‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 51 sur 243 · DE L’ÉTAT · texte numérisé non relu

DE L’ÉTAT

clics de la terre , voilà ces sens qui éblouissent les yeux de tout le genre humain I

Vierges pauvres , épouses de Jésus-Christ attaché nu sur la croix , oseriez-vous vous comparer avec les riches? Vous avez promis de tout quitter : iis font profession de chercher et de posséder les plus grands biens. Ne faites point cette comparaison par leurs biens et par les vôtres, mais par vos besoins et par les leurs. Quels sont vos vrais liesoins auxquels on ne satisfait pas? Combien de besoins de leur condition auxquels ils ne peuvent satisfaire? Mais encore leur pauvreté est honteuse et sans consolation : la vôtre est glorieuse, et vous n’y avez que trop d'honneur à craindre.

Cette pauvreté , si toutefois on peut la nommer telle , puisque vous ne manquez de rien , est pourtant ce qui effraye , ce qui fait murmurer, ce qui fait qu’on porte impatiemment le joug de Jésus- Christ. Qu’il est léger, qu’il est doux , ce joug! on s’en trouve pourtant accablé. Quelle commodité de trouver tout dans la maison où l’on se renferme pour toute sa vie, sans avoir besoin du dehors, sans recourir à aucune industrie, sans être exposé aux coups de la fortune, sans être chargé d’aucune bienséance qui tyrannise , sans courir risque de perdre , sans avoir besoin do gagner, enfin étant bien sûr de ne manquer jamais que d’un superflu qui donnerait plus de peine que de plaisir ! Qui est-ce qui pourrait se vanter d’en trouver autant dans sa famille? qui est-ce qui ne serait pas plus pauvre au milieu de ces prétendues richesses , qu’on ne l’est en sc dépouillant ainsi de tout dans cette maison ?

0 mon Dieu I quand est-ce que vous donnerez des cœurs nouveaux , des cœurs dignes de vous , des cœurs ennemis de la propriété, des cœurs à qui vous puissiez suffire , des cœurs qui mettent leur joie à se détacher et à se priver de plus en plus , comme les cœurs ambitieux et avares du monde s’accoutument de plus en plus à étendre leurs désirs et leurs possessions? Mais qui est-ce qui osera sc plaindre de la pauvreté? qu’il vienne, je vais le confondre ; ou plutôt , ô mon Dieu ! Instruisez, touchez, animez, faites sentir jusqu'au fond du cœur combien il est doux d'être libre par la nudité, combien on est heureux de ne tenir à rien ici-bas.

Au vœu de pauvreté on joint celui de chasteté ; mais vous avez entendu l'apôtre qui dit : « Je

• souhaite que vous soyez débarrassés. » Et encore : * Ceux qui entrent dans les liens du ma- « riage sentiront les tribulations de la chair : et

• je voudrais vous les épargner •

1 1. Cvr. VU, 28,33.

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