‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 187 sur 243 · DE SAINT THOMAS · texte numérisé non relu

DE SAINT THOMAS

trône ; sa couronne est ébranlée sur sa tête , son | sceptre ne tient pas dans ses mains. Dieu permet que tous scs voisins se liguent , que tous ses sujets se révoltent et oublient leur devoir; que son propre fils oublie sa naissance, et se mette a la tâte de ses ennemis. Déjà la vengeance du ciel commence à le presser de toutes parts ; mais c'est une vengeance miséricordieuse , qui ne l'abat que pour le rendre humble, et pour faire d'un roi pécheur uu roi pénitent : c'est la seconde merveille qu'a opérée la mort du saint archevêque : In morte mirabilia operatus est.

SECOND POINT

Dans ce démêlé célèbre où les intérêts de l'Église ont engagé saint Thomas contre un grand monarque , je me sens obligé de vous avertir qu'il ne lui a pas résisté en rebelle et dans un esprit de faction : il a joint la fermeté avec le respect. S'il a toujours songé qu'il était évêque , il n'a jamais oublié qu'il était sujet ; et la charité pastorale animait de telle sorte toute sa conduite , qu’il ne s'est opposé au pécheur que dans le dessein de sauver le roi.

Il ne doit pas être nouveau aux chrétiens d'avoir à se défendre des grands de la terre ; et c’est une des premières leçons que Jésus-Christ a données à ses saints apôtres. Mais encore que cette instruction nous prépare principalement contre les rois infidèles, plusieurs exemples illustres, et entre autres celui du grand saint Thomas , nous font voir assez clairement , que l'Église a souvent besoin de rappeler toute sa vigueur au milieu de sa paix et de son triomphe. Combieu ces occasions sont fortes et dangereuses , vous le comprendrez aisément, si vous me permettez, chrétiens, de vous représenter comme en deux tableaux les deux temps et les deux états du christianisme ; l'empire ennemi de l'Église , et l'empire réconcilié avec l’Église.

Durant le temps de l'inimitié, il y avait entre l'un et l'autre uue entière séparation. L'Église n'avait que le ciel , et l’empire n’avait que la terre : les charges, les dignités, les magistratures, c'est ce qui, selon le langage de l'Église, s’appelait le siècle auquel elle obligeait sesenfauts de renoncer. C'était une espèce de désertion que d'aspirer aux honneurs du monde ; et le» sages ne pensaient pas qu’un chrétien de la bonne marque pùt devenir magistrat. Quand cela fut permis à certaines conditions au premier concile d'Arles , dans les premières années du grand Constantin , les termes mêmes de la permission marquaient toujours quelque répugnance : Ad prœsidatum prosilire ‘ ; par un mot qui voulait dire qu'on

1 Collât. Aretat. I, Lui*. VII; Lab. t. U, Col. 1 137.

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