‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 49 sur 243 · DF. L'ÉTAT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

DF. L'ÉTAT RELIGIEUX

blor sa prière, qui a été aussi longue que la nuit.

Je crois le voir qui reçoit une lettre ite l'empereur, et qui dit à ses disciples : Réjouissez-vous , non de ce que l'empereur m’a écrit ; mais de ce que Dieu nous a écrit une lettre , en nous donnant l'Évangile de son Fils'. Je vois saint Pacûme , qui , marchant sur les traces de saint Antoine , devient de son côté , dans un autre désert , le père d'une postérité innombrable. J'admire Hilarion, qui fuit de pays en pays, jusqu'au delà des mers, le bruit de ses vertus et de ses miracles qui le poursuit. J'entends un solitairequl ayant vendu le livre des Évangiles, pour donner tout aux pauvres et pour ne posséder plus rien , s'écrie : J’ai tout quitté, même jus qu’au livre qui m'a appris à quitter tout. Unautre, c'est le grand Arsène, devenu sauvagp, s'il m'est permis de parler ainsi, consolait les autres solitaires qui se plaignaient de ne le point voir, en leur disant : Dieu sait, Dieu sait, mes frères , si je ne vous aime point ; mais je ne puis être avec lui et avec vous. Voilà les hommes que Dieu a montrés de loin au monde dans les déserts pour le condamner, et pour nous apprendre à le fuir.

Sortons, sortons de Babylone, persécutrice des enfants de Dieu, et enivrée du sang des saints; hâtons-nous d'en sortir, de peur de participer à ses crimes et à ses plaies. Ici je parle devant Dieu qui me voit , qui m'entend ; je parle en Jésus-Christ, et c'est sa parole qui est dans ma bouche. Je vous dois la vérité; je vous la donne toute pure, sans exagération. Que celui qui est attaché au monde par des liens légitimes que la Providence a formés , y demeure en paix ; qu'il en use comme n’en usant point : qu'ii vive dans le monde sans y tenir ni par le plaisir, ni par intérêt; mais qu’il tremble, et qu'il ne se console qu'en s'abandonnant aux desseins de Dieu. Je dis bien davantage : que celui qui n'a jamais cherché le monde, et que Dieu y appelle par des marques décisives de vocation, y aille, et Dieu sera avec lui. * Mille traits tomberont à

• sa gauche et dix mille à sa droite ; sans le tou-

• cher. Il foulera aux pieds l’aspic et le basilic ,

. le lion et le dragon’; • rien ne le blessera, pourvu qu'il n'aille qu'à mesure que Dieu le mènera par la main. Mais ceux que Dieu n’y mene point, iront-ils s'exposer d’eux-mêmes? craindront-ils de s’éloigner des tentations et de faciliter leur salut? Non; quiconque veut chercher Dieu , doit fuir le monde autant que son état lui ' permet de le fuir.

' Apuil. S. Alhanai. ni. S. Anton, n* SI , t. l , pari, ni , p. sas , H&a.

’ P», xc, 7, 13

Mais que fai re dans la retraite? quelles en seront les occupations? quel en sera le fruit? c'est ce qui me reste à vous expliquer.

Toutes les communautés religieuses ont trois vœux qui font l'essentiel de leur état , pauvreté, chasteté , obéissance. La porrection des mœurs et la stabilité , marquées dons la règle de saint Benoit, reviennent au même but, qui est de tenir les hommes dans l'obéissance jusqu'à la mort. Examinons, en peu de mots, tous ces divers engagements.

Rien n'effraye plus que la pauvreté : c’est pourquoi Jésus-Christ, qui est venu révéler des vérités cachées depuis l'origine des siècles , comme dit l'Évangile 1 , commence ses instructions en renversant le sens humain par la pauvreté: « Bienheureux les pauvres d’esprit , » dit-il ■ ; ailleurs il est dit: * Bienheureux les pauvres3, • mais c’est la même chose ; c’est-à-dire : Bienheureux ceux qui sont pauvres par l’esprit, par la volonté, par le mépris des fausses richesses, par le renoncement à tout bien créé , à tout talent naturel, au trésor même le plus intime et dont on est le plus Jaloux, je veux dire de sa propre sagesse , de son propre esprit. Heureux qui s'appauvrit ainsi soi-même, qui ne se laisse rien : heureux qui est pauvre jusqu'à se dépouiller de tout soi-même; heureux qui n’a plus d'autre bien que la pauvreté du Sauveur, dont le monde a été ainsi enrichi , selon l’expression de saint Paul ■*.

On promet à Dieu d'entrer dans cet état de nudité et de renoncement; on le promet, et c'est à Dieu : on le déclare à la face des saints autels ; mais après avoir goûté le don de Dieu, on retombe dans le piège de scs désirs. I/amour-propre, avide et timide, craint toujours de manquer : il s'nccroehe à tout ; comme une personne qui se noie se prend à tout ce qu'elle trouve, même à des ronces et à des épines , pour se sauver. Plus on ûtc à l’amour-propre , plus il s'efforce de reprendre d'une main ce qui échappe à l'autre. Il est inépuisable en beaux prétextes : il se replie comme un serpent, il se déguise, il prend toutes les formes; il invente mille nouveaux besoins , pour flatter sa délicatesse et pour autoriser ses relâchements. Il se dédommage en petits détails des sacrifices qu'il a faits en gros : il se retranche dans un meuble, dans un habit, un livre, un rien qu’on n'oserait nommer ; il tient à

1 Mallh. xm, 35.

1 Ibid, v , 3.

J * Luc . Tl , 20.

» II. Cor. rm,».

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