SU U LA VIE CHRÉTIENNE
dans le saint baptême; alin que comme Jésus- Christ est ressuscité par la gloire du l’ere , ainsi nous marchions en nouveauté de vie. Il regardait à cette cérémonie du baptême , qui se pratiquait sans doute du temps des apôtres : or encore que le temps ait changé, que la cérémonie ne soit plus la même, la vertu du baptême n'est point altérée; à cause qu elle ne consiste pas tant dans cet élément corruptible , que dans la parole de Jésus-Christ , et dans l'invocation de la Trinité , et dans la communication de l'Esprit de Dieu, qui sont choses sur lesquelles le temps ne peut rien.
Eu effet , tout autant que nous sommes de baptisés, nous sommes tous consacrés dans le saint baptême à la Trinité très-auguste , par la mort du péché et par la résurrection à la vie nouvelle. C’est pourquoi nos péchés y sont abolis, et In nouveauté de vie y est commencée : et de là vient que nous appelons le baptême le sacrement de régénération et de renouvellement de l'homme par le Saint-Esprit D'ou je conclus que le dessein de Dieu est de détruire en nous le péché, puisqu'il veut que la vie chrétienne commence par l'abolition de nus crimes ; et ainsi il nous rend la justice que la prévarication du premier père nous avait ôtée. Créée à votre bonté, ô grand Dieu , qui faites un si grand présent à vos serviteurs par J ésus-Christ le juste ; qui , se chargeant de nos péchés à la croix, par un divin échange nous a communiqué sa justice!
Mais ici peut-être vous m'objecterez que le péché n’est point détruit, même dans les justes; puisque la foi catholique professe qu'il n’y a aucun homme vivant qui ne soit pécheur. Pour résoudre celte difficulté, et connaître clairement quelle est la justice que le Saint-Esprit nous rend eu ce inonde , l'ordre de mon raisonnement m’oblige d’entrer en ma seconde partie, et de vous faire voir le combat du fidèle contre* la chair et ses convoitises. Je joindrai donc celte seconde partie avec ce qui me reste à dire de la première , dans une même suite de discours. Je tâcherai pourtant de ne rien confondre; mais j'ai besoin que vous renouveliez vos attentions.
La seconde partie de la vie chrétienne, c'est de combattre la concupiscence pour détruire en nous le péché. Or quand je parle ici de concupi cence , n’entendez par ce mot aucune passion particulière ; mais plutôt toutes les passions assemblées, que l'Écriture a accoutumé d'appeler d'un nom général : la concupiscence et la chair. Niais définissons en un mot la concupiscence, et disons avec le grand Augustin : I.n concupiscence , c’est un attrait qui nous fuit incliner à la créature au préjudice du Créateur ; qui nous
pousse auxchoscsscusi blés, au préjudice des biens éternels.
Qu'est-il nécessaire de vous dire combien cet attrait est puissant en nous? Chacun sait qu’il est né avec nous, et qu’il nous est passé eu nature. Voyez, avant le christianisme, comme le vrai Dieu était méprisé par toute la terre : voyez, depuis le christianisme , combien peu de personnes goûtent comme il faut les vérités célestes de l'Évangile; et vous verrez que les choses divines nous touchent bien peu. Qui fait cela . fidèles , si ce n’est que nous aimons les créa! tires désordonnément ? C'est pourquoi l’apôtre snint Paul dit : • La chair convoite contre l’esprit , cl « l'esprit contre la chair \ • Et ailleurs : « Je
• me plais en la loi selon l'homme intérieur;
• mais je sens en moi-même une loi qui résiste ■ à la loi de l’esprit * : » voilà le combat. Que si l'apôtre même ressent celte guerre; qui ne voit que cette opiniâtre contrariété de la convoitise , répugnante nu bien , se rencontre même dans les plus justes?
Dieu éternel, d'où vient ce désordre? pourquoi cet attrait du mal , même dans les saints? Car enfin ils se plaignent tous généralement , que , dans le dessein qu’ils ont de s'unir à Dieu , ils sentent une résistance continuelle. Grand Dieu, je connais vos desseins : vous voulez que nous expérimentions en nous-mêmes une répugance éternelle à ce que votre loi si juste et si sainte désire de nous ; afin que nous sachions distinguer ce que nous faisons par nous-mêmes, d’avec ce que vous faites en nous par votre Esprit saint , et que, par l’épreuve de notre impuissance, nous apprenions à attribuer la victoire , non point à nos propres forces, mais à votre bras et ù l’honneur de. votre assistance. Et ainsi vous nous laissez nos faiblesses, afiu de faire triompher votre grâce dans l'infirmité de notre nature. Par où vous voyez , chrétiens , que la concupiscence combat dans les justes , mais que la grâce divine surmonte. C’est la grâce qui oppose a l'attrait du mal la chaste délectation des biens éternels; c’està-dire, la charité qui nous fait observer la loi, non point par la crainte de la peine, mais par l'amour de la véritable justice : et cette charité est répandue en nos cœurs, non par le libre arbitre qui est né avec nous , mais par le Saint- Esprit qui nous est donné ’.
La charité donc et la convoitise se font la guerre sans aucune trêve : à mesure que l’une croit, l'autre diminue, il en est comme d'une balance : autant que vous ôtez a la charité, autant
' Gai. v, 17.
* Rom. VIII , , 23.
J Unm. v 5.