SUR LA NÉCESSITÉ DU SILENCE
être? Que chacune donc s'efforce de retenir ses pensées et ses sentiments en elle-même, sans se les communiquer l’une à l’autre pour s'indisposer. Vous ne devez jamais, quelque peine que vous sentiez, et nonobstant les sujets de vous plaindre que vous pourriez avoir ; vous ne devez pas , dis-je , vous porter à parler avec une liberté contraire à la charité et à la paix. Il ne vous est point permis de vous faire justice à vous-mêmes. Vous pouvez parler aux personnes à qui il convient; je n’entends pas à celles qui seraient intéressées ou qui se pourraient Indisposer : je dis à la supérieure , et encore d'une manière qui ne lui puisse pas donner d'éloignement des autres ; mais avec les circonstances que la prudence et la discrétion enseignent. Les supérieurs sont des fontaines publiques : Il ne faut pas les empoisonner. C'est comme cela , mes sœurs , qu’il faut manier les intérêts de la charité , et que vous devez ménager et procurer toujours les biens de la paix , sans vous faire tort les unes aux autres ni vous désobliger.
Hé bien! mes filles, je vous défends de la part de Dieu , et par l'autorité que j'ai sur vous, de vous maltraiter. Quand je dis maltraiter J’enteuds de vous offenser par aucun emportement de paroles rudes et piquantes , qui blessent et qui aigrissent, qui témoignent du mépris, de l’aliénation et trop de fierté; et même de dire aucune chose contre le respect que vous vous devez les unes aux autres, de faire des divisions entre vous, et de parler contre les personnes consacrées à Dieu, cela étant tout à fait indigne de vous, et opposé aux devoirs de votre état vraiment saint. Supportez-vous donc toutes, et traitez-vous avec une charité sincère. « Préve- « nez-vous les unes les autres en honneur et en • honnêteté , . comme vous conseille saint Paul '. Ët moi je voas conjure au nom de Dieu, et je vous l’ordonne même, de ne jamais vous parler qu’avec douceur, modestie et charité, d'éloigner de votre conversation toutes ces paroles désagréables, contrariantes ou de raillerie; en un mot , tout ce qui est contraire à l’union et A cette civilité qui doit paraître et qu’il faut faire régner dans vos entretiens. Parmi les grands et les princes du monde , nous voyons qu'ils se traitent tous les uns les autres avec honneur et respect ; quoiqu'ils soient égaux en qualité : chacun d'eux se rendant honneur réciproquement, sans craindre de se rabaisser ; et n’est-cc pas se faire honneur à soi-même , que de traiter avec honneur les personnes de même dignité? C’est ainsi , mes filles , que vous devez en user parmi vous : non
• n*m. ni , 10.
que je désire une civilité affectée et mondaine, ce n’est pas celle-là que je demande : celle que je vous recommande d’avoir entre vous , doit être fondée sur ce que vous êtes à Jésus-Christ.
Hé quoi! mes filles, pour qui vous prenezvous? qui pensez- vous être, pôur vous traiter avec tant de mépris et de grossièreté? Ne savezvous pas que vous appartenez à Jésus-Christ, que « vous êtes rachetées d’un grand prix* , . que vous faites la plus illustre portion de l’Église, étant les véritables épouses du Seigneur, et que son Esprit saint habite en vous par sa grâce? Est-il possible que vous manqueriez de charité et de douceur envers vos sœurs I Si vous considériez en elles un Jésus-Christ pauvre , un Jésus obéissant , un Jésus anéanti et humilié , un Jésus mortifié et crucifié , pour un jour le voir ressuscité et glorieux en elles : si vous aviez ccs saintes pensées pour toutes vos sœurs , n’est-il pas vrai que vous n’auriez pour elles que des sentiments de respect et d’estime, et que jamais il ne sortirait une seule parole de votre bouche , contraire à la charité ? Si on les considérait comme les anges de la terre , on se garderait bien de les mépriser. Mes filles , occupez-vous de ces mêmes pensées è l’avenir : retenez la plus petite parole qui puisse désagréer à Jésus-Christ et contrister son divin Esprit, qui est nu dedans de vous toutes; craignez de lui déplaire, et de l’offenser en la personne de vos sœurs.
Il y a encore une chose dont vous devez vous abstenir pour maintenir et conserver la charité ; c’est , mes sœurs , de bannir de vos récréations et de vos entretiens ces partialités et contentions qui naissent souvent entre vous pour de certaines différences. On dit : Les filles de celui-ci , les filles de celui-là.... Pour moi, dit-on, je suis à ce directeur; l’autre dit : Je serai àcet autre.... Cellelà est la fille d’un tel ou d’un tel. Saint Paul , en pareilles partialités , parle ainsi aux Corinthiens’ : > Puisqu'il y a parmi vous de l’envie et « du débat, n'êtcs-vous pas charnels; et ne par- ■ lez-vous pas selon l’homme , lorsque l'un dit : « Pour moi , je suis de Paul ; un autre , d'Ap- • polio? n'êtes- vous as des hommes, de parler - en ces termes ? •
Ne pourrais-je pas vous dire ici la même chose que disait l’apétre parlant à des hommes? Il leur reprochait qu’ils étaient de chair, parce qu’ils parlaient ainsi en hommes. Moi , je vous dirai aussi que vous êtes des filles ; que vous parlez en filles. Et en effet , dans cette rencontre n'êtes- vous pas des filles; et ne pariez-vous pas en vraies filles, lorsque vous tenez ces discours? Ne sa-
• I. Cor. vi, 30.
» Ibid, ui.3.4.