ET FRAGMENTS DU MÊME SERMON
Littera occidlt', Spiritus autem vi viiirat.
La lettre tue; mata r Esprit vivifie. II. Cor. m, fl.
Si vous me demandez, chrétiens, pour quelle cause la Pentecôte, qui était une fête du peuple ancien, est devenue une solennité du peuple nouveau, et d'où vient que, depuis le levant jusqu’au couchant , tous les fidèles s’en réjouissent non moins qne de la sainte nativité on de la glorieuse résurrection de notre Sauveur, je vous en dirai la raison, avec l’assistance de cet Esprit saint qui a rempli en ce jour sacré l'éme des apôtres. Ccst aujourd’hui que notre Église a pris naissance; aujourd’hui, par la prédication du saint Évangile, la gloire et in doctrine de Jésus-Christ ont commencé d'éclairer le monde : aujourd'hui la loi mosaïque, donnée autrefois avec tant de pompe , est abolie par une loi plus auguste ; et les sacrifices des animaux étant rejetés, le Saint-Esprit envoyé d’en haut se fait lui-même des hosties raisonnables et des sacrifices vivants des cœurs des disciples. Les Juifs offraient autrefois A Dieu A la Pentecôte les prémices de leurs moissons : aujourd’hui Dieu se consacre lui-méme par son Saint-Esprit les prémiccsdu christianisme,
l ' 1. Cor. *ui , 8-
DK l.A PENTECOTE.
c'est-à-dire, les premiers fruits du sang de son Fils; et rend les commencements de l'Eglise illustres par des signes si admirables , que tous les spectateurs en sont étonnés. Par conséquent, mes frères, avec quelle joie devoDS-nous célébrer ce saint jour! et si aujourd'hui les premiers chrétiens paraissent si vivement échauffés de l’Esprit de Dieu , n'est-il pas raisonnable que nous montrions, par une sainte et divine ardeur , que nous sommes leurs descendants 7 Mais , afin que vous pénétriez plus à fond quelle est la fête que nous célébrons , suivez , s'il vous plaît , ce raisonnement.
A la vérité le sang du Sauveur nous avait réconciliés à notre grand Dieu par une alliance perpétuelle; mais il ne suffisait pas pour notre salut que cet alliance eût été conclue, si eusuite elle n'eût été publiée. C’est pourquoi Dieu a choisi ce jour, où les Israélites étaient assemblés par une solennelle convocation, pour y faire publier hautement le traité de la nouvelle alliance qu’il lui plaît contracter avec nous. Et c’est ce que nous montrent ces langues de feu qui tombent d’en haut sur les saints npdtres : car d'autant que la nouvelle alliance, selon les oracles des prophéties, devait être solennellement publiée par le ministère de la prédication, le Saint-Esprit des end en forme de langues pour nous faire entendre par cette figure qu’il donne de nouvelles langues aux saints apôtres; et qu’autant qu'il remplit de personnes, il établit autant de hérauts qui publieront les articles de l’alliance et les comraandcmentsdcla loi nouvelle partout où il lui plaira de les envoyer.
En effet , entendez l’apôtre saint Pierre aussitôt après la descente du Saint- Esprit; voyez comme il exhorte le peuple, et annonce la rémission des péchés au nom de Noire-Seigneur Jésus-Christ, déclarant aux bnbitants de Jérusalem , que ce Jésus qu’ils ont fait mourir, « Dieu > l’a établi le Seigneur et le Christ : » Quia Domimim eum et Christum fecit Deus. C'est ce que éaint Pierre prêche aujourd’hui , oomme il est écrit aux Actes ' ; et cela, dites-moi , chrétiens, n’est-ce pas faire la publication de la loi nouvelle et de la nouvelle alliance? Je joins ensemble l'alliance et la loi, parce qu'elles ne sont toutes deux qn'ttn même Évangile, que les apôtres, comme les hérauts du grand Dieu, publient, premièrement dans Jérusalem, conformément à ce que dit Isaie : • La loi sortira de Sion , et la parole • de Dieu de Jérusalem •
Mais encore que la publication du saint Evangile dût être commencée dans Jérusalem , elle ne devait pas y être arrêtée. Tous les prophètes
1 Jet. Il . ss.
avaient promis que la toi nouvelle serait portée jusqu'aux extrémités de la terre, et que par elle toutes les nations et toutes les langues seraient assujetties ou vrai Dieu. Comme donc la loi de notre Sauveur n'était pas faite pour un seul peuple, certainement il n’était pas convenable qu elle fût publiée en un seul langage. Aussi les premiers docteurs du christianisme , qui avant ce Jour étaient ignorants, aujourd’hui étant pleins de l’esprit de Dieu , parlent toutes sortes de langues , ainsi que remarque le texte sacré. Que veut dire ceci , je vous prie? qui ne voit que le Saint- Esprit nous enseigne que si autrefois , sous la loi , il n’y avait que la seule langue hébraïque qui fût l’interprète des secrets de Dieu; aujourd’hui, par l'Evangile de Jésus-Christ, toutes les langues sont consacrées, selon cet oracle de Daniel : > Toutes langues serviront au Seigneur 1 ?» Étrange et inconcevable opération de cet Esprit qui souffle où il veut I de toutes les parties de la terre où les Juifs étaient dispersés, Il en était venu dans Jérusalem poury célébrer la fête de la Pentecôte : les apôtres parlent à cet auditoire mêlé de tant de peuples divers et de langues si différentes; et cependant chacun les entend : le Romain et le Parthe, le Juif et le Grec , le Mede, l’Égyptien et l’Arabe, l'Africain, l'Européen et l’Asiatique : bien plus, dans un même discours des apôtres ils remarquent tous leur propre langue; il semble à chacun qu'on I ui parle la langue que sa nourrice lui a apprise; et c’est pour cela qu’ils s'écrient : ■ Ces hommes ne sont-ils pas Galiléens?
■ comment est-ce donc que chacun entend la
■ langue dans laquelle il est né •? * Fidèles, que signifie ce nouveau prodige? C’est que, par la grâce du christianisme , toutes les langues seront réunies; l’Église parlera tous les langages : il n'y en aura point , ni de si rude , ni de si barbare,dans lequel la véritéde Dieu ne soit enseignée, et , les natious diverses entrant dans l’Église, l'articulation , à la vérité ,sera différente ; mais 11 n’y aura en quelque sorte qu'un même langage : parce que tous les peuples fidèles, parmi la multiplicité des sons et des voix, n'auront tous qu’une même foi à la bouche , et une même vérité dans le cœur.
Autrefois, à la tour de Babel, l'orgueil des hommes a partagé les langages1 ; mais l'humilité de notre Sauveur les a aujourd'hui rassemblés, et la créance qui devait être commune à toutes les nations de la terre est publiée dès le premier jour en toutes les langues. Par où vous voyez, chrétiens, selon que je l’ai déjà dit, que le mys-
» Dan. vil i 14.
* Act. 11,7, *.
» Genct xi , P-
POUR LE JOUR
tère que nous honorons aujourd'hui avec tant de solennité, c’est la publication de la loi nouvelle. Or noire Dieu ne s’est pas contente qu'elle ait été publiée une fois ; il a établi pour toujours les prédicateurs , qui succédant à la fonction des apôtres , doivent être les hérauts de son Évangile. Et ainsi que puis-je faire de mieux, en cette sainte et bienheureuse journée, que de rappeler en votre mémoire sous quelle loi vous avez à vivre? Écoutez donc, peuples chrétiens, Je vous dénonce au nom de Jésus par la parole duquel cette chaire vous doit être en vénération ; je vous dénonce , dis-je, au nom de Jésus, que vous n’êtes point sous la loi mosaïque : elle est annulée et ensevelie ; mais Dieu vous a appelés à la loi de grâce , à l’Évangile, au Nouveau Testament , qui a été signé du sang du Sauveur, et scellé aujourd'hui par l’Esprit de Dieu.
Et afin que vous entendiez quelle est la loi dont on vous délivre , et quelle est la loi que l’on vous Impose , je vous produis l'apôtre saint Paul , qui vous enseignera cette différence. ■ La lettre tue,
• dit-il , l’Esprit vivifie. • La lettre , c’est la loi mosaïque ; l'Esprit, comme vous verrez, c'est la loi de grâce : et ainsi, en suivant l'apôtre saint Paul , faisons voir, avec l’assistance divine, que la loi mosaïque nous tue et qu’il n’y aque la loi nouvelle qui nous vivifie.
Pour pénétrer le sens de notre passage , il faut examiner avant toutes choses, quelle est cette lettre dont parle l’apôtre, quand il prononce : ■ La
■ lettre tue. » Et premièrement, il est assuré qu’il veut parler de la loi mosaïque : mais d’autant que la loi mosaïque a plusieurs parties, on pourrait douter de laquelle il parle. Dans la loi, il y a les préceptes cérémonieux : comme la circoncision et les sacrifices; et il y a les préceptes moraux, qui sont compris dans le Décalogue : « Tu . adoreras le Seigneur ton Dieu , tu ne te feras
■ point d'idole taillée ; tu ne déroberas point , • et le reste '. Quant aux préceptes cérémoniaux, il est très-constant que la lettre tue : d'autant que les cérémonies de la loi ne sont pas seulement abrogées ; mais encore expressément condamnées dans la loi de grâce , suivant ce que dit saint Paul aux Galates : • Si vous vous faites èireon-
• cire, Jésus-Christ ne vous sert de rien ’. » Est-ce donc de cette partie de la loi , qui ordonnait les anciennes observations , que l’apôtre décide que la lettre tue? ou bien cette sentence plutôt ne doit-elle point s’appliquer à certaines expressions figurées, qui sont en divers endroits de la loi ; qui ont un sens très-pernicieux, si on les explique trop à la lettre? desquelles pour cette raison
' Peut, v, s, ta.
* Col. v, j.
on peut dire que la lettre tue; ou si ce n’est ui l'une ni l 'autre de ces deu x choses que I ’ap ôtre veut désigner par ces mots , parle-t-il point peut-être du Décalogue? A quelle opinion nous rangeronsnous? Je répondsqu’il parle du Décalogue qui fut donné â Moïse sur la montagne; et je le prouve par une raison invincible. Car dans ce même troisième chapitre de la deuxième aux Corinthiens, où saint Paul nous enseigne que la lettre tue , Immédiatement après parlant de la loi , il l'appelle
■ le ministère de mort qui a été taillé dans la « pierre,- ministratio mortil, litlerisdeformala in lapidibus'. Qu’est-ce qui a étégravédans la pierre? aucun de nous pourrait-il Ignorer que ce sont les dix préceptes du Décalogue; que ces dix commandements de la loi , qui défendent le mal si ouvertement, c’est ce que l’apôtre appelle la lettre qui tue? Et d'ailleurs leminlstèrc de mort, n’est- ce pas la lettre qui tue? Concluons donc maintenant et disons : Sans doute le ministère de murt et la lettre qui tue c'est la même chose : or la loi qui a été gravée sur la pierre , c’est-à-dire, les préceptes du Décalogue , selon saint Paul , c’est le ministère de mort ; et partant les préceptes du Décalogue, ces préceptes si saints et si justes, selon la doctrincdu saint apôtre, sont indubitablement la lettre qui tue. Et pour confirmer cette vérité, le même aux Romains, que ne dit-il pas de la loi !- Je ne connaîtrais pas le péché , dit-il • , si • la loi n'avait dit : • Tu ne convoiteras point. • Sur quoi l'incomparable saint Augustin raisonne ainsi très-doctement à son ordinaire 5 : Où est-ce que la lot dit : Tu ne convoiteras point? chacun sait que cela est écrit dans le Décalogue. C'est donc du Décalogue que parle l’apôtre , et c'est ce qu'il entend par la loi : et par conséquent , lorsqu’il dit : « Les passions des péchésqui sont par
■ la loi 4 , * c'est du Décalogue qu’il parle ; et quand 11 répète si souvent la loi de péché et de mort, c’est encore du Décalogue qu'il parle.
Au lieu que la loi mosaïque avait été gravée sur des pierres; la loi de la nouvellcnlllance, que Jésus est venu annoncer au monde, a été écrite dans le fond des cœurs , comme dans des tables vivantes. C’est là le mystère que nous honorons ; et c'est ce qu’avaient prédit les anciens oracles , qu’il y aurait un jour une loi nouvelle qui serait écrite dans l'esprit des hommes et gravée profondément dans les cœurs : Dabo leyem mcam in cordibus eorum s. C'est pour cela que le Saint-
I 11. for. ni, 7
1 Rnm. Tll , 7.
J Lib. de Spirit. tl Litl. rT 23 , 24, l. X, Co'. 08, 99.
* Rom. tii, &.
* Jertm. nu,M.
ed by Càooglc
DF. LA PENTECOTE.
Esprit remplit aojiHird'hui l'Église naissante; et que , non content de paraître aux yeux sous une apparence visible, il se coule efficacement dans les âmes pour leur enseigner au dedans ce que la loi leur montre au dehors.
Mais comme il importe que nous pénétrions ce que c’est que cette loi gravée dans les cœurs, et quelle est la nécessité de cette influence secréte de l’Esprit de Dieu dans nos Ames, écoutez l'apôtre saint Paul, qui nous expliquera ce mystère dans les quatre mots que j'ai rapportés :
• La lettre tue, l’esprit vivifie. ■ Pour comprendre solidement sa pensée, remarquons deux grands effets de la loi : elle dirige ceux qui la reçoivent, elle condamne ceux qui la rejettent; elle est la règle des uns, le juge des autres : de sorte qne nous pouvons distinguer comme deux qualités dans la loi. Il y a son équité qui dirige, il y a sa sévérité qui condamne, et il faut nécessairement , ou que nous suivions la première , ou que dous souffrions la seconde : c’estô-dire, que si l'équité ne nous règle, la sévérité nous accable ; et que la force de la loi est telle , qu’il faut qu’elle nous gouverne ou qu’elle nous perde : ceux qui s’y attachent se rangent euxmémes en se conformant & la règle; ceux qui la choquent se brisent contre elle. La loi tue lorsquclle nous dit : Si tu n’obéis, tu mourras de mort ’ ; et la loi aussi vivilie , parce qu’il est écrit dans les saintes Lettres : • Fais ees choses et tu
• vivras : • elle tue ceux qu’elle condamne, elle vivilie ceux qu’elle dirige. Mais il y a cette différence notable par laquelle nous connaîtrons le sens de l’apôtre dans le passage que nous traitons : c’est que la loi suffit toute seule pour donner la mort au pécheur, et qu’elle ne suffit pas toute seu le pour donner I e sa lut au juste ; et la raison en est évidente. Pour donner la mort au pécheur, c’est assez que la loi prononce au dehors la sentence qui le condamne ; et c’est ce qu’elle fait toute seule avec une autorité souveraine : au contraire, pour donner la vie, il faut qu’elle soit écrite au dedans, parce que c’est ià qu’elle doit agir ; et el le n’y peut entrer par ses propres forces : elle retentit aux oreilles, elle brille devant les yeux ; mais elle ne pénètre point dans le cœur : il faut que le Saint-Esprit lui ouvre l’entrée; par où nous pouvons aisément comprendre le raisonnement de l’apôtre. Tant que la loi demeure hors de nous , qu’elle frappe seulement les oreilles , elle ne sert qu’à nouscondamner ;c’est pourquoi c’est une lettre qui tue : et lorsqu’elle entre dans l'intérieur pour y opérer le salut des hommes , c’est le Saint-Esprit qui l’y grave; c’est pourquoi c’est
1 Ezod. \xi , ia el aeqq.
l'Esprit qui nous vivifie. Comme nous sommes tout ensemble durs et ignorants , il ne suffit pas de nous enseigner il faut encore nous amollir. Ainsi vous n’avez rien fait, ô divin Sauveur! de nous avoir préché au dehors les préceptes de votre Evangile , si vous ne parlez au dedans d’une manière secrète et intérieure , par l’effusion de votre Esprit saint. De là II est facile d’entendre quelle est l'opération de la loi, et quelle est celle de l'Esprit de Dieu. Parce qu'il voit que la loi nous tue , quand elle agit seulement au debors, il l'écrit dans le fond du cœur, alin qu’elle nous donne In vie. L'équité de la loi se présente à nous, sa sévérité nous menace; et le Saint- Esprit qui nous meut, alln que nous puissions éviter la sévérité qui condamne , nous fait aimer l'équité qui règle: depeurquenoussoyonscaptifssousla loi , comme criminels, il fait que nous l’embrassons comme ses amis, et c’est ainsi qu’il nous vivilie. De sorte que tout le dessein de l'apôtre, dans le passage que nous expliquons, c'est en premier Heu de nous faire voir la loi ennemie de l'homme pécheur, qui le tue etqui le condamne ; et ensuite l’homme pécheur, devenu ami de la loi, qui l’embrasse et qui la chérit par l'opération de la grâce. Et qu'est-ce qu’écrire ia loi dans nos cœurs, sinon faire que nous l’aimions d’une affection si puissante , que , malgré tous les obstacles du monde , elle devienne la règle de notre vie?
DEUXIÈME SERMON
POUR