ENVERS LES NOUVELLES CATHOLIQUES
et le chrétien, par les douleurs et par les afllictions. Ce n'est pas assez de le dire; il faut établir cette vérité par quelque principe solide, et faire voir, en peu de paroles, que l'épreuve de la foi c'est la patience : mais afin de le bien entendre , examinons, je vous prie, quelle est la nature de la foi, et la manière divine dont elle veut être prouvée.
La foi est une adhérence de cœur à la vérité eternelle, malgré toutes les raisons et les témoignages des sens et de la raison : de là vous pouvez comprendre qu’elle dédaigne tous les arguments que peut inventer la sagesse humaine. Mais si les raisons lui manquent ; le ciel même lui fournit des preuves, et elle est suffisamment établie par les miracles et par les martyres.
C’est, mes frères, par ces deux moyens qu’a été soutenue la foi chrétienne. Elle est venue sur la terre troubler tout le monde par sa nouveauté , étonner tous les esprits par sa hauteur, effrayer tous les sens par la sévérité inouiede sa discipline. Tout l’univers s’est uni contre elle et a conjuré sa perte : mais, malgré toute la nature, elle a été établie par les choses prodigieuses que Dieu a faites pour l’autoriser, et par les cruelles extrémités que les hommes ont endurées pour la défendre. Dieu et les hommes ont fait leurs efforts pour appuyer le christianisme. Quel a dû être l’effort de Dieu, sinon d'étendre sa main à des signes et à des prodiges? Quel a dû être l'effort des hommes , sinon de souffrir avec soumission des peines et des lourments?Cbacuna fait ce qui lui est propre : car il n’y avait rien de plus convenable , ni à la puissance divine , que de faire de grands miracles pour autoriser la fui chrétienne; ni à la faiblesse humaine, que de souffrir de grands maux pour en soutenir la vérité. Voilà donc la preuve de Dieu ; faire des miracles : In co quod manum tuam extradas ad sandales, et signa, et prodigia fteri per nomen sancti Filii lui Jesu 1 : Voici la preuve des hommes, souffrir des tourments : l’homme étant si faible, ne pouvait rien faire de grand, ni de remarquable, que de s'abandonner à souffrir. Ainsi ce que Dieu a opéré, et ce que les hommes ont souffert, a également concouru à prouver la vérité de la fol : les miracles que Dieu a faits, ont montré que la doctrine du christianisme surpassait toute la nature ; et les cruautés inouïes auxquelles se sont soumis les fidèles , pour défendre cette doctrine , ont fait voir jusqu'où doit aller le glorieux ascendant qui appartient à la vérité sur tous les esprits et sur tous les cœurs.
Et en effet, chrétiens, jamais nous ne rendrons à la vérité l’hommage qui lui est dû , jusqu'à ce
• Ad. IV, 30.
sossrer- — r. ui.
que nous soyons résolus à souffrir pour elle : et c'est ce qui a fait dire à Tertullien , que « la foi « est obligée au martyre : • Debilrieem marlyrii /idem >. Oui, sainte vérité de Dieu, souveraine de tous les esprits, et arbitre de la vie humaine; le témoignage de la parole est une preuve trop faible de ma servitude; Je dois vous prouver ma foi par l'épreuve des souffrances. O vérité éternelle, si j’endure pour l'amour de vous, si mes sens sont noyés pour l'amour de vous dans la douleur et dans l’amertume, ce vous sera une preuve que j’y ai renoncé de bon cœur pour m'attacher à vos ordres. Pour faire voir à toute la terre que je m’abaisse volontairement sous le joug que vous m'imposez, je veux bien m'abaisser encore jusqu’aux dernières humiliations : qu'on me jette dans les prisons , et qu’on charge mes nyains de fers; je regarderai ma captivité comme une image glorieuse de ces chaînes intérieures par lesquelles j’ai lié ma volonté tout entière , et assujetti mon entendement à l'obéissance de Jésus-Christ et de sa saiute doctrine : tn captivitutcm redigentes intetleclumin obsequium Christi’.
Consolez- vous donc, mes très-chères soeurs, dans la preuve que vous donnez par vos peines , de la pureté de votre foi : vous êtes un grand spectacle à Dieu, aux anges et aux hommes : vos souffrances font l'honneur de la sainte Église , qui se fortifie de voir en vous, même au milieu de sa paix et de son triomphe , une image de ses combats , et une peinture animée des martyres quelle a soufferts. Ne vous occupez pas tellement des maux que vous endurez, que vous ne laissiez épancher vos cœurs dans le souvenir agréable des récompenses qui vous attendent. Encore un peu, encore un peu, dit le Seigneur, et je viendrai moi-même essuyer vos larmes : et je m'approcherai de vous pour vous consoler, et vous verrez le feu de ma vengeance dévorer vos persécuteurs, et cependant je vous recevrai en ma paix et en mon repos, au sein de mes éternelles miséricordes.
Vous endurez pour la foi ; ne vous découragez pas : songez que la sainte Église s’est fortifiée par les tourments, accrue par la patience, établie par l’effort des persécutions. Et à ce propos, chrétiens, je me souviens que saint Augustin se représente que les fidèles , étonnés de voir durer si longtemps ees cruelles persécutions par lesquelles l’Église était agitée, s'adressent à elle-même, et lui en demandent la cause3. II y a longtemps, A Église, que l’on frappe sur vos pasteurs , et que Ton dissipe vos troupeaux ; Dieu
1 Scvrp. n* s.
* Cor. x , 6.
3 Jn Pt. cxxvm, o’’* 5, 3, t. I?» col. IMS-
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