SUR I.A VIE CHRETIENNE
dans les cordes , lorsque , les touchant avec art , il les fait participer à son action. Ainsi Mme , si j’ose parler de la sorte, s'élevant à cette justice , À celte sagesse , à cette infinie sainteté, qui n'est autre chose que Dieu ; touchée, pour ainsi dire, par l’Esprit de Dieu, elle devient juste , elle devient sage, elle devient sainte, et, participant selon sa portée aux actions divines, elle agit saintement comme Dieu lui-même agit saintement. Elle croit en Dieu, elle aime Dieu , elle espère en Dieu ;el lorsqu’cllecroit en Dieu, qu'elle aime Dieu , qu’elle espère en Dieu , c'est Dieu qui fait en elle cette foi, cette espérance, et ce saint amour. C’est pourquoi l'apôtre nous dit que * Dieu fait en nous le vouloir et le faire 1 * : » c’est-à-dire, si nous le savons bien comprendre, que nous ne faisons le bien que par l’action qu’il nous donne ; nous ne voulons le bien que par la volonté qn’il opéré en nous. Donc toutes les actions chrétiennes sont des actions divines et surnaturelles auxquelles l’âme ne pourrait parvenir, n’était que Dieu , s'unissant à elle, les lui communique par le Saint-Esprit qui est répandu dans nos cœurs. De plus, ces actions que Dieu fait en nous; ce sont aussi actions de vie, et même de vie éternelle. Par conséquent on ne peut nier que Dieu s’unissant à nos âmes , mouvant ainsi nos âmes, ne soit véritablement la vie de nos âmes. Et c’est là , si nous l’entendons , la nouveauté de vie dont parle l’apôtre *.
Passons outre maintenant, et disons : Si Dieu est notre vie, parce qu’il agit en nous, parce qu’il nous fait vivre divinement , en nous rendant participants des actions divines ; il est absolument nécessaire qu’il détruise en nous le péché, qui non-seulement nous éloigne de Dieu, mais encore nous fait vivre comme des bétes, hors de la conduite de la raison. Et ainsi , chrétiens , élevons nos cœurs ; et puisque dans cette bienheureuse nouveauté de vie nous devons vivre et agir selon Dieu, rejetons loin de nous le péché qui nous fait vivre comme des bétes brutes , et aimons la justice delà vertu, par laquelle nous sommes participants , comme dit l’apôtre saint Pierre 3 , de la nature divine. C’est à quoi nous exhorte saint Paul , quand il dit : ■ Si nous vi- * vous de l’esprit , marchons en esprit : ■ Si spirilu vivimus, spiritu et ambulcmus * ; c'est-àdire, si nous vivons d’une vie divine, faisons des actions dignes d'une vie divine. Si l’Esprit de Dieu nous anime, laissons la chair et ses convoitises et vivons comme animés de l’Esprit de
1 Phihpp. Il, 13.
* Rom. vi, «.
» II. Petr. i, «.
• Calai, v , 2&.
Dieu, faisons des œuvres convenables à l’Esprit de Dieu ; et comme Jésus-Christ est ressuscité par la gloire du Père , ainsi marchons en nouveauté de vie.
Regardons avec l'apôtre saint Paul ' Jésus ressuscité, qui est la source de notre vie. Quel était le Sauveur Jésus pendant le cours de sa vie mortelle? Il était chanté des péchés du monde; il s'était mis volontairement en la place de tons les pécheurs, pour lesquels il s'était constitué caution , et dont II était convenu de subir les peines. C’est pour cela que sa chair a été infirme; pour cela il a langui sur la croix parmi des douleurs incroyables, pour cela 11 est cruellement mort avec la perte de tout son sang. Dieu éternel, qu’il est change maintenant! ■ Il est mort
• au péché, - dit l’apôtre *, c'est-à-dire, qu’il a dépouillé toutes les faiblesses qui avaient environné sa personne eu qualité de caution des pécheurs. . Il est mort au péché, et il vit à Dieu ; • parce qu’il a commencé une vie nouvelle qui n’a plus rien de l’Iufirmité de la chair, mais en laquelle reluit la gloire de Dieu : Quod autem vivit, viril Dco. « Ainsi estimez, continue l’apô- « tre , vous qui êtes ressuscités avec Jésus-Christ , ■ estimez que vous êtes morts nu péché, et vivants
• à Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ 3 : et « comme Jésus-Christ est ressuscité par la gloire
• du Père, marchons aussi dans une vie nou- « velle *. » C’est à quoi nous oblige la résurrection de notre Sauveur, et la doctrine du saint Évangile : et ce que la doctrine évangélique nous prêche , cela même est confirmé en nous par le saint baptême.
De là était née cette belle cérémonie que l’on observait dans l'ancienne Église au baptême des chrétiens. On les plongeait entièrement dans les eaux, en invoquant sur eux le saint nom de Dieu. Les spectateurs, qui voyaient les nouveaux baptisés se noyer, pour nlusi dire, et se perdre dans les ondes de ce bain salutaire, puis revenir aussitôt lavés de cette fontaine très-pure , se les représentaient en un moment tout changés par la vertu occulte du Saint-Esprit, dont ces eaux étaient animées ; comme si , sortant de ce monde en même temps qu'ils disparaissaient à leur vue , ils fussent allés mourir avec le Sauveur, pour ressusciter avec lui selon la vie nouvelle du christianisme. Telle était la cérémonie du baptême à laquelle l'apôtre regarde , lorsqu'il dit , dans le texte que nous traitons , que nous sommes ensevelis avec Jésus-Christ, pour mourir avec lui
1 Nebr. XII, 3.
* Rom. vi, lu.
1 Ibid. II.