‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 57 sur 243 · PREMIÈRE EXHORTATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE EXHORTATION

A L'OUVERTURE D'UiNE VISITE

FAITE EN LA COMMUNAUTÉ DE SAINTE-URSULE DE MEAl'X LE 9 AVRIL 1686”.

Quelle est la tin et quels doivent être les fruits de la visite du prélat. Dispositions nécessaires aux religieuses pour en proliter. Effets admirables que produit la grAce dans une Aine qui en est remplie. Crucifiement qui constitue toute la perfection religieuse. Les restes de l’amour du monde, combien pernicieux. Obligation Imposée aux personnes religieuses de prier pour les besoins de l’Eglise, et de gémir sur le triste état des pécheurs. Tendres invitations du prélat pour porter toutes les sœurs A lui ouvrir leur cœur sans déguisement.

Si quia sitit , Yeniat ad me , et bibat.

SJ quelqu’un a soi/, qu’il vienne à moi; je lui donnerai à boire d'une eau vice qui rejaillira jusqu’à la vie éternelle , et il n’aura plus soi/. Ce sont les paroles sacrées que Jésus-Christ a prononcées dans l’évangile de ce jour, parlant au peuple dans le temple de Jérusalem.

Ce n*est pas sans mystère que Jésus-Christ a proféré ces admirables paroles au jour que les Juifs célébraient une fête parmi eux , où on apportait de l’eau dans un bassin , pour certains usages dans une cérémonie : ce qu’il n’est pas nécessaire de vous expliquer ici ; puisque Jésus- Christ ne dit ces mêmes paroles que dans un sens mystique et sublime, qui ne slgniflait rien autre chose que l’eau de la grâce qu’il voulait donner abondamment. Il parlait de cette eau mystérieuse qu’il désirait répandre dans les âmes, et dont il voulait établir la source dans son Église. Ces mêmes paroles signifiaient encore le zcle qu’avait le Sauveur, de voir venir à lui les hommes pour prendre ces eaux de salut et de grâce ; et la

• O discours rt les suivants nous ont été conservés par les religieuses ursullnes de la ville de Meaux , qui avalent soin d’écrire les instructions que Bossuet leur faisail. On ne saurait trop louer le zèle de ces dignes religieuses pour sc nourrir de* vérités que leur enseignait ce vigilant pasteur, et pour transmettre à la postérité les monuments de sa sollicitude.

{Êüt. de Dtforis.)

disposition qui est nécessaire pour les recevoir, représentée par la soif qui marque aussi très-bien le désir et la préparation qu’il faut que vous apportiez à la grâce qu'il vous veut conférer dans cette occasion par mon ministère.

Remarquez, mes filles, que Jésus-Christ jeta un grand cri , disant : « Si quelqu’un a soif, qu'il - vienne à moi et je lui donnerai à boire '. • Ce cri est en faveur des pécheurs, pour qui il demanda miséricorde ; il est en faveur des justes et des âmes fidèles dont il désire la perfection et ta sainteté. Il crie pour les appeler à lui; afin de répandre en elles avec plus d'abondance, l’eau de ses divines grâces. Mais ce cri nous représente encore ceux qu'il jette dans l'Église et dans nos mystères. 11 crie dans ce temps par la bouche des prédicateurs , qui excitent les peuples à faire des fruits dignes de pénitence. Il crie à l'autel , quand il dit par la bouche des prêtres : • Faites ceci en • mémoire de moi *. > Ces paroles sont an cri de l'amour de Jésus Christ qui demande le nôtre. Il crie dans les mystères de ce temps : il criera bientôt de la croix , par toutes ses plaies et par son sang , demandant à son Père le salut de tous les hommes, pour qui il va donner sa vie adorable. 11 crie spirituellement dans les âmes , par les mouvements intérieurs que son divin Esprit y forme. Il a cric dans vos coeurs, mes lilles ; c'est cet Esprit saint qui a formé ces cris qu’il y a si longtemps que vous faites entendre , et qui sont parvenus jusqu’à mes oreilles , et qui m’ont fait connaître vos désirs. Combien y a-t-ii , mes chères sœurs , que vous me demandez cette visite , et que vous reconnaissez vous-mêmes le besoin que vous en avezl Vous la souhaitez toutes unanimement : vous vous êtes, sans doute, préparées à recevoir les grâces de cette même visite, et les effets qu'elle doit produire chez vous, et pour lesquels je la viens faire. Je viens confirmer et je désire accroître le bien que j’y trouverai , et détruire l'imperfection jusqu'à la racine. Mais il faut que vous ayez un véritable esprit de renouvellement, et un désir sincère de coopérer à nos soins de tout votre pouvoir.

Va, dit Dieu autrefois au prophète Jonas * , comme nous venons de lireen la messe : Lève-toi pour aller à Nlnive vers mon peuple, prêche-leur In pénitence , et les avertis de ma part qn'iis aient à changer de vie ; qu'ils se convertissent de tout leur cœur à moi qui suis leur Dieu et leur Sei gneur : autrement que dans quarante jours Ninive serarenverséeetentièrcmentdétruite. Sices paroles donnèrent de la frayeur à ce peuple, et

• Joan. TU , 37.

7 Lue. 1X11. 10.

3 Joan. m, 7 et Mqq.

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