ENVERS LES NOUVELLES CATHOLIQUES
taxe : c’est qu’il a dessein d’éprouver si vous ave* un cœur chrétien, c’est-à-dire, un cœur fraternel et un cœur compatissant.
David considérant autrefois les immenses profusions de Dieu envers lui , se sentit obligé par reconnaissance de faire de magnifiques préparatifs pour orner son temple ; et lui offrant de grands dons , il y ajouta ces paroles : « Je sais , dit-il, fl
• mon Dieu, que vous éprouvez les cœurs, et que
• vous aimez la simplicité ; et c’est pourquoi, Sei- « gneur tout-puissant , je vous ai consacré ces « choses avec une grande joie en la simplicité de
• mon cœur : • Seto, Deux meus, quod probes corda et simplicitatem diligas ; undc et ego in simpticitate cordis mei tœtus obtuli universa hœc'. Vous voyez comme il reconnaît que les bontés de Dieu étaient une épreuve ; et qu’il voulait éprouver, en lui donnant, s’il avait un cœur libéral , qui offrit à Dieu volontairement ce qu’il recevait de sa main.
Croyez , fl riches du siècle , qu’il vous ouvre ses mains dans la même vue : s'il est libéral envers vous , c’est qu'il a dessein d’éprouver si votre âme sera attendrie par ses bontés , et sera touchée du désir de les imiter. De là cette abondance dans votre maison , de là cette affluence de biens, de là ce bonheur, ce succès , ce cours fortuné de vos affaires. Il veut voir, chrétien , si ton cœur avide engloutira tous ces biens pour ta propre satisfaction ; ou bien si, sc dilatant par la charité, il fera couler ses ruisseaux sur les pauvres et les misérables , comme parle l’Écriture sainte’ : car se sont les temples qu’il aime, et c’est là qu’il veut recevoir les effets de ta gratitude.
Voici, messieurs, une grande épreuve; c'est ici qu’il nous faut entendre la malédiction des grandes fortunes. L’abondance , la prospérité a coutume d’endurcir le cœur de l’homme : l'aise, la joie, l'affluence, remplissent l'âme de sorte qu elles en éloignent tout le sentiment de la misère des autres, et mettent à sec, si l’on n'y prend garde , la source de la compassion. C'est pourquoi le divin apôtre parlant des fortunés de la terre, de ceux qui s'aiment eux-mêmes, et qui vivent dans les plaisirs, dans la bonne chère, dans le luxe, dans les vanités, les appelle « cruels . et impitoyables, sans affection, sans mlsérl- . corde, amateurs de leurs voluptés, » hommes seipsos amantes, immites, sine aj/ectione, sine benignitate , voluptatum amalores3. Voilà une merveilleuse contexture de qualités différentes. Vous croyiez peut-être, messieurs, que cet amour
* I. Parai. XXIX, 17.
> if. l.vill, 10, II.
U- Tira. III, ».
des plaisirs ne fût que tendre et délicat ; on bien plaisant et flatteur ; mais vous n'aviez pas encore songé qu’il fût cruel et impitoyable. Mais c'est que le saint apôtre, pénétrant par l’Esprit de Dieu dans les plus intimes replis de nos cœurs, voyait que ces hommes voluptueux, attachés excessivement à leurs propres satisfactions , deviennent insensibles aux maux de leurs frères : c'est pourquoi il dit qu'ils sont sans affection , sans tendresse et sans miséricorde; ils ne regardent qu’eux -mêmes. Et le prophète Isaïe représente au naturel leurs véritables sentiments, lorsqu’il leur attribue ces paroles : Ego sum, et prœter me non est altéra' : « Je suis, et il n’v a que . moi sur la terre. ■ Qu’est-ce que toute cette multitude? têtes de nul prix , et gens de néant : penser aux intérêts des autres , leur délicatesse ne le permet pas. Chacun ne compte que soi ; et tenant tous les autres dans l’indifférence , on tâche de vivre à son aise dans une souveraine tranquillité des fléaux qui affligent le reste des hommes.
0 Dieu clément et juste ! ce n'est pas pour cette raison que vous avez départi aux riches du monde quelque écoulement de votre abondance. Vous les avez faits grands, pour servir de père a vos pauvres : votre providence a pris soin de détourner les maux de dessus leurs tètes, afin qu'ils pensassent à ceux du prochain ; vous les avez mis à leur aise et en liberté, afin qu'ils fissent leur affaire du soulagement de vos enfants. Telle est l’épreuve où vous les mettez : et leur grandeur au contraire les rend dédaigneux; leur abondance, secs ; leur félicité, insensibles ; cncorequ'ilsvoient tous les jours , non tant des pauvres et des misérables , que la misère elle-même et la pauvreté en personne, pleurante et gémissante à leur porte.
O riches , voilà votre épreuve; et afin d’y être fidèles, écoutez attentivement cette parole du Sauveur des âmes : « Donnez-vous de garde de -toute avarice : ■ Cavcte ab omni avaritia’. Cette parole du Fils do Dieu demande un auditeur attentif. Donnez-vous de garde de toute avarice ; c’est qu’il y en a de plus d’une sorte : il y a une avarice sordide , une avarice noire et ténébreuse, qui enfouit ses trésors, qui n’en repait que sa vue, et qui en interdit l’usage à ses mains. - De quoi lui servent-ils, sinon qu'il voit de ses . yeu-x beaucoup de richesses? • Quid prodest possessori, nisi quod cemit divitiasoeulis suis1? Mais il y a encore une autre avarice, qui dépense, qui fait bonne chère , qui n’épargue rien à ses appétits. Je me trompe peut-être, mes frères,
' la. XLTTI , 10.
* Luc. XII, 15
* Ecclca. V, 10.
SUR IA CHARITÉ, etc.
d'appeler eeln avarice , puisque c'csl une extrême . prodigalité ; je parle néanmoins avec l’Évangile : elle mérite le nom d'avarice, parce que c'est une avidité qui veut dévorer tous ses biens, qui donne tout à ses appétits, et qui ne veut rien donner aux nécessités des pauvres et des misérables; et je parle en cela selon l’Évangile. Jésus-Christ ayant dit ces mots, Donnez-vous de garde de toute avarice, apporte l'exemple d'un homme qui, ravi de son abondance, veut agrandir ses greniers, et augmenter sa dépense : car il parait bien, chrétiens, qu’il voulait user de ses richesses, puisqu'il se dit a lui-méme : ■ Mon éme,
• voilà de grands biens; repose-toi, fais grande « chère, mange et bois longtemps à ton aise : ■ Hequiosce, comeile, bibe, rpulare .> Voyez dequoi il repaît son àme ; « de même , dit saint Basile 1 ,
. que s'il avait une âme de bête. » Encore qu'il donne tout a son plaisir, et qu’il tienne une table si abondante et si délicate , Jésus-Christ neanmoins le traite d'avare , condamnant l’avidité de son cœur, qui consume tous scs biens pour soi , qui donne tout à ses excès et à ses débauches , et n'ouvre point scs mains aux nécessités ni aux besoins de scs frères. Prenez garde à cette avarice de. coeur , à cette avidité ; modérez vos passions , et faites un fonds aux pauvres sur la modération de vos vanités : Manum inferre roi suce incarna eli’emostjnœ1.
Pourquoi agrandir tes greniers? Je te montre un lieu convenable où tu mettras tes richesses plus en sûreté : laisse un peu déborder ce fleuve , laisse- le se répandre sur les misérables : mais pourquoi tout donner à tes appétits? Mon Urne , dis- tu, repose-toi, mange et bois longtemps à ton aise ! Regarde de quels biens tu repais ton âme ; de même , dit saint Basile , que si tu avals une ilme de bête. Ne me dis point : Que ferai-je? il faut te [ modérer, réprimer l’avidité de tes désirs, contraindre tes passions dans de justes bornes ]. Si vous ne le faites, mes frères, il n'y a point d'espérance de salut pour vous : car pour arriver à la gloire que Jésus-Christ nous a méritée , il faut porter son image , il faut être marqué à son caractère; il faut, en un mot, lui être conforme. Quelle ressemblance avez- vous avec sa pauvreté dans votre nboudance; avec ses délaissements dans vos joies; avec sa croix, avec ses épines , avec son fiel et ses amertumes parmi vos délices dissolues? cst-ce là une ressemblance, ou plutôt [ n’est-ce pas ] une manifeste contrariété? Voici néanmoins quelque ressemblance et
i Luc. xii .
1 Uom. Je Jwtr. n* 6, L il. P «
» Mu U. Je Patient, n* 7.
quelques ressources pour vous : c’est que la croix de notre Sauveur n’est pas seulement un exercice, mais encore une iuondation d’une libéralité infinie; il donne pour nous son âme et son corps , il prodigue tout son sang pour notre salut. Imitez du moins quelque trait, sinon de ces souffrances affreuses, du moins d’une libéralité si aimable et si attirante : donnez au prochain, sinon vos peines, du moins vos commodités ; sinon votre vie et votre substance, du moins le superflu de vos biens ou le reste de vos excès. Entrez dans les saints désirs du Sauveur, et dans les empressements de sa charité pour les hommes : il a [guéri] les malades, il a repu les faméliques, il a soutenu les desespérés. C’est là sans doute la moindre partie que vous puissiez imiter de la vie de notre Sauveur. Soyez les imitateurs, sinon des souffrances qu’il a endurées à la croix, du moins des libéralités qu’il y exerce. Jésus-Christ demande une partie des biens qu’il vous a donnés, pour sauver. sou bien et son trésor : son trésor, ce sont les âmes. Venez travailler nu salut des âmes : considérez ces filles non moins innocentes qu'affligées. Faut-il vous représenter et les périls de ce sexe, et les dangereuses suites de sa pauvreté, l’écueil le plus ordinaire où sa pudeur fait naufrage? faut-il vous dire les tentations ou leur foi se trouve exposée dans les extrémités qui les pressent?
Considérez le ravage qu’a fait l’hérésie. Quelle plaie 1 quelle ruine 1 quelle funeste désolation I La terre est desolée , le ciel est en deuil et tout couvert de ténèbres , apres qu’un si grand nombre d'étoiles, qui devaient briller dans son firmament, a élé trahie au fond de l'abîme avec la queue du dragon \ L'Église gémit et soupire de se voir arracher si cruellement une si grande partie de ses entrailles ; [ dans cette affliction elle forme un ] asile pour recueillir quelque reste de son naufrage ; [ et vous ne vous mettez point en peine de le soutenir : ] cette maison depuis si longtemps n'a pas encore de pain. Qu’attendezvous, mes chers frères? quoi ; que leurs parents , qu'elles ont quittés, viennent offrir le pain que votre dureté leur dénie ? Horrible tentation 1 dans le schisme, le plus grand malheur c’est la charité | éteinte. Le diable , pour leur imposer, [ leur pré- | sente une] image de la charité dans le secours mutuel qu’ils se donnent les uns aux autres. Voulez-vous donc quelles pensent qu’il n’y a point j de charité dans l’Église, et qu elles tirent cette conséquence : Donc l’Esprit de Dieu s'en est retiré? Vous leur vantez votre foi ; et l’apôtre saint Jacques vous dit : Montre ta foi par tes œuvres \
1 Al**\ XII, i.
' ac. tl , 18.