‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 2 sur 243 · VI · texte numérisé non relu

VI

• 6 grand Dieu, et je le confesse, que personne ■ ne peut être continent, si vous ne le faites ’. • Dieu dit par la loi : * Fais ce que j'ordoime ; • la foi répond à Dieu : • Donnez, Seigneur, ce que

• vous ordonnez ’. • La foi fait naitre l’humilité, et l’humilité attire la grâce, « et c’est la grâce

• qui justifie J. • Ainsi notre justification se fait par la foi , la foi en est la première cause ; et en cela nous différons du peuple charnel qui ne considérait que l'action commandée , sans regarder le principe qui la produit. Quand ils lisaient la loi , ils ne songeaient à autre chose qu'à faire ; et ils ne pensaient point qu'il fallait auparavant demander. Pour nous , nous écoutons , à la vérité , ce que Dieu ordonne ; mais la foi en Jésus-Christ nous enseigne que c’est de Dieu même qu'il le faut attendre. Ainsi notre justice 11e vient pas des œuvres en tant qu’elles se font par nos propres forces ; elle naît de la foi , « qui , opérant par la . charité , fructifie en bonnes œuvres , » comme dit l’apôtre 4.

En effet, croire en Jésus-Christ n’est-ce pas croire au Sauveur, au Libérateur? et quand nous croyons au Libérateur, ne sentons-nous pas-nôtre servitude? quand nous confessons le Sauveur, ne confessons-nous pas que nous sommes perdus? Ainsi , reconnaissant devant Dieu que nous sommes perdus en nous-mêmes, nous courons à Jésus-Christ par la foi , cherchant notre salut en lui seul : c'est là cette foi qui nous justifie , si nous croyons , si nous confessons que nous sommes morts, et que c’est Jésus-Christ qui nous rend la vie. Chrétien , le crois-tu de la sorte : le croyons-nous ainsi , chrétiens? Si tu ne le crois pas , tu renies Jésus-Christ pour Sauveur; Jésus n’est plus Jésus , et toute la vertu de sa croix est anéantie. Que si nous confessons cette vérité, qui n’rst pas un article particulier, mais qui est le fondement et la base qui soutient tout le corps du christianisme; avec quelle humilité, avec quelle ardeur, avec quelle persévérance devonsnous approcher de notre grand Dieu , pour rendre grâce de ce que nous avons, et pour demander ce qui nous manque ! Que ma peine serait heureusement employée, si l'humilité chrétienne, si le renoncement à nous-mêmes , si l’espérance au Libérateur, si la nécessité de persévérer dans une oraison soumise et respectueuse, demeuraient aujourd’hui gravées dans vos âmes par des carne- 1 tires ineffaçables! Prions, fidèles, prions ardemment ; apprenons de la loi combien nous avons besoin de la grâce. Écoutons le saint concile de

* Snp. vm, 21.

V S.Juq. Conjtu. lit», s, cap. iui,l. i, tel. I‘l,

* Cal. T, 4 Colon. 1 , 10.

DE LA PENTECOTE.

Trente qui assure qu'en commandant * Dieu nous

• avertit de faire ce que nous pouvons, et de de-

• mander ce que nous ne pouvons pas » Entendons , par cette doctrine , qu’il y a des choses que nous pouvons , et d’autres que nous ne pouvons pas; et si nous ne les demandons , elles ne nous seront pas données. Ainsi nous demeurerons impuissants, et notre impuissance n'exensera point notre crime : au contraire nous serons doublement coupables , en ce que nous serons tombés dans le crime pour n’avoir pas voulu demander la grâce. Combien donc est-il nécessaire que nous priions, ainsi que de misérables nécessiteux qui ne peuvent vivre que par aumônes! C'est ce que prétend l’apôtre saint Paul , dans cet humble raisonnement que j’ai tâché de vous expliquer : il nous montre notre servitude et notre impuissance ; afin que les fidèles étant effrayés par les menaces de la lettre qui tue , ils recourent par la prière à l'Esprit qui nous vivifie. C'est la dernière purtie de mon texte, par laquelle je m’en vais conclure en peu de paroles.

DEUX1ÈUB POINT.

Je vous ai fait voir, chrétiens , par la doctrine de l'apôtre saint Paul , que la grâce et la justice n’est point par la loi ; d'autant qu'elle ne fait qu'éclairer l'esprit , et quelle n’est pas capable de changer le coeur. Mais, continue le même saint Paul , « ce qui était impossible à la loi , Dieu l’a

• fait lui-môme en envoyant son Fils, qui a ré-

• pnndu dans nos âmes l'esprit de la grâce, afin

• que la justice de la loi s’accomplit en nous ■ : • ce qui a fait encore dire à l'apôtre, que ■ main- « tenant nous ne sommes plus sous la loi9. > Or pour entendre plus clairement ce qu’il nous veut dire , considérons une belle distinction de saint Augustin. * C'est autre chose , dit-il , d'être sous

• la loi, et autre chose d’étre avec In loi. Car la « loi , par son équité, a deux grands effets; ou - elle dirige ceux qui obéissent , ou elle rend pu- « nissables ceux qui se révoltent. Ceux qui rejet.

• tent la loi , sont sous la loi ; parce que encore

• qu'ils fassent de vains efforts pour se soustraire « de son domaine , elle les maudit , elle les con-

• damne , elle les tient presses sous la rigueur de

• ses ordonnances: et par conséquent ils sont sous

• la loi, et la loi les tue. Au contraire ceux qui

• accomplissent la loi. Ils sont ses amis , dit saint

• Augustin, iis vont avec elle; parce qu'ils l'em- « brassent, qu'ils la suivent, qu'ils l'aiment4. » Ces choses étant ainsi supposées , il s'ensuit que les

• Se$t. vi , cap. si.

1 Htm. viu ,3,4.

» Ibid. Tl , 14.

4 S Jug. in Jonn. Tract, lit , n* 3 , t lu , p*rt. n , col. .104,

obsérvateu rsde la loi ne sont plus sous la loi comme esclaves, mais sont avec la loi comme amis. Et comme dans le Nouveau Testament l'e - prit de la grâce nous est élargi , par lequel la justice de la loi peut être accomplie ; il est trcs-vrai , ce que dit l’apôtre , que - nous ne sommes plus sous la « loi : » parce que si nous suivons cet esprit de grâce, la loi ne nous châtie plus comme notre juge; mais elle nous conduit comme notre règle : de sorte que si nous obéissons à la grâce ^laquelle nous avons été appelés , la loi ne nous tue plus ; mais plutôt elle nous donne la vie dont elle contient les promesses , d’autant qu'il est écrit : « Fais ces choses et tu vivras ■. » D'où il s’ensuit très-évidemment que ■ c’est l’Esprit qui nous vi- . vide : . car la cause pour laquelle la lettre tue, c’est qu’elle ne fait que retentir au dehors pour nous condamner. Or l’esprit agit au dedans pour nous secourir : il va à la source de la maladie ; au lieu de cette brutale ardeur qui nous rend captifs des plaisirs sensibles , il inspire en nos cœurs cette chaste délectation des biens éternels : c'est lui qui nous rend amis de la loi ; parce que domptant la convoitise qui lui résiste , il fait que son équité nous attire. Vous voyez donc que c'est par l’esprit que nous sommes les amis de la loi, que nous sommes avec elle , et non point sous elle : et ainsi c’est l'esprit qui nous vivifie; d'autant qu'il écrit au dedans cette loi qui nous tue, quand elle résonne seulement au dehors.

C’est là, mes frères, cette nouvelle alliance que Dieu nous annonce par Jérémie \ • Le temps • viendra , dit le Seigneur, que je ferai une nou- « vellc alliance avec In maison d’Israël, non point « selon le pacte que J'avais Juré à leurs pères ; « mais voici l'alliance que je contracterai avec « eux : j'imprimerai ma loi dans leurs âmes , et « je l’écrirai en leurs cœurs ; » il veut dire : La première loi était au dehors, la seconde aura toute sa force au dedans : c’est pourquoi J’ai écrit la première loi sur des pierres; et la seconde, je la graverai dans les cœurs. Bref, la première loi frappant au dehors émouvait les âmes par la terreur, la seconde les changera par l’amour; et pour pénétrer au fond du mystère, dites-moi, qu'opère la crainte dans nos cœurs? Elle les étonne, elle les ébranle , elle les secoue ; mais je soutiens qu’il est impossible qu’elle les change, et la raison en est évidente : c'est que les sentiments que la crainte donne sont toujours contraints. Le loup prêt à se ruer sur la bergerie , voit les bergers armés et les chiens en garde : tout affamé qu’il est, il se retire pour cette fois; mais pour cela il n'en est pas moins furieux, il n'en aime pas moins le car-

* * Luc, x, SU.

* Jcrcm 11X1, 31, 32, 33.

«gle

POUK LE JOUR

nage. Que vous rencontriez des voleurs ; si tous êtes les plus forts , ils ne vous abordent qu'avec une civilité apparente : ils sont toujours voleurs, toujoursavidesdc pilicrie. La crainte donc étouffe les affections ; elle semble les réprimer pour un temps, mais elle n’en coupe pas la racine. Otez cet obstacle , levez cette digue ; l'inclination , qui était forcée , se rejettera aussitôt en son premier cours : par où vous voyez manifestement qu'encorc qu'elle ne parût point au dehors , elle vivait toujours au secret du coeur ; bridée et non éteinte, et retenue plutôt qu'abolie.

C'est pourquoi le grand Augustin parlant de ceux qui gardaient la loi par la seule terreur de la peine , non par l'amour de la véritable justice, il pronouce cette terrible mais très-véritable sentence : > Ils ne laissaient pas , dit-il , d'étre cri-

• mincis, parce que ce qui paraissait aux hommes

• dans l'oeuvre; devant Dieu, à qui nos profon-

• deurs sont ouvertes, n'était nullement dans la

• volonté : au contraire cet' œil pénétrant de la

• connaissance divine voyait qu'ils aimeraient ■ beaucoup mieux commettre le crime, s'ils osaient « en attendre l'impunité : * Coram l)eo non eral in voluntate, quod coram hominibus apparebat in opéré : potiusque ex iUo rei tenebantur quod eos noierai Deus malle, si J cri posset impune , committerc '. Donc , selon la doctrine dcce grand homme , la crainte n'est pas capable de chunger le cœur. Considérez , je vous prie , cette pierre sur laquelle Dieu écrit sa loi ; en est-elle changée, pour contenir des paroles si vénérables ? en a-telle perdu quelque chose de sa dureté? Qui ne voit que ces saints préceptes ne tiennent qu’à une superficie extérieure? D'où vient que la loi mosaïque est ainsi écrite , sinon parce que c'est une loi de crainte? Et Dieu ne veut-il pas nous faire entendre que si la loi ne uous touche que par la crainte, il en est de nos cœurs comme d'une pierre ; qu'ainsi notre dureté n'est poiut amollie, et que la loi demeure sur la surface? De là vient que le concile de Trente parlant de la crainte des peines définit tres-bien , à la vérité contre la doctrine des luthériens , que - c'est une impression

• de l’Esprit de Dieu : * car puisque ectte crainte est si bien fondée sur les redoutables jugements de Dieu, pourquoi ne viendrait-elle pas de son Saint-Esprit? Mais ces saints Pères s’expliquent après et uous disent - que c'est une impression de

• l'Esprit de Dieu , qui n'habite pas encore au de-

• dans ; maisqui meut seulement, et qui pousse : ■ Spinius sancti impulsum , non adhuc quidem inhabitaniis,sed tantum movenli.i >. D'où il s’en-

1 De Sptr. el liltera, n" 13, t- X. COl. 92,

> S<tt. xiv, cap. iv.

suit manifestement que la seule crainte des peines ne peut imprimer la loi dans les cœurs.

Certes, il faut l’avouer, il n’y a que la charité qui lesamollisse. Notre maladie, ch rétiens, c'cst de nous attacher à la créature : donc nous attacher à Dieu, c'est notre santé. C’est un amour pervers qui nous gâte ; il n’y a donc que le saint amour qui nous rétablisse : un plaisir désordonné nous captive; il n’ya qu'une sainte délectation qui soit capable de nous délivrer : la seule affection du vrai bien peut arracher l'affection du bien apparent; il n'y a proprement que l'amour qui ait , pour ainsi dire, la clef du cœur. Il faut donc qu'un saint nmourdilatele nôtre, qu’il l’ouvre jusqu'au fond pour recevoir la rosée des grâces divines. Ainsi notre âme sera tout autre; ce ne sera plus une pierre sur laquelle on écrira au dehors, ce sera une cire toute pénétrée et toute fondue par une céleste chaleur.

Par là vous voyez la loi gravée dans les cœurs , selon l’oracle de Jérémie. Y a-t-il rien de plus avant en nos cœurs que ce qui nous plait? Ce que ttousaimons nous tient lieu de loi ; et ainsi je ne me tromperai pas quand je dirai que l'amour est la loi des cœurs : et partant un saint amour doit être la loi des héritiers du Nouveau Testament; parce qu'ils doivent porter leur loi dans leurs cœurs. La loi ancienne a été écrite sur de la pierre ; il n'est , rien de plus immobile; aussi est-ce une loi morte et inanimée. Il nous faut, il nous faut une loi vivante : et quelle peut être cette loi vivante; sinon le vif amour du souverain bien , que le doigt de j Dieu, c’est-à-dire, son Saint-Esprit, écrit et imprime au fond de nos âmes , quand il y répand fonction de la charité, selon ce que dit l’apôtre saint Paul : - La charité est répandueen nos cœurs « par le Saint-Esprit qui nous est donné1? • La charité est doue cette loi vivante qui nous gouverne et qui nous meut intérieurement : et c’est pourquoi l'Esprit vivifie; parce qu’il Imprime en nous une loi vivante, qui est la loi de la nouvelle alliance : c'est-à-dire la loi de l'amour de Dieu. Par conséquent qui pourrait douter que la charité ne soit l'esprit de la loi nouvelle, et l'âme, pour ainsi dire, du christianisme; puisqu’il a été prédit si longtemps avant la naissance de Jésus-Christ, que les enfants du Nouveau Testament auraient la loi gravée en leurs cœurs par l’inspiration de l'amour divin?

Et selon la conséquence de ces principes, où je n’ai fuit que suivre saint Augustin qui ne s’esl attaché qu'à saint Paul; je ne craindrai pas de vous assurer que quiconque ne se soumet à la loi que par la seule appréhension de la peine,

* Rem. v, s.

DE LA PENTECOTE.

il s'excommunie lui-même du christianisme , et retourne & la lettre qui tue , et à la captivité de la Synagogue : et pour vous en convaincre, regardez premièrement qui nous sommes. Sommesnous enfants ou esclaves? Si Dieu vous traite comme des esclaves, contentez-vous de craindre le maître; mais s’il vous envoie son propre Fils pour vous dire qu’il daigne bien vous adopter pour enfants, pouvez-vous ne point aimer votre Père? Or l'apôtre saint Paul nous enseigne que

• nous n’avons pas reçu l’esprit de servitude « par la crainte; mais que Dieu nous a départi

■ l'esprit de l'adoption des enfants , par lequel > nous l'appelons notre Père \ » Comment l’appelons-nous tous les jours notre Père qui êtes aux deux, si nous lui dénions notre amoor? Davantage : considérons de quelle sorte il nous a adoptés ; est-ce par contrainte ou bien par amour ? A h ! nous savons bien que c’est par amour, et par un amour infini. - Dieu a tant aimé le monde , dit

• Notre-Seigncur1, qu’il a donné son Fils unique « pour le sauver. - Si donc notre Dieu nous a tant aimés; comment prétendrons-nous payer son amour, si ce n’est par un amour réciproque ?

• D'autant plus , comme dit saint Bernard 3, que « l'amour est la seule chose en laquelle nous

• sommes capables d'imiter Dieu. Il nous juge,

• nous ne le jugeons pas ; il nous donne , et il n'a « pas besoin de nos dons : s'il commande , nous

• devons obéir ; s'il se fâche, nous devons trem-

• bier : et s’il aime, que devons-nous faire? nous « devons aimer, c'est la seule chose que nous

• pouvons faire avec lui. • Et combien sont criminels les enfants qui ne veulent pas imiter un père si bon !

Est-ce assez considérer Dieu comme père? considérons-le maintenant comme prince. Comme Roi, il nous commande; mais il ne nous commande rien tant que l'amour. - Tu aimeras, dit- « il, le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de

• tout ton esprit , de toutes tes forces , de toute

■ ton âme >. <■ A-t-il jamais parlé avec une plus grande énergie? Et Jésus-Christ : « Qui nem’aime

■ pas , nous dit-il , n’observe pas mes commande-

• ments5. • Donc qui n’aime pas Jésus-Christ; puisqu’il n’observe pas ses commandements , il viole la majesté de son roi.

Voulez-vous que nous parlions maintenant des dons que Dieu fait à ses serviteurs , et que , par la qualité des présents, nous jugions de l'amour qu'il exige? Quel est le grand don que Dieu nous fait?

* Rom. nu, 1S.

* Joan. in, 15.

> Serm. xxxill in CanUc. n" 4, t. I, col. I MVS.

4 Drut. vi, 6-

* Jo*n. xiv, 24.

c’est le Saint-Esprit: et qu'est-eeque le Saint-Esprit : n'est-ce pas f amour éternel du Père et du Fils?Quelleest l'opération propreduSaint-Esprit? n’est-ce pas de faire naître , d'inspirer l’amour en nos cœurs , et d'y répandre la charité , et partant qui méprise la charité, il rejette le Saint-Esprit? et cependant c’est le Saint-Esprit qui nous vivifie. Mais si Je voulais poursuivre le reste, quand est-ce que j'aurais achevé cette induction?II n’y a mystère du christianisme, il n’y a article dans le Symbole , il n’y a demande dans l'Oraison , il n’y a mot ni syllabe dans l'Évangile , qui ne nous crie qu’il faut aimer Dieu.

Ce Dieu fait homme, ce Verbe incarné, qu'est- II venu faire en ce monde? avec quel appareil nous est-il venu enseigner? s'est-il caché dans une nuée? a-t-ll tonné et éclairé sur une montagne toute fumante de sa majesté? a-t-il dit d’une voix terrible : - Retirez-vous ; que mon serviteur « Moïse approche tout seul ; et les hommes et les • animaux qui aborderont près de la montagne, « mourront de mort'. ■ La loi mosaïque a été donnéenvec ce redoutable appareil. Sous l’Évangile, Dieu change bien de langage : y a-t-ll rie:) eu de plus accessible que Jésus-Christ, rien de plus affable , rien de plus doux? Il n’éloigne personne d'auprès de loi : bien plus, non-seulement il y stAffre, mais encore il y appelle les plus grands pécheurs; et lui-même il va au-devant : Venez* moi , dit-il, et ne craignez pas. • Venez, venez à « moi, oppressés, je vous aiderai A porter vos « fardeaux*; • venez, malades, je vous guérirai; venez, affamés, je vous nourrirai : pécheurs, publicains, approchez; je suis votre libérateur. Il les souffre, il les invite, il va au-devant. Et que veut dire ce changement, chrétiens? d'où vient cette aimable condescendance d'un Dieu qui se familiarise avec nous? Qui ne voit qu’il veut éloigner la crainte servile, et qu'à quelque prix que ce soit il est résolu de se faire aimer, même, si j'ose pnrlerdela sorte, aux dépens de sa propre grandeur? Ditcs-moi ; était-ce pour se faire craindre, qu'lia voulu être pendu A la croix? n'estce pas plutôt pour nous tendre les bras, et pour ouvrir autant de sources d’amour comme il a de plaies? Pourquoi se donne-t-il à nous dans l’eucharistie? u'est-ce pas pour nous témoigner un extrême transport d’amour, quand il s'unit A nous de la sorte? Ne diriez-vous pas, chrétiens , que ne pouvant souffrir uos froideurs , nos indifférences , nos déloyautés , lui-même il veut porter sur nos cœurs des charbons ardents? Comment donc excuserons-nous notre négligence ? Mais où se cachera notre ingratitude? Après cela , n’cst-il

1 Ernd. SIX, 12, ■]

* VallE.u, 2».

POUR I.E JOUR

pas justu de s'écrier avec le grand apôtre saint Paul : • Si quelqu'un n’aime pas Notre-Seigneur

• Jésus-Christ, qu'il soit anathème1 : » sentence autant juste que formidable? Oui, certes, il doit être anatheme , celui qui n'aime pas Jésus- Christ : la terre se devrait ouvrir sous ses pas , et l’ensevelir tout vivant daus le plus profond cachot de l'enfer; le ciel devrait être de fer pour lui ; toutes les créatures lui devraient ou vertement déclarer la guerre, à ce perfide, à ce déloyal, qui n’aime point Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Mais ô malheur 1 4 ingratitude I c’est nous qoi sommes ces déloyaux. Oserions-nous bien dire que nous aimons Notre-Seigneur Jésus-Christ? Jésus^hrist n'est pas un homme mortel que nous puissions tromper par nos compliments : il voit clair dans les cœurs , et il ne voit point d’amour dans tes nôtres. Quand vous aimez quelqu'un sur la terre , rompez-vous toujours avec lui pour des sujets de très-peu d'importance? foulez-vous aux pieds tout ce qu’il vous donne? manquez-vous aux paroles que vous lui donnez? Il n'y a aucun homme vivant que vous voûtassiez traiter de la sorte : c’est ainsi pourtant que vous en usez envers Jésus-Christ 11 a lié amitié avec vous; tous les Jours vous y renoncez : Il vous donne son corps; vous le profanez : vous lui avez engagé votre foi ; vous la violez : il voua prie pour Vos ennemis ; vous le refusez : il vous recommande ses pauvres ; vous les méprisez : 11 n’y a aucune par tie de son corps que vos blasphèmes ne déshonorent. Et comment donc pouvez-vous éviter cette horrible mais très-équitable excommunication de l’apôtre : « Si quelqu'un n’aime pas Notre-Seigneur

• Jésus-Christ, qu'il soit anathème? • Et comment la puis-je éviter moi-même , ingrat et Impudent pécheur que je suis? Ah! plutôt, 4 grand Dieu tout-puissant qui gouvernez les cœurs ainsi qu’il vous plaît, si quelqu'un n'aime pas Notre-Seigneur Jésus-Christ, faites par votre grâce qu’il aime Notre-Seigneur Jésus-Christ I

Aimons, aimons, mes frères, aimons Dieu de tout notre cœur : nous ne sommes pas chrétiens, si du moins nous ne nous efforçons de l'aimer ; si du moins nous ne désirons cet amour, si nous ne le demandons ardemment à ce divin Esprit qui nous vivifie. Je ne veux pas dire que nous soyons obligés, sous peinededamnationéternelle, d'avoir la perfection de la charité. Non, fidèles, nous sommes de pauvres pécheurs : le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ excusera devant Dieu nos défauts , pourvu que nous en fassions pénitence. Je ne vous dis donc pas que nous soyons obligés d'avoir la perfection de la charité; mnts

. 1. Cor. XVI , 33.

je vous dis et je vous assure que nous sommes indispensablement obligés d'y tendre , selon la mesure qui nous est donnée , sans quoi nous ne sommes pas chrétiens. Courage ; travaillons pour la charité. La charité, c'est tout le christianisme : quand vous épurez votre charité, vous préparez un ornement pour le ciel. Il n’y a , dit saint Paul , que la charité qui demeure au ciel : la foi se perd dans la oJnire vue; l’espéranee s’évanouit par la possession effective : ■ il n’y a que la charité qui • Jamais ne p’ut être ét.-inte : • Chantas nunquam excidit ' . Non-seulement elleest couronnée comme la foi et comme l’espérance : mais cllcméme elle est la couronne et de la foi et de l'espérance. La charité seule est digne du ciel , digne de la gloire du paradis; elle seule sera réserrée pour briller éternellement devant Dieu comme un or pur, elle seule sera réservée pour brâler éternellement devant Dieu comme un holocauste de bonne odeur. Commençons d'aimer sur la terre, puisque nous ne cesserons jamais d’aimer dans le ciel : commençons la charité dès ce monde , afin qu'eile soit un jour consommée.

AUTRE EXORDE

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