‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 38 sur 243 · SUR LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

SUR LA CHARITÉ

vous a-t-il oubliée? les vents grondent; les flots se soulèvent , vous flottez deçà et delà battue des ondes et de la tempête; ne craignez- vous pas à In fin d'être entièrement abîmée et ensevelie sous les eaux? Le même saint Augustin ayant ainsi fuit parler les fidèles , fait aussi répondre l'Église par ees paroles du divin psalmiste : Strpe expu gnaverunl me a juventute mca, dicat nunc Israël Mes enfants , dit la sainte Église , je ne m'étonne pas de tant de traverses; j’y suis accoutumée dès ma tendre enfance : les ennemis qui m’attaquent n’ont jamais cessé de me tourmenter dès ma première jeunesse ; et Us n’ont rien gagné contre moi , et leurs efforts ont été toujours inutiles, etenim non polucrunl mihi*.

Et certainement, chrétiens , l’Église a toujours été sur la terre, et jamais elle n’a été sans afflictions. Elle était représentée en Abel ; et il a été tué par Caïn son frère : elle a été représentée en Énoch ; et il a fallu le séparer du milieu des Iniques et des impies, qui ne pouvaient compatir avec son innocence : Et translates est ab ini guis * : die nous a paru dans la famille de Noé; et il a fallu lin miracle pour la délivrer, non-seulement des eaux du déluge, mais encore des contradictions des enfants du siècle. Le jour me manquerait, comme dit Tapétce4, si j’entreprenais de vous raconter ce qu’ont souffert, des impies, Aimlham et les patriarches, Moïse et tons les prophètes, Jésus-Christ et ses saints npdtrcs. Par conséquent , dit la sainte Église, par la bouche du saint psalmiste , je ne m’étonne pas de ces violences : Strpe expugnaverunt me a jurentute mea ; numguid idro non perreni ad seticc/utcm^t Regardez, mes enfants, mon antiquité , considérez ees chcvenx gris; • ces cmol- « les i»crsécutions dont a été tourmentée mon - enfance, m’ont-elles pu empêcher de parvenir « heureusement à cette vieillesse vénérable? » Ainsi, je ne m’étonne plus des persécutions : si c’était la première fois, j'en serais peut-être troublée; maintenant la longue habitude fait que je ne m’en émeus point, je laisse agir les pécheurs : Supra dorsum tneum fabricaremnt prceatores6 : Je ne tourne pas ma face contre eux pour m’opposer a leurs violences; je ne fais que tendre le dos pour porter les coups qu’ils me donnent : ils frappent cruellement, et je souffre sans murmurer; c’est pourquoi ils prolongent leurs iniquités, et ne mettent point de bornes à

' /**.cxxvin, i.

* Un,!. 2.

* Hebr. xi , &

4 Ibid. .12.

* S. Aug, in /**. cxxvni, n*» 2, 3, 1. iv, col. 4i«.

* P*. CXWIII, s.

leur furie, pmlongaverunl imquilutcm suam ' : ma patience sert de jouet à leur injustice ; mais je ne me lasse pas de souffrir ; je suis bien aise de prouver ma foi à celui qui m’a appelée, et de me montrer digne de son chois , par une si noble épreuve d'un amonr constant et Adèle : De us tentavit cos, et invenit illos dignos se.

Entrez, mes sœurs, dans ces sentiments; soufflez pour l'amour de la sainte Église : la grdee que Dieu vous a faite , de vous ramener h son unité, ne vous semblerait pas assez précieuse, si elle ne vous coûtait quelque chose. Songez ce qu’ont souffert les saints personnages dont Je vous al récité les noms et rappelé le souvenir : joignez-vous à cette troupe bienheureuse de ceux qui ont souffert pour la vérité, et . qui ont blon- « ebl leurs étoles dans le sang de l'Agneau sans ■ tache’. «Autant de peines qu'on souffre, autant de larmes qu'on verse pour avoir embrassé la foi ; autant de fois on se lave dans le sang du sauveur Jésus, et on y nettoie ses péchés , et on sort de ce bain sacré avec une splendeur immortelle ; et c'cstnlorsque Jésus nous dit: Voici mes Adèles et mes blen-nimés; « et ils marcheront « avec moi ornés d’une célesle blancheur, parce « qu’ils sont dignes d'une telle gloire, ~ et ambutabunt mecum in n/bis , quia digni snnl J. Voyez donc , mes tri -s- cher es sœurs , voyez Jésus-Christ qui vous tend les bras, qui soutient votre faiblesse, qui admire aussi votre force, et prépare votre couronne : il vous a éprouvées par la patience, et vous a trouvées dignes de lui, Trntùvit cos , et invenit illos dignos se.

Mais nous, que ferons-nous, chrétiens? de meurerons-nous insensibles, et serons-nous spectatours oisifs d’un combat si célèbre et si glorieux? ne donnerons- nous que des paroles, et quelques frivoles consolations à des peines si effectives? et pendant que ees filles innocentes, qui souffrent persécution pour Injustice, sont dans le feu de ï'afAiclion, ou Dieu épure leur foi ; ne ferons-nous point distiller sur elles quelque rosée de nos charités, pour les rafraîchir dans cette fournaise, et les aidera souffrir une épreuve si violente? C'est de quoi il faut vous entretenir dans le reste de ce discours, que je tranche en peu de paroles.

secomi rouer.

Je parle donc maintenant a vous qui vivez dans les richesses et dans l alHiudance. Ne vous persuadez pas que Dieu vous ait ouvert ses trésors avec une telle libéralité, pour contenter votre

' P». rvsxTîn, s.

, 1 Sf**' YM , 14.

1 tbid. lu , I.

Page 1