‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 92 sur 243 · II · texte numérisé non relu

II

* I ssm du moins une créature que vous sanctifiiez : dés son origine, dès le premier instant où elle l sera animée : faites voir à notre envieux que vous pouvez prévenir son venin par la force de votre grâce ; qu’il n'y a point de lieu où il puisse porter ses ténèbres infernales, d’ou vous ne le chassiez par l’éclat tout-puissant de votre lumière. I.a bienheureuse Marie sc présente fort ù propos. Il sera digne de votre bonté et digne de la grandeur d'une mère si excellente, que vous lui fassiez ressentir les effets d’une protection spéciale.

Chers frères , que vous en semble? que pensezvous de celte doctrine? Vous parait-elle pas bien plausible? Pour moi, quand je considère le sauveur Jésus, notre amour et notre espérance, entre les bras de la sainte Vierge, ou suçant son lait virginal , ou se reposant doucement sur son sein, ou enclos dans ses chastes entrailles; mais je m’arrête à cette dernière pensée, elle convient Iteaucoup mieux à ce temps : dans peu de jours nous célébrerons la nativité du Sauveur; et nous ■('considérons à présent dans les entrailles de sa sainte mère. Quand donc je regarde l'incompréhensible ainslrenfermé, et ccttc immensilécomme raccourcie ; quand je vois mon Libérateur dans cette étroite et volontaire prison , je dis quelquefois à part moi : Se pourrait-il bien fnireque Dieu eût voulu abandonner au diable, quand ce n'aurait été qu'un moment, ce temple sacré qu'il destinait à son fils , ce saint tabernacle où il prendra un si long et si admirable repos, ce lit virginal où il célébrera des noces toutes spirituelles avec notre nature? C’est ainsi que je me parle à moi-même. Puis me retournant au Sauveur : Béni enfant, loi dis-je, ne le souffrez pas; ne permettez pas que votre mère soit violée. Ab ! que si Satan l'osait aborder pendant que demeurant en elle vous y (biles un paradis , que de foudres vous feriez tomber sursa tête! avecquellejalousie vous défendriez l'honneur et l’innoeenee de votre mère ! Mais, A béni enfant par qui 1rs siècles ont été faits, vous êtes devant tous les temps. Quand votre mère fut conçue , vous la regardiez du plus haut des deux ; mais vous-même vous formiez ses membres. C'est vous qui inspirâtes ce souffle de vie qui anima cette chair dont la vûlre devait être tirée. Ah! prenez garde, à Sagesse éternel le, que dans ce même moment elle va être infectée d'un horrible péché, elle va être en la possession de Satan : Détournez ce malheur par votre bonté! commencez à honorer votre mère; faites qu’il lui profite d'avoir un fils qui est devant elle. Car enfin , à bien prendre les choses, elle est déjà votre mère , et déjà vous êtes son fils.

Fidèles, cette parole est-elle bien véritable? est-ce point un excès de zèle qui nous fait avan-

cer une proposition si hardie? Non certes : elle est déjà mère , le Fils de Dieu est déjà son fils II ! l'est , non point en effet : non selon la révolution des choses humaines; mais selon l’ordre de Dieu , selon sa prédeslinntion éternelle. Suivez, s’il vous plaît , ma pensée.

Quand Dieu, dans son secret conseil, a résolu quelque événement; longtemps devant qu’il pa- 1 raisse , l'Écriture a accoutumé d’en parler comme d'une chose déjà accomplie. Par exemple : . Un ■ petit Enfant nous est né , disait autrefois Isaïe '

• parlant de Noire-Seigneur, et un Fils nous a - été donné. «Que veut-il dire , mes frères? Jésus- Christ n’était pas né de son temps. Mais ce saint homme considérait qu'il n'en était pas de Dieu ainsi que des hommes , qui font tant de projets inutiles; au contraire, que sa volonté a un effet Infaillible et inévitable. Ainsi ayant pénétré, par les lumières d'en haut , dans ce grand dessein que le Père éternel méditait , d’envoyer son Fils au monde, il s'en réjouit en esprit , et estime la chose déjà comme faite , à cause qu'il la voit résolue par un décret Immuable. Et certes cette façon de parler est bien digne des saints prophètes , et ressent tout à fait la majesté de celui qui les inspire. Car, comme remarque très-bien le grave Tertullien , « il est bienséant à la nnturc

• divine , qui ne connaît en soi-même aucune « différence de temps, de tenir pour fait tout ce

• qu'elle ordonne; à cause que chez elle l’éternité

• fait régner une consistance toujours uniforme : • Divinitati compatit, qutreumque dccrevcril, ut per/ecta rcpulare; quia non sit apud iUam dijferentia temparis, apud quant tmifonnem statuai temporum dirigit œternitas ipsa' . Par conséquent il est vrai, et je ne me suis pas trompé qunnd je l’ai assuré de la sorte , que la très-sainte Vierge, dès le premier instant de sa vie, était déjà mère du Sauveur, non pas selon le langage des hommes, mais selon la parole de Dieu , c’està-dire, comme vous l’avez vu , selon la façon de parler ordinaire des Écritures divines.

Et je fortifie ce raisonnement par une autre doctrine excellente des Pères , merveilleusement expliquée par le même Tertullien. Ce grand homme raconte que le Fils de Dieu ayant résolu de prendre une chair semblable à la nàtre, quand l'heure en serait arrivée , il s'est toujours plu dès le commencement à converser avec les hommes; que, dans ce dessein , souvent il est descendu du ciel ; que c'était lui qui dès l’Ancien Testament parlait eu forme humaine aux patriarches et aux prophètes. Tertullien considère ces apparitions différentes comme des préludes de l'incarnation ,

* MI», lit , adr. Marcion. n* 5.

UK LA SAINTE VIERGE

comme des préparatifs de ce grand ouvrage qui se commençait dés lors. ■ fie cette sorte , dit-il ,

- le Fils de Dieu s'accoutumait aux sentiments « humains; il apprenait, pour ainsi dire, A être k homme : il se plaisait d'exercer dès l'origine du » monde ce qu’il devait être dans la plénitude « des temps, » ediseens jam indc a primordio, jnm inde homincm, quod erat futuras in fine On plutôt, pour parler plus dignement d’un si haut mystère, il ne s’accoutumait pas; mais nous-mêmes il nous accoutumait à ne nous point effaroucher quand nous entendrions parler d’un Dieu-Homme : il ne s'apprenait pas, mais il nous apprenait A nous-mêmes a traiter plus familièrement avec lui , déposant doucement cette majesté terrible pour s’uccommoder à notre faiblesse et A notre enfance.

Tel était le dessein du Sauveur. Et de cette belle doctrine de Tcrtullien je tire ce raisonnement , que je vous supplie de comprendre ; peutêtre en serez-vous édifiés. Marie était mère de Dieu dés le premier instant auquel elle fut animée. Ne vous souvient-il pas que nous vous le disions tout A l'heure? Elle l’était selon les desseins de Dieu, selon les règles de sa providence, selon les lois de cette éternité immuable , A laquelle rien n'est nouveau, qui enferme dans son unité toutes les différences des temps. Sans doute vous n'avez pas oublié ce beau passage de Tertullien , qui explique si bien cette vérité. Or c'est selon ces règles que le Fils de Dieu doit agir, et non selon les règles humaines; selon les lois de l'éternité , non selon les lois des temps. Quand Il s'agit du Fils de Dieu , ne me parlez point des règles humaines; parlez-moi des règles de Dieu. Marie étant donc sa mère selon l'ordre des choses divines le Fils de Dieu , dès sa conception , la considérait comme telle. Elle l'élalt en effet à son égard Ne laissez passer, s’il vous plait, aucune de ces vérités : elles sont toutes fort importantes pour ce que j’ai A vous dire.

Poursuivons maintenant et disons : Nous ve-, nous d'apprendre de Tcrtullien que le Verbe divin, longtemps devant qu’il se fut revêtu d'une chair humaine, se plaisait, pour ainsi dire, A se revêtir par avance de In forme et des sentiments humains; tant il était passionné, si j'ose parler de la sorte , pour notre misérable nature. Quel sentiment plus humain que l’affection envers les parents ? Par conséquent le Fils de Dieu longtemps avant que d’être homme , aimait Marie comme sa mère ; il se plaisait dans cette affection : il ne cessait de veiller sur elle; il détournait de dessus son temple les malédictions des

• Lib. il, adv. fdarcion. n*27.

profanes : Il l'embellissait de ses dons , il la comblait de ses gréces, depuis le premier Instant où elle commença le cours de sn vie , jusqu’au dernier soupir par lequel elle fut terminée. C'est la conséquence que je prétendais tirer de ces savants principes de Tertullien. Elle me semble fort véritable; elle établit, A mon avis, puissamment l'immaculée conception de Marie. Et en vérité cette opinion a je ne sais quelle force qui persuade les âmes pieuses. Après les articles de foi , je ne vois guère de chose plus assurée.

C'est pourquoi je ne m'étonne pas que cette célèbre école des théologiens de Paris oblige tous ses enfants A défendre cette doctrine. Savante compagnie , cette piété pour la Vierge est peutêtre l’un des plus beaux héritages que vous ayez reçus de vos pères. Puissiez-vous être A jamais florissante ! puisse cette tendredévotion que vous avez pour la mère, A la considération de son fils, porter bien loin aux siècles futurs cette haute réputation que vos illustres travaux vous ont acquise par toute la terre ! Pour moi je suis ravi , chrétiens, de suivre aujourd’hui ses intentions. Après avoir été nourri de son lait, je me soumets volontiers A ses ordonnances ; d’autant plus que c’est aussi , ce me semble , la volonté de l’Église. Elle a un sentiment fort honorable de la conception de Marie : elle ne nous oblige pas de la croire immaculée ; mais elle nous fait entendre que cette créance lui est agréable. 11 y a des choses qu’elle commande , où nous faisons connaître notre obéissance : il y en a d’autres qn’elle insinue , où nous pouvons témoigner notre affection. Il est de notre piété , si nous sommes vrais enfants de l’Église , non-seulement d’obéir aux commandements, mais de fléchir aux moindres signes de la volonté d’une mère si bonne et si sainte. Je vous vois tous , ce me semble , dans ce sentiment. Mais ce n’est rien d'être jaloux de défendre la pureté de Marie , si nous ne sommes soigneux de conserver la pureté en nons-mêmes. C'est A quoi peut-être vous serez portés par la briève réflexion qui va fermer ce discours ; du moins Je l'espère ainsi de l’assistance divine.

SECOND POINT

Vous avez ouï, mes frères, les divers raisonnements par lesquels j’ai tâché de prouver que la conception de Marie est sans tache. Il y a si longtemps que les plus grands théologiens di l’Europe travaillent sur ce sujet I Vous savez combien la personne de la sainte Vierge est Illustre , combien digne d’honneurs extraordinaires, combien elle doit être privilégiée. Et toutefois l’Église n'a pas encore osé décider qu'elle soit exempte du péché originel. Plusieurs grands per-

SUR LA CONCEPTION

sonnages ne l'ont pas cru. L'Église non-sculcment les souffre dans ce sentiment, mais encore elle défend de les condamner. Jugez, jngez par là, à lidèles ! combien nécessaire , combien grande et inévitable est la corruption de notre nature , puisque l'Église hésite si fort à en exempter celle de toutes les créatures qui est sans doute la plus éminente. O misère, ô calamité dans laquelle nous sommes plongés ! A abîme de maux infinis ! Hélas ! petits enfants que nous étions, sans connaissance et sans mouvement, nous étions déjà révoltés contre Dieu. Nous n'avions pas encore vu cette belle lumière du jour ; condamnés par la nature à une sombre prison, nous étions encore condamnée pur arrêt de la justice divine à une prison plus noire , à de plus épaisses ténèbres , des ténèbres horribles et infernales. Justement , certes, justement : car vos jugements sont trèsjustes , 6 Dieu éternel , lloi des siècles , souverain arbitre de l'univers ! Eh , qui nous a tirés de cette misère? qui a réconcilié ces rebelles? qui à appelé ces enfants de colère à l'adoption des enfants de Dieu? Le prophète Jonas, du ventre de ce monstre qui l’avait englouti , éleva au ciel la voix de son cœur. Avons-nous crié à vous, 6 Seigneur, des cachots de cette prison, ou du creux de ce sépulcre où était ensevelie notre en- 1 fance? Mais nous n'y avions ni parole ni sentiment : seulement la voix de notre péché y criait vengeance; et celle de notre extrême misère criait miséricorde. Vous avez eu pitié de nous; vous avez daigné nous conduire à ce bain d'immortalité où, dépouillant les ordures de notre première nativité, nous avons reçu une nouvelle naissance, non plus de la volonté de l'homme, ni de la volonté de la chair, mais d'un esprit pur et d’une eau sanctifiée par des paroles de vie. Je sais que cette fontaine d’eau vive est ouverte à tous les hommes , auxquels il vous a plu de préparer un remède dans les ondes du saint baptême. Mais combien en voyons-nous tous les jours à qui une mort trop précipitée ravit pour jamais cet honbeurl Ët nous y sommes parvenus! Qu'avionsnous fait à Dieu? D’où vient cette différence ? ce n'est pas de notre mérite : nous étions tous dans la même masse d’iniquité. Est-ce par le mérite de nos parents 7 Mais combien de parents vertueux, je le dis avec douleur ; combien de parents vertueux n’ont pas obtenu cette grâce I Dirai-je : Peut-être que l’ordre des causes naturelles m'a été plus favorable qu'aux autres? O ignorance, 6 stupidité I Et comment ne regarderiez-vous pas la main puissante qui remue ces causes comme 11 lui plaît? ne savez-vous pas qu’elles sont dirigées par une souveraine raison? Serait-ce pas un étrange aveuglement , si nous aimions mieux de-

voir notre salut à une rencontre fortuite des causes créées, qu’au dessein prémédité de la miséricorde divine? Que dirai-je donc? où me tournerai-je?

Je frémis, chrétiens, je l'avoue, je frémis dans cette discussion. Je ne sais que dire , je n’al point de raison à vous alléguer. Seulement suisje très-assuré que quelle que puisse être la cause d’une si étonnante diversité, il est impossible qu'elle ne soit juste. Mais à quoi bon chercher des causes que la providence divine nous a cachées ? n’est-ce pas assez que nous connaissions que si nous sommes parvenus à la grâce du saint baptême , nous ne le devons qu'à la pure bonté de Dieu? Cherche qui voudra des raisons, médite qui voudra dans la recherche des causes de ces secrets jugements ; pour moi , je ne reconnais point d'autre cause de mon bonheur que la pure bonté de mon Dieu. Je chanterai à jamais ses miséricordes; tant que je vivrai , je bénirai le nom du Seigneur. C’est tout ce que je sais ; c’est tout ce que Je désire connaître. Ceux qui eu veulent savoir davantage, qu'ils s'adressent à des personnes plus doctes ; mais qu’ils prennent bien garde que ce ne soient des présomptueux : Cui responsio isla displicet, quœrat doctiores; sed caveat ne inventât prœsumptores

Mais peut-être que le péché originel étant guéri par le saint baptême , il ne nous en demeure aucun reste ; et ainsi nous pouvons passer le reste de notre vie dans une entière assurance. Ne le croyez pas , chrétiens , ne le croyez pas. La grâce du saint baptême nous a retirés de la mort éternelle , mais nous sommes encore abattus de mortelles et pernicieuses langueurs. Ainsi a-t-il plu à mon Dieu de guérir toutes mes blessures les unes après les autres , afin de me faire mieux sentir la misère dont il me délivre, et la grâce par laquelle il me sauve. Mes frères bieaaimés , écoutez le narré de ma maladie; vous trouverez sans doute que vous avez à peu près les mêmes Infirmités. C’est la maladie de la nature ; nous en ressentons tous les effets, qui plus, qui moins, selon que nous suivons plus ou moins les mouvements de l’Esprit de Dieu. Misérable homme que je suis! où trouverai-je des paroles assez énergiques pour décrire l'extrémité de mes maux? blessé dans toutes les facultés de mon âme , épuisé de forces par de si profondes blessures , je ne fais que de vains efforts. Ai-je jamais pris une généreuse résolution , que l’effet n'ali bientôt démentie? ai-je Jamais eu une bonne pensée, qui n'ait été contrariée par quelque mauvais désir? ai-je jamais commencé une action

' S. .Vit}. et Spir. et tilt n* «0, L X. oui Cil.

DE LA SAINTE VJEBGE

vertueuse , où te péché ne se soit comme jeté à le traverse ? Il s'y mêle presque toujours certaines complaisances qui viennent de l'amourpropre, et tant d'autres péchés inconnus qui se cachent dans les replis de ma conscience qui est un abîme sans Tond , impénétrable à moi-méme. Il est vrai, je sens, à mon avis, quelque chose en moi-même qui voudrait s'élever à Dieu : mais je sens aussitôt comme un poids de cupidités opposées qui m'entraînent et me captivent; et si je ne suis secouru , cette partie impuissante , qui semblait vouloir se porter au bien , ne peut rien faire pour ma délivrance : elle écrit seulement ma condamnation. Quand j’entends quelquefois discourir des mystères du royaume de Dieu , je sens mon âme comme échauffée; il me semble que je ferai merveilles, je ne me propose que de grands desseins. Faut-il faire le premier pas de l'exécution ; le moindre souffle du diable éteint cette flamme errante et volage qui ne prend pas à sa matière, mais qui court légèrement pardessus. Quoi plus? Je suis malade à l'extrémité, et ne sens point de mal. Réduit aux abois, je veux faire comme si j'étais en bonne santé. Je ne sais pas même éplorer ma misère, ni implorer le secours du Libérateur, faible et altier tout ensemble , impuissant et présomptueux.

• Malheureux homme que je suis! qui me dé-

* livrera de ce corps de mort? ■ Infelix ego homo! guis me liberabil de corpore morlis hujus''! Où pourral-Je trouver du secours? où chcrcherui-je le médecin? J’ai voulu autrefois entreprendre ma guérison de moi-même : j'ai fait quelques efforts pour me relever; efforts inutiles , qui m’ont rompu et ne m'ont pas soulagé : comme un pauvre malade moribond , qui ne sait plus que faire , s'imagine qu’en se levant il sera peut-être allégé; il consume son peu de forces par un vain travail que sa faiblesse ne peut plus souffrir : après s'être beaucoup tourmenté à traîner ses membres appesantis avec une extrême contention, il retombe, ainsi qu'une pierre, sans pouls et sans mouvement, plus faible et plus impuissant que jamais : de vulnere in vu/nus, dit saint Augustin. Ainsi en est-il de ma volonté , si elle n’est soutenue par une main plus puissante. Infelix ego homo! vrai Dieu, où pourrai-je trouver du secours?

La philosophie me montre de loin , dans de belles bottes qu’elle étale avec pompe parmi tous les ornements de la rbétorique , le baume falsifié de ses belles mais trompeuses maximes. La loi retentit à mes oreilles d'un ton puissant et impérieux ; les prédicateurs de l'Evangile m'annon-

Mi

cent les paroles de vie éternelle : que me profita tout cet appareil ? Les philosophes , charlatans semblables à ces dangereux empiriques , charment et endorment le mal pour un temps, et, pendant cette fausse tranquillité , inspirent un secret venin dans la plaie. Ils me font la vertu si belle et si aisée, ils la dorent de telle sorte par leurs artificieuses inventions, que je m’imagine souvent que je puis être vertueux de moi-même, au lieu de me montrer ma servitude et mon impuissance. Ab ! superbe philosophie, n’est-ce pat assez que je sois faible , sans me rendre eucort de plus en plus orgueilleux 7 Pour la loi , quoique très-juste et très-sainte , c’est en vain qu'elle me montre le mal , puisque je n’y trouve pas l'unique préservatif que Je cherche. Elle ne fait que m'étourdir, si je n'ai l'esprit de la grâce.

Et ne vols-je pas par expérience que je m’opiniâtre contre les commandements? lorsqu’on me défend , on me pousse. Il ne faut que me défendre une chose , pour m’en faire naître l’envie ; me commander, c’est me retenir. Mon âme est remuante, inquiète, indocile, et incapable de discipline. Plus on la presse par des préceptes , plus elle se raidit nu contraire. Enfin tout ce que je lis, tout ce que j'écoute , les prédications , les enseignements , les corrections les plus charitables , ce sont des remèdes externes qui ne coupent pas la racine du mal. J'ai besoin que l'on touche au coeur, où est la source de la maladie. Et où pourrai-je trouver un médecin assez industrieux pour manier dextrement une partie et si malade et si délicate?

Sauveur Jésus , vous êtes le libérateur que je cherche. Vrai médecin charitable , qui, sans être appelé de personne, avez voulu descendre du ciel en la terre , et avez entrepris un si grand voyage pour venir visiter vos malades, je me mets entre vos mains. Faites-moi prendre aujourd'hui une bonne résolution d’avoir toute ma confiance en vous seul, d’implorer votre secours avec zèle , de souffrir patiemment vos remèdes. Si vous ne me guérissez , A Sauveur, ma santé est désespérée : San a me, Domine, et sanabor'. Tous les autres , à qui je m'adresse , ne font que couvrir le mal pour un temps; vous seul en coupez la racine, vous seul me donnez une guérison éternelle. Vous êtes mon salut et ma vie , vous êtes ma consolation et ma gloire ; vous êtes mon espérance en ce monde, et vous serez ma couronne en l’autre.

' Jet. xvin , II.

1 Rom. vil, 24.

SUR LA CONCEPTION

DEUXIEME SEIIMON

roun la fin

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