SUR LES OBLIGATIONS
vern la vraie liberté ; c’est qu’ils lui font confesser sa propre faiblesse et le besoin qu’il a de la grâce , dans un état d’un profond anéantissement. Et d'autant que le plus juste c'est le plus humble , le péché même en quelque sorte accroît la justice ; parce qu’il nous fonde de plus en plus dans l’humilité.
Vivons ainsi, fidèles, vivons ainsi; faisons que notre faiblesse augmente l’honneur de notre victoire, par la grâce de Notrc-Seigneur Jésus- Christ. Aimons cette justice divine qui fait que le péché même nous tourne â bien : quand nous voyons croître nos iniquités, songeons à nous enrichir par les bonnes œuvres; afin de réparer notre perte. Le fidèle qui vit de la sorte, expiant ses péchés par les aumônes, se purifiant toute sa vie par la pénitence, par le sacrifice d’un cœur contrit , par les œuvres de miséricorde : Il ne détruit pas seulement le règne du péché, comme je disais tout à l’heure; je passe maintenant plus outre, et je dis qu’il détruit entièrement le péché : parce que , dit saint Augustin , « comme notre vie « n’est pas sans péché, aussi les remèdes jx>ur les « purger ne nous manquent pas : - Si eut pet rata non defuerunt, ita etiam remedia, qui bus purgarentur , affuerunt*.
Enfin celui qui vit de la sorte, détestant les péchés mortels, faisant toute sa vie pénitence pour les véniels, à la maniéré que je viens de dire avec l’incomparable saint Augustin; il méritera, dit le même Père. Que nos nouveaux réformateurs entendent ce mot : c’est dans cette belle épître à Hilaire, où ce grand personnage combat l’orgu?illeuse hérésie de Pélage , ennemi de la grâce de Jésus-Christ. Cet humble défenseur de la grâce chrétienne se sert en ce lieu du mot de mérite : était-ce pour enfler le libre arbitre? n’était-ce pas plutôt pour relever la dignité de la grâce, et des , saints mouvements que Dieu fait en nous? Quelle est donc votre vanité et votre injustice , ô trèscharitables réformateurs , de prêcher que nous ruinons la grâce de Dieu , parce que nous nous servons du mot de mérite; si ce n’est peut-être que vous vouliez dire que saint Augustin a détruit la grâce, et que Calvin seul l’a bien établie? Pardonnez-moi cette digression; je reviens à mon passage de saint Augustin. Un homme passant sa Yie dans l’esprit de mortification et de pénitence ,
« encore qu’il ne vive pas sans péché , il méritera ,
- dit saint Augustin, de sortir de ce monde sans * aucun péché : » Itierebitur hinc exire sine peccato , quamvis , cum hic viveret , habuerit non nutla peccata* ; et ainsi le péché est détruit en
* Ad. Hilar. Ép. clvu, D* 3, t. Il, col. 5*3.
1 Loco mox ci lato.