‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 77 sur 243 · DE LA VIE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

DE LA VIE RELIGIEUSE

l'exécution de la sentence qu'il prononcera intérieurement contre une âme rebelle et Indocile. Au nom de Dieu, me* filles, ne me contraigne* pas de vous traiter de la sorte; soyez dociles et parfaitement soumises A toutes nos ordonnances : ne méprisez pas la grâce ; ne l’outragez point indignement : prenez-y garde, mes sœurs. Quoi ! serait-il possible qu’il y en eût quelqu'une de vous qui voulût nous percer le cœur et en même temps le sein , et me navrer de douleur par sa perte et sa rébellion? Ne me donnez pas ce déplaisir, et celui de me voir obligé d'accuser et eiter au jugement de Dieu celles qui n'nuralent point fait profit de nos paroles et de nos Instructions. Pour éviter ce malheur, gravezles,je vous conjure , nu milieu de vos cœurs et de votre esprit ; imprimez- les dans votre âme, et généralement dans toute votre conduite Intérieure et extérieure, et ne les oubliez jamais. Croyez , mes filles , que tous nos soins , nos peines, nos veilles, nos sollicitudes, nos regards, nos paroles, et enfin toutes nos actions sont formées et animées par l’esprit et la charité de Jésus-Christ, qui réside en nous par Indignité de notre caractère ; et sortent même des entrailles de la miséricorde de Dieu , pour vous conférer la grâce A laquelle il faut que vous soyez fidèles: en sorte que vous ne pensiez plusqu’A servir Dieu avec tranquillité et perfection.

Ainsi, mes tilles, A présent que vous m'avez toutes déchargé vos cœurs, soyez en paix; et comme je vous disais au commencement de cette visite : que tout ce que vous me diriez , ma conscience en demeurerait chargée ; nu contraire , ceque vous me tairiez, vous en demeureriez chargées vous-mêmes : vous y avez tout déposé , vous m’avez parlé toutes avec simplicité et ouverture de cœur. Demeurez A présent paisibles, soumises et dans la douceur, comme de véritables servantes de Dieu. Je vous puis rendre ce témoignage , pour votre consolation , qu’il y a dans cette maison de bonnes âmes qui ont de la vertu , qui veulent la perfection , et désirent beaucoup de se renouveler encore. Vivez donc en repos et dans le silence : ayez un soin et une vigilance toute spéciale de vous avancer de jour en jour-dans les plus hautes vertus : marchez A grands pas A la perfection de votre état. Si vous continuez , mes tilles , dans les bonnes dispositions où je vous vois toutes, vous serez vraiment ma joie , ma consolation et ma couronne au jour du Seigneur. Voilà, mes chères tilles, ce que j'attends et espère de vous : dounez-moi cette consolation ; respectez-vous les unes les autres : je vous le dis et vous le recommande derechef. Car enfin, mes filles, vous êtes l'ornement de l'Eglise, vous en faites la plus belle

partie; vous êtes la portion et le troupeau de Jésus-Christ. Ne dégénérez pas de ces noble» et sublimes dignités ; ne démentez pas aussi cette qualité si auguste d’être les épouses de Jésus-Christ: ne déshonorez pas votre mère In sainte Église; et ne blessez pas le cœur de son Époux, qui serait percé de douleur s’il ne vous voyait pas tendre à la pratique des vertus solides.

Après vous avoir exhortées A la perfection d» votre état, comme j’y sais obligé par mon ministère ; quoiqu'en perfectionnant les autres nous nous laissions tomber malheureusement tous les jours daas des fautes, et qu’en veillant sur autrui nous ne prenions pas assez gnrde A nous-mêmes : je vous dirai comme saint Paul ’ , que je crains qu'après avoir enseigné et prêché les autres je no sois moi-même coudamnc de Dieu. Demandez donc pour moi sa miséricorde, dont j’ai tant de besoin pour opérer mon salut ; afin que je ne sois pas jugéaudernierjourA la rigueur. Je m’en vais, mais ce ne sera pas pour longtemps; et si les affaires de l'Église m’obligent A m'éloigner un peu de vous, c’est par nécessité; et je puis dire avec saint Paul ■ : que si je m'absente de corps, je demeure en esprit avec vous. Je ne vous oublierai point ; vous serez toutes aussi présentes A mon esprit, et encoreplus particulièrement depuis cette visite, que devant.

Mais faites en sorte que j'aie la consolation d'entendre dire A mon retour, qu'il n’y a plus dans cette maison qu'un même cœur en esprit de Jésus-Christ par le lien d’une très-étroite charité : que je ne trouve ici rieu de bas, rien de rampant, point d’amusements; en un mot faites que j’apprenne (pie Ion a profité de nos avis, de nos instructions et de nos ordonnances. Ah ! que je souhaiterais, mes filles, que vous puissiez toutes parvenir à cette parfaite conformité que vous devez avoir avec votre Époux ! ce serait pour lors que vous seriez remplies d'une abondance de grâces que l'on ne peut pas exprimer. Quelle gloire pour vous, d’être ainsi pénétrées de Dieu! quel bonheur, quelle félicité, quel excès, quelle Joie et consolation! quelle exultation et quel triomphe au jour du Seigneur, auquel vous parviendrez toutes , comme j'espère et désire , par la miséricorde de Jésus-Christ , li-t{u<:l Je prie de vous remplir de grâces eu ee monde et de gloire en l'autre; et en son nom, je vous bénis toutes.

Monseigneur ayant fini soncïhorlation, étant debout, et prés de monter au parloir pour revoir en particulier une seconde fois-la communauté , dit encore, avant que de nous quitta, ce peu île mots dignes d" être remarques .-

1 I. Car. (X, 27

> Mi. V, J.

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