n'arrêtiez oas seulement la vue sur tant de peines
1 Ài Mort. O- J.
qu'il a endurées ; mats que , remontant en esprit à ces premiers temps où la foi s'établissait par tant de martyres, vous vous mettiez vous-mêmes à l'épreuve touchant l'amour de la croix, qui est la marque essentielle du chrétien. Trois circonstances principales rendaient la persécution épouvantable. Premièrement, on méprisait les chrétiens; secondement , on les haïssait : Eritis odio omnibus ' ; enfin la haine passait jusqu'à la fureur : parce qu'on les méprisait, on les condamnait sans procédures ; parce qu'on les haïssait , on les faisait souffrir sans modération; pareeque In haine allait jusqu'à la fureur, on poussait la violence jusqu'au delà de la mort. Ainsi, la vengeance pu • blique n’ayant ni formalité dans son exercice , ni mesure dans sa cruauté , ni bornes dans sa duree, nos pères en étaient réduits aux dernières extrémités. Mais pesons plus exactement ces trois circonstances pour la gloire de notre martyr, et la conviction de notre lâcheté.
J’ai dit premièrement, chrétiens, qu'on ne gardait avec nos ancêtres aucune formalité de justice parce qu'on les tenait pour des personnes viles , dont le sang n’était d’aucun prix : « c'était « la balayuredu monde, • omnium peripsema ce qui a fait dire à Tertullicn : Christiuni, destination mort i genus 3. Savez- vous ce que c'est que les chrétiens? C'est, dit-il, * un genre d’hom-
• mes destiné à la mort. • Remarquez qu'il no dit pas condamné , mais destiné à la mort; parce qu’on ne les condamnait pas pnr les formes , mais plutôt qu'on les regardait comme dévoués , nu dernier supplice par le seul préjugé d'un nom odieux : ores occisionis, comme dit l'apôtre ■*,
« des brebis de sacrifices, des agneaux de bou- ■ cherie , ■ dont on versait le sang sans façon et sans procédures. SI le Tibre s'était débordé, si la pluie cessait d'arroser la terre, si les Barbares avalent ravagé quelque partie de l'empire, les chrétiens en répondaient de leurs têtes ; il avait passé en proverbe : Ctrlum stetit, causa Christian!5 . Pauvres chrétiens innocents, on ne sait que vous imputer, parce que vous ne vous mêlez de rien dans le monde, et on vous accuse de renverser tous les éléments , et de troubler tout l'ordre de la nature ; et sur cela on vous expose aux bêtes farouches, parce qu'il a plu au peuple romain de crier dans l’amphithéâtre : Christianos ,ad tcones - Qu'on donne les chrétiens aux
• lions! » Il fallait cette victime aux dieux immortels, et ce divertissement nu peuple irrité,
1 Matth. x , 22.
* 1. Cor. nr, 13.
3 DeSptctâc. n* !.
1 Rom. nu , 3a.
* ,4pn!ntj. n* «0.
* Ibid»
PANÉGYRIQUE
peut-être pour le délasser des sanglant* spectacles i des gladiateurs par quelque objet plus agréable. Quoi donc, sans formalité immoler une si grande ■ multitude! De quoi parlez-vous, de formalité? eela est bon pour les voleurs et les meurtriers; mais il n'en faut pas pour les chrétiens, fanes viles et méprisables, dont on ne peut assez prodiguer le sang.
Victor, généreux Victor, quoi ! ce sang illustre qui coule en vos veines , sera-t-il donc répandu avec moins de forme que celui du dernier esclave? Oui, messieurs, pour professer le christianisme il fallait avaler toute cette honte; mais voici quelque chosede bien plus terrible. Ordinairement ceux (pie l'on méprise, on ne les juge pas dignes de colère; et ce foudre de l'indignation ne frappe que sur les lieux élevés. C'est pourquoi David disait à Saul : Qui puursuivez-vous, n roi d’Israël ? contre qui vous irritez-vous ? « Quoi, un « si graud roi contre un ver de terre! ■ Canem morluum persequeris et puticem unum Il ne trouve rien de plus efïlcncc pour se mettre à couvert delà colère de ce priuce , que de se représenter comme un objet tout à fait méprisable ; et en effet on se défend de la fureur des grands par la bassesse de sa condition. I.es chrétiens toutefois, bien qu’ils soient le rebut du monde, n'en sont pas moins le sujet non-seulement de la haine, mais encore de l'indignation publique ; et malgré ce mépris qu'on a pour eux , ils ne peuvent obtenir qu’on les néglige. Tout le monde est armé contre leur faiblesse; et voici un effet étrange de cette colère furieuse. Dans les crimes les plus atroces , les lois ont ordonné de la qualité du supplice; il n’est pas permis de passer outre : elles ont bien voulu donner des bornes même à Injustice, de peur de lâcher la bride à la cruauté. Il n’y avait que les chrétiens sur lesquels on n’appréhendait poiut de faillir, si ce n’est en les épargnant : • il leur fallait arracher la vie par toutes « les Inventions d’une cruauté raffinée, » per atrociora gênera pœnarum, dit le grave Tcr- ' tullien *.
Car considérez , je vous prie, ce qu’on n’a pas inventé contre saint Victor. On a soigneusement ramassé contre lui seul tout ce qu’il y a de force dans les hommes, dans les animaux, dans les machines les plus violentes. Qu’on l’attache sur le chevalet, et qu’il lasse durant trois jours des bourreaux qui s'épuisent en le flagellant , qu’un cheval fougueux et Indompté le traîne à sa queue par toute in ville ou dans les revues de l’armée , au milieu de laquelle il a paru si souvent avec tant d’éclat; qu’il laisse par toutes les ruc3 non-
» |. Itrq. XXIV, 15.
» De Reser. Car* », n" 8.
seulement des ruisseaux de sang, mais même des lambeaux de sa chair : encore n’est-ce pas assez pour assouvir la haine de ses tyrans. Que veuton faire de cette meule? quel monstre veut-on écraser et réduire en poudre? Quoi ! c’est l’innocent Victor qu’on veut accabler dece poids, qu'on veut mettre en pièces par ce mouvement ! Eh ! il ne faut pas tant de force contre un corps humain, que la nature a fait si tendre et si aisé à dissou- m dre. Mais la haine aveugle des infidèles ne pouvait rien inventer d’assez horrible; et la foi ardente des chrétiens ne pouvait rien trouver d’assez dur. Invente encore, s’il est possible, quelque machine inconnue, ô cruauté ingénieuse ! si tu ne peux abattre Victor par la violence, tâche de l’étonner par l’horreur de tes supplices. Il est prêt à en supporter tout l’effort ; sa patience surmontera toutes tes attaques. « II ne reçoit au- «cune blessure, qu’il ne couvre par une cou- « ronne ; il ne verse pas une goutte de sang , qui « ne lui mérite de nouvelles palmes; il remporte « plus de victoires, qu’il ne souffre de violcn- « ces : » Corona prêtait ruinera, paltna sanr/uinetn obscurat , plus victoriarum est quai n inju riarum \ Mais, enfin, la matière manque : quoique le courage ne diminue pas , il faut que le corps tombe sous les derniers coups. Que fera la rage des persécuteurs? Ce qu’elle a fait aux autres martyrs, dont elle poursuivait les corps mutilés jusque dans le sciu de la mort , jusque dans l’asile de la sépulture. Elle en use de même contre notre saint; et lui enviant jusqu’à un tombeau , elle le lait jeter au fond de la mer : mais , par l’ordre du Tout-Puissant, la mer officieuse rend ee dépêt à la terre , et la terre nous a conservé ses os , afin qu’en baisant ces saintes reliques nous y pussions puiser l’amour des souffrances : car c’est ce qu’il faut apprendre des saints martyrs ; «$îest le fruit qu’il faut remporter des discours que l’on consacre à leur gloire.
Mais , à croix , ô tourments, ô souffrances, les chrétiens prêchent et publient que vous faites toute la gloire du christianisme : les chrétiens vous révèrent dans les saints martyrs, les chrétiens vous louent dans les autres ; et par une lâcheté sans égale, aucun ne vous veut pour soimême : et toutefois il est véritable que les souffrances font les chrétiens , et qu’on les reconnaît à cette épreuve. IValléguons pas ici l’Ecriture sainte , dont presque toutes les lignes nous enseignent cette doctrine; laissons tant de raisons excellentes que les saints Pères nous en ont données : convainquons-nous par expérience de cette i vérité fondamentale. Quand est-ce que l’Église a
* Terlul. Scorp. n.6.
DK SAINT VICTOR.
eu des enfants dignes (Telle , et a porté des chrétiens dignes de ce nom ? C'est lorsqu'elle était persécutée; c’est lorsqu'elle lisait a tous les poteaux des sentences épouvantables, prononcées coutre elle; qu'elle voyait dans tous les gibets, et dans toutes les pinces publiques , de ses enfants Immolés pour la gloire de T Evangile.
Durant ce temps, messieurs, il y avait des chrétiens sur la terre , il y avait de ces hommes forts qui , étant nourris dans les proscriptions et dans les alarmes continuelles, sciaient fait une glorieuse habitude de souffrir pour l'amour de Dieu. Ils croyaient que c'était trop de délicatesse, que de rechercher le plaisir et en ce monde et en l'autre : regardant la terre comme un exil, ils jugeaient qu'ils n'y avaient point de plus grande affaire que d'en sortir au plus tôt. Alors la piété était sincère , parce qu'elle n'était pas encore devenue un art : elle n’avait pas encore appris le secret de s'accommoder au inonde , et de servir aux négoces des ténèbres. Simple et innocente qu'elle était, elle ne regardait que le ciel auqm I elle prouvait sa fidélité par une longue patience. Tels étaient les chrétiens de ces premiers temps ; les voila dans leur pureté, tels que les engendrait le sang des martyrs , tels que les formaient les persécutions. Maintenant la paix est venue, et la discipline s'est relâchée : le nombre des fidèles s'est augmenté, et l'ardeur de la foi s'est ralentie; et, comine (lisait éloquemment un ancien,
- Ton t'a vue , ô Église catholique , affaiblie par
• ta fécondité, diminuée par ton accroissement,
• et presque abattue par tes propres forces : » Faclaque es, Ecclesia, profeclu tuce ftscundilatis infinnior, atque acccssu relabens, et quasi viribus minus valida ’. D'où vient cet abattement des courages? C’est qu'ils ne sont plus exercés par les persécutions. I.e monde est entré dans l'Église, on a voulu joindre Jésus-Christ avec liélial; et de cet Indigne mélange, quelle race enfin nous est uée?L’ne race méléc et corrompue, des demi-chrétiens, des chrétiensmondainset séculiers, une piété bâtarde et falsifiée, qui est toute dans les discours et dans un extérieur contrefait.
O piété a la mode , que Je me moque de tes vantcrics et des discours étudiés que tu débites à ton aise pendant que le monde te rit ! Viens que je te mette il l'épreuve. Voici une tempête qui s'élève, voici une perte de biens, une insulte, une contrariété, une maladie : tu te laisses aller aux murmures, pauvre piété déconcertée; tu ne peux pluste soutenir, piété sans force et sans fondement. Va , tu n'étais qu'un vain simulacre ne la piété chrétienne ; tu n 'étais qu'un faux or qui brille au soleil , mais qui ne dure pas dans le feu ,
* Salvian. adv. Avar. llb. i, page- ‘iis.
mais qui s'évanouit dans le creuset. La vertu chrétienne n'est pas faite de la sorte : Aruitlanquam testa rirlus mca '. Elle ressembleà la terre d'argile , qui est toujours molle et sans consistance jusqu'à ce que le feu la cuise et la rende ferme : .1 ru il tanquam testa virtus mca. Et s'il est ainsi, chrétiens; si les souffrances sont nécessaires pour soutenir l'esprit du cl.vistianisme : Seigneur, rendez-nous les tvrans , rendez-nous les Domiticn et les Néron.
Mais modérons notre zèle , et ne faisons point de voeux indiscrets; n'envions pas à nos princes le bonheur d'étre chrétiens , et ne demandons pas (les persécutions que notre lâcheté ne pourrait souffrir. Sans ramener les roues et les chevalets, sur lesquels on étendait nos ancêtres, la matière ne manquera pas à la patience. La nature a assez d'infirmités , le monde a assez d'injustice, sa faveur assez d’inconstance , il y a assez de bizarrerie dans le jugement des hommes, et assez d’inégalité dans leurs humeurs contrariantes. Apprenons à goûter ces amertumes; et quelque sorte d'afflictions que Dieu nous envoie , profitons de ces occasions précieuses et ménogeons-en avec soin tous les moments.
Le ferons-nous, mes frères, le ferons-nous? nous réjouirons nous dans les opprobres? nous plairons-nous dans les contrariétés? Ah! nous sommes trop délicats, et notre courage est trop mou. Nous aimerons toujours les plaisirs, nous ne pouvons durerun moment avec Jésus-Christ sur la croix. Mais, mes frères, s'il est ainsi , pourquoi baisons-nous les os des martyrs? pourquoi célébrons nous leur naissance ? pourquoi écoutonsnous leurs éloges? Quoi ! serons-nous seulement spectateurs oisifs? quoi I verrons-nous le grand saint Victor boire à longs traits ce calice amer de sa passion , que le Fils de Dieu lui a mis en main ; et nous croirons que eet exemple ne nous regarde point, et nous n'en avalerons pas une seule goutte : comme si nous n'étions pas cufanU de la croix? Ah! mes frères, gardez-vous d une si grande insensibilité. Montrez que vous croyez ces paroles : • Rienheureux ceux qui souffrent persé- « eution * ; - et ces autres non moins convaincantes : « Celui qui ne se hait pas soi-même ,'et qui ne » porte pas sa croix tous les jours, n'est pas digne ■ de moi 3. • -
Ah ! nous les croyons, ô sauveur Jésus : c'est vous qui les avez proférées. Mais si vous les croyez, nous dit-il, prouvez-le-moi par vos œuvres. Ce sont les souffrances , ce sont les combats , c’est la peine , c'est le grand travail , qui justificut
I ' Pi. XXI, is.