SUR LA FIN
eurent Unt du pouvoir et tant d'eiTet , celles que je viens de vous dire du la port de Dieu ne vous doivent pus moins émouvoir de respect et de crainte. Il y a ici plus que Jours; et celui qui m'envoie à vous est le même l)ieu , grand et redoutable.
Je viens donc aujourd'hui de sa part vous prêcher la |>énitence , le changement et le renouvellement de vie, le mépris du monde, le parfait renoncement a vous-mêmes, la soumission d'esprit, la mortification des sens : eu an mut , je viens faire cette visite pour réparer tout ce qu’il y aurait de déchet en la perfection religieuse dans votre maison ; pour éteindre , pour détruire et anéantir les plus petits restes de l'amour du monde et des choses de la terre. Il faut faire périr les moindres inclinations de ce monde corrompu ; il faut qu'il meure , qu'il y meure , qu'il expire, qu'il y rende le dernier soupir. Venez donc, mes illles, travailler toutes avec moi , pour exterminer tout ce qui ressent encore ee monde criminel. Venez m'aider à renverser Ninivc : détruisons tout ce qu’il y a encore de trop immorlifié , de trop mondain ; enfin tout ce qui est trop naturel et imparfait en vous , sans pardonner ù la moindre chose et sans rien épargner.
Rites-moi , mes soeurs, quelles sont maintenant vos inclinations et vos pensées ; vous êtes, par vos vœux , mortes au monde et à tout ce qui est créé : que souhaitez-vous à présent ? avez-vous d'autres désirs que ceux qui vous doivent élever sans cesse vers les biens de l’éternité bienheureuse , et vous y faire aspirer à tout moment? Si votre cœur a encore quelque mouvement qui te possède, il faut désormais que ce *>it pour la justice, pour la perfection et la sainteté de chacune de vous en particulier, et de tout votre monastère, par le moyen de cette visite. Souhaitez véritablement d’en recevoir les grâces; demandez qu’elles soient répandues en vos âmes. C’est là, mes filles, désirer la justice; comme dit Jésus-Christ dans son Évangile, lorsqu'il a prononcé cet oracle sur la montagne : • Bienheureux - ceux qui ont faim et soif de la justice, ils sc- * ront rassasiés'. -Vous serez parfaitement rassasiées, si vous n'avez que cet unique désir. Il vous donnera à boire de cette eau vive qui éteindra votre soif. Demandez-luicommi'la Samaritaine1, et il vous donnera cetle eau dont Je vous parle ; qui n'est autre que la grâce , de laquelle il veut remplir vos âmes dans cette fonction sainie que je viens exercer chez vous : car si nous ne méritons pas que ces eaux soient en nous pour nous-
1 Motlh. v , ti.
1 Joo». iv, i-
mêmes , nous les avons toutefois pour les répandre dans les autres. La source en est dans l'Eglise : elle est dans mon ministère pour les épancher dans vos cœurs; puisque par mon caractère et en qualité de son ministre, quoique indigne , je vous représente sa personne. Vous en serez toutes péuétrécs dans cette action sainte , si vous n'y apportez qu'un esprit soumis et détaché de toutes choses.
La grâce est , selon la théologie , une qualité spirituelle que Jésus-Christ répand dans nnsâmes, laquelle pénétre le plus Intime de notre substance, qui s'imprime dans le plus secret de nous-mêmes, et qui se répand dans toutes les puissances et les facultés de l'âme qui la possédé intérieurement, la rend pure et agréable aux yeux de ce divin Sauveur, la fait être sou sanctuaire, son tabernacle , son temple, enfin son iieu de délices. Quand une âme est ainsi toute remplie , l'abondance de ces eaux rejaillit jusqu'à la vie éternelle; c’est-àdire, quelle élève cette âme jusqu'à l’heureux état de la perfection. N’est-ce pas ce que dit Jésus-Christ : « Des fleuves sortiront de son ven- ■ tre ’ ; « la fontaine de ces eaux vives rejaillissant jusqu'à la vie éternelle , qui est précédée ici-bas de la grâce et de ia sainteté ? On voit l'épanchement de ces eaux jusque sur les sens extérieurs : sur les yeux , par la modestie ; dans les paroles , par le silence religieux, et par une sainte circonspection et retenue à parler; en un mot, une personne parait mortifiée en toutes ses actions ; elle se montre partout, possédée de la grâce au dedans d’elle -même, contraire à l’esprit du monde , ennemie de la nature et des sens , mais toute pleine des vertus et de l’esprit de Jésus- Christ
Je ne sais, mes filles , si vous avez assez bien pesé l’importante vérité contenue en ces paroles de saint Tau)1, lorsqu'il dit qu'il est cniciflé au monde et que le monde est cruciflé pour lui ? Ces paroles renferment, si vous y prenez garde, toute la perfection religieuse, à laquelle vous devez sans cesse aspirer, htre cruciflé au monde, c’est y renoncer, n’v plus penser, n'avoir que du dégoût et de l’aversion de toutes ses maximes, avoir du mépris pour l’honneur et pour tout cc qui est vain, mépriser le plaisir et tout ce que le monde estime, n'avoir plus la moindre attachée tout ce qui s'appelle complaisance en vousmémes; au contraire faire état partout et en toutes choses de la simplicité chrétienne, et de l'esprit de la croix de Jésus-Christ : voilà ce que c'est d'être cruciflé au monde. Mais ce n'est pas
1 Juan, vu, sa.
* Gai. VI, U.
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