‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 76 sur 243 · DE LA VIE · texte numérisé non relu

DE LA VIE

est capable d'offenser les yeux de votre divin Époux.

Renouvelez-vous donc aussi , mes filles , dans l'esprit de votre vocation : souvenez-vous de votre consécration, de l'oblation et du sacrifice de vos vœux de chasteté , de pauvreté et d'obéissance.

Et premièrement la chasteté : la perfection de cette noble vertu est un retranchement général de tous plaisirs des sens. Je n’entends pas parler Ici de ces vices grossiers , qui ne se doivent pas seulement nommer parmi nous , ni de la privation des plaisirs légitimes du monde : mnis vous devez surtout la faire consister dans cette pureté intérieure de l’éme , dans cette mortification parfaite des sentiments de la nature; ne souffrir nulle attache ni aucun désir de satisfaire les sens , pas le plus petit plaisir hors de Dieu ; et de plus, ne souffrir aucun amour étranger, qui puisse partager vos cœurs : car des épouses de Jésus- Christne ledoivent jamaispartagerni dD iserpour la créature. Ce cœur est à lui : vous le lui avez donné tout entier lorsque vous vous êtes consacrées à son service. Fuyez donc, mes filles, et ayez en horreur ces amitiés qui le divisent. Évitez , comme un très-grand mal , ces liaisons particulières; fuyez, comme la peste, les partialités, ces liens particuliers qui vous désunissent du général : c'est à quoi vous devez penser sérieusement. Qu'il n’y en ait donc point entre vous, mes filles, à l'avenir, si vous voulez être parfaitement à Jésus-Christ votre époux.

Le vœu de pauvreté vous oblige premièrement à être pauvres en commum ; c’est-à-dire , mes filles, qu'il faut que vous ménagiez toutes le bien de la communauté, prenant garde à ne le point consommer sans véritable besoin : que toutes aient le nécessaire ; mais rien de superflu et d'inutile : non point par épargne, ni par une avarice sordide; mais par un esprit de pauvreté et de vrai dénûment intérieur , qui vous fasse passer légèrement sur les choses de la vie humaine , et qui vous rende fidèles à ne vous y pas répandre et attacher, mais plutôt à vous en dégager pourl'amonr de Jésus-Christ, en qui vous avez toutes choses. Que l'esprit de cette humble pauvreté soit donc parmi vous : ayez soin de ne rien perdre, de ne rien dissiper, et de ne rien laisser gâter. Epargnez le bien de la maison ; parce que vous êtes des pauvres, et parce que c’est le bien de Dieu , dont il vous donne l'usage seulement pour votre besoin , et non pour vous permettre aucunes superfluités ni satisfactions inutiles. Les gens pauvres ne portent leurs pensées qu'aux choses expressément nécessaires dans leur état d’indigence , où nous voyons que le

RELIGIEUSE. t , ,

moindre déchet leur est de conséquence. Dans un triste ménage, un pot cassé est une perte considérable. Souvenez-vous donc, mes filles, que vous êtes des pauvres, et que vous devez par conséquent ménager le bien de la religion , qui appartient à Dieu ; et qu'étant les épouses de Jésus-Christ pauvre, vous devez chérir sa pauvreté. Il y a des occasions qui sont de légitimes objets de libéralité, et où la piété l’inspire : comme la charité envers les pauvres , le soulament des misérables et des affligés, et encore le zèle pour la décoration des saints autels , selon les moyens que Dieu en donne.

Mais il y une seule chose , mes filles , où vous devez toujours être libérales; c’est envers vos pauvres sœurs infirmes et malades. Il ne faut point craindre ici de l'être trop à leur égard ; puisque vous devez même prévenir jusqu’à leurs pelits besoins, pour éviter les sujets de plaintes et de murmures, quoiqu'il faille toujours mortifier la nature : mais quand elle est surchargée et accablée par la maladie, c'est alors qu’il tout la soulager avec douceur et charité , sans rien négliger ni épargner pour son soulagement. Toutefois, il ne faut pas avoir égard aux petites délicatesses : il ne faut rien accorder à la nature, mais tout au besoin. Estimez donc, mes filles, les malades ; àimez-les, respectez-les et les honorez , comme étant consacrées par l'onction de la croix, et marquées du caractère de Jésus-Christ souffrant. Comme il faut représenter les vrais besoins à la mère supérieure , c'est à elle aussi à y pourvoir charitablement : mais il se faut abandonner, et se dégager des trop grands empressements de lu nature. Faites état , mes filles, de la pauvreté que vous avez vouée et que vous professez; aimez-la, même dans le temps de la maladie, et, partout , accoutumez-vous à faire tous les jours une circoncision spirituelle, qui vous fasse éviter l'inutilité et retrancher le superflu. C’est à quoi vous devez tendre , et ce que votre saint état vous demande et vous prescrit.

Pour ce qui est de l’obéissance , c’est le fondement solide de la vie religieuse. C’est eu cette vertu , mes filles, que l'on trouve la joie, la paix véritable du cœur , et la sûreté entière dans l'état que vous avez embrassé : ainsi vous 4evcz mettre en cette vertu toute votre perfection. De plus vous devez y trouver le repos de vos âmes , et chercher en elle un véritable contentement ; car hors de là vous ne rencontrerez qu’incertitnde , qu’égarement et que trouble. Reposez-vous donc, mes filles, entièrement sur l'obéissance, et regardez-la toujours comme le principe de votre avancement et de votre salut. Obéissez à vos supérieurs avec un esprit de douceur, d’humilité

Slill LES DEVOIRS

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et de soumission parfaite , sans murmure ni chagrin. En toutes choses soumettez votre jugement à celui de l'obéissance , avec une entière docilité, ne donuant point lieu à votre esprit propre de raisonner et de réfléchir sureeque les supérieurs vous ordonnent , et surles dispositions qu'ils font de vous. Obéissez-leur comme à Jésus-Christ : cherchez, mes filles, la paix et le repos dans l'obéissance ; vous ne la trouverez pas ailleurs.

Je vous l'ai dit au commencement , et je vous le dis encore : Soyez soumises, soyez dociles et parfaitement résolues de travailler à votre perfection , vous y devez tendre et aspirer incessamment par la fidélité en la pratique de ces vertus. C’est votre état qui vous y oblige expressément , pour remplir dignement les devoirs de votre vocation et vous acquitter de vos promesses et de vos vœux. Voilà l’unique désir que vous devez avoir; votre salut en dépend : car rarement , faites attention à ceci , fait-on son salut en religion , si on ne tend à la perfection. Non, je ne crois point, et ce n'est point mon opinion, qu'une religieuse se sauve quand elle n'est point dans la ré-solution de tendre à cette perfection, quand elle n'y aspire point , et qu'elle n'y veut point travailler, Portez-y donc, mes filles, tous vos désirs; aspirez-y de tout votre cœur ; travaillez-y sans relâche jusqu'à !a mort : envisagez toujours le plus parfait ; ayez â cœur de garder les plus petites règles , sans toutefois trop de scrupule. Attachez-vous aux pratiques solides qui conduisent à la perfection, et non pas à ces craintes scrupuleuses qui ne sont point la véritable vertu. Necraignez point de vous soumettre à certains petits soulagements, aux jouis de jeûne, que l'obéissance ordonne de prendre à celles qui sont dans l’emploi de l’institut. Cen'est pas pour satisfaire la nature, que l'on désire cela et qu'on vous l'ordonne ; mais pour soulager et subvenir à lu faiblesse, et pour mieux supporter la fatigue et le travail de l’instruction. Vos règles sont bien faites; elles ont été examinées et approuvées : celles qui vous ont précédées en ont usé de même. Allez eu esprit de confiance; marchez avec sûreté en obéissant, et quittez ces appréhensions frivoles : je vous décharge de toutes ces vaines craintes ; je lève tous les scrupules : ce n'est point sur ces sujets que vous devez tant craindre; mais vous devez toujours appréhender la négligence en l'acquit de vos devoirs. Estimez et embrassez toutes les pratiques de la vie religieuse avec ferveur et amour ; car toutes ces choses vous conduiront infailliblement à la plus haute perfection : ce sont des degrés qui vous y doivent acheminer tous les jours. C'est dans l'exacte observance de vos vœux

et de vos règles, que vous devez faire consister toute votre perfection. Ce n'est pas dans ces entretiens , ni dans ees belles paroles , ni même dans ces sublimes contemplations, vaines et apparentes, qu’elle consiste : non, ce n'est point dans toutes ecs élévations de l'esprit; mais elle est uniquement et très-assurément dans la pratique d'une profonde humilité et parfaite obéissance.

Croyez-moi, mes filles, et ne pensez donc plus qu'à votre perfection. Laissez-vous conduire sans résistance : Je vous en conjure par les entrailles de la miséricorde de Dieu. Jusqu’à présent je ne vous ai parlé qu’avec douceur, charité, bénignité et miséricorde : je n'a! fait peine à personne; j’ai tout ménagé, tout épargné : j'ai même tout pardonné et tout oublié. Je n'al point voulu faire confusion à personne; Il n’y en a pas une qui puisse se plaindre d'avoir été traduite devant les autres : personne ne peut dire qu'on oit diminué sa réputation, ni qu'on l'ait déshonorée en la présence de ses sœurs. Mais que disje, déshonorée? serait-ce un déshonneur pour une religieuse, de lui faire trouver et pratiquer l'humilité? Bien loin donc de reprendre et corriger personne , je vous ai toutes mises â couvert jusqu'à présent; j’ai usé de toutes sortes de douceur : mais si , à l'avenir, il y en avait, à Dieu 11e plaise! quelques-unes indociles , désobéissantes à nos ordres, rebelles à nos lois, et qui ne fussent pas disposées à profiter de notre douceur et bénignité ; qu’elles prennent garde d’irriter lu colère de Dieu, et de nous contraindre de changer notre première douceur en sévérité et en rigueur : qu'elles ne nous obligent pas à exercer sur elles la puissanceecdésiastique. Nous savons le pouvoir que l’Église nous donne par notre autorité épiscopale : nous n'ignorons pas que Dieu nous met en main cette puissance de l'Église pour châtier les esprits rebelles , et pour leur faire sentir toute sa sévérité.

Voulez- vous, disait saint Paul à des gens opiniâtres', que je vienne à vous avec la verge en main et en esprit de rigueur, ou bien avec douceur et suavité? J'en dis de même , si vous m'obligez de prendre cette verge de correction ; cette verge, dis-je, qui est capable de confondre, d'abattre et d’écraser en vous anéantissant jusqu'au centre de la terre. Lorsque nous sommes contraints d'en frapper les désobéissants et contumaces, et d’exercer ce pouvoir redoutable, cela est capable de faire trembler, et je frémis moi-même quand J'y pense ; car c'est le commencement du jugement de Dieu, et même c’est

1 Cor. tv, si.

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