DE T.A CONCEPTION DE LA S™ VIERGE
Marie prévenue . M-porée par amour, par prlce et itiisérianrtie. Ce qui là distingue du reate dea lionimej : ion alliante particulier? avet Jèsua-Ciirllt : droits qu'elle lut donne nr les bienfaits. Evcee de l'amour qui noua a prévenus et qui nom prévient sans cesse : cuuuuent nous devons y répondre.
fecit mihi magna qui potens est.
/.e Inul I’iusiaHt a /ait en moi de grandes choses. Luc,
Ce que l'Eglise célèbre aujourd'hui, ce que lis parédicateurs enseignent aux peuples , ce que j'espère aussi de vous faire entendre avec le secours de la grâce , touchant la pureté de la sainte Vierge dans sa conception bienheureuse, exerce depuis longtemps les plus grands esprits; et je ne craindrai pas de vous avouer , que de tous les sujets divers qui se traitent dans le» assemblées des Odcles, celui-ci me parait le plus difficile. Et ce qui m'oblige de parler ainsi, ce n’est pas que je prétende imiter l'artifice des orateurs , qui æ plaisent d'exagérer, en termes pompeux , lu stérilité des matières sur lesquelles leur éloquence travaille , aliu d'étaler avec plus d'éclat les richesses de leurs inventions , et les adresses île leur rhétorique. Chrétiens , ce n’est pas lu ma pensée. Je sais combien il serait indigne de commencer un discours sacré par un sentiment si profane. Mais avant dessein de vous faire voir combien pure , combien innocente, combien glorieuse est la conception de Marie ; je considère premièrement lesdiflkultés qui s'opposent à cette créance , nflu que , les doutes étant éclaircis , la vérité que nous recherchons demeure solidement établie.
Quand je considère , messieurs , cette sentence terrible du divin apôtre, prononcée généralement contre tous les hommes : Omnes morlui sunt'.. Omnes peccaverunt...Ex uno in eondemnationem * : « Tous sont morts , tous sont • criminels, tous sont condamnés en Adam ; • je ue sais quelle exception ou peut apporter à des paroles si peu limitées. Mais ce qui me fait connaître plus évidemment combien cette malédiction est universelle , ce sont trois expressions différentes , par lesquelles le malheur de notre naissance nous est représenté dans les saintes Lettres. Elles nous disent premièrement qu'il y a une loi suprême, qu'elles nomment la loi de mort ; qu'il y a un arrêt de condamnation donné
' U Cor. T, 14.
• nom. v, i>, ia
Indifféremment contre tous, et que pour ) éir» soumis il suffit de naître. Qui s'en pourra exempter? Secondement elles nous apprennent qu'il y a nn venin caché et imperceptible , qui , prenant sa source en Adam, se communique ensuite à toute sa race , par une contagion également funeste et inévitable, qui est appelée par saint Augustin , eontayium mortis antiquœ : la eon- • tagion de la mort. > Et c'est ce qui fait dire à ce même saint , que toute la masse dugenre humain est entièrement infectée. Qui pourra trouver un préservatif contre un poison si subtil et si pénétrant? Mais disons, en troisième lieu, que tous ceux qui respirent cet air malin contractent nécessairement en eux-mêmes une tache qui les déshonore , qui efface en eux l'image de Dieu , et qui les rend , comme dit saint Paul ' , ■ naturelle- - ment enfautsdecolère.» Naturellement ;éeoutcz. Comment peut -on prévenir un mal qui, selon le sentiment de l'apôtre, nous est depuis si longtemps passe en nature ?
Voilà quelles sont les difficultés qui s'opposent nu dessein que j'ai médité de vous faire voir aujourd'hui que la conception de la sainte Vierge est toute pure et tout iunocenle. Je sais qu'il est malaisé de les surmonter, et qu'cllesont ébranlé, ému plusieurs grands esprits , dont l'Église De condamne pas les opinions. Mais enfin , quelque doute que l'on me propose , je ne puis abandonner au péché la conception de cette Princesse , qui doit être en toute façon si privilégiée. Voyons si nous les pouvons éclaircir.
Il est vrai qu'il y a une loi de mort qu*condamne tous ceux qui naissent ; mais on dispense des lois les plus générales en faveur des personnes extraordinaires. Il y a une vapeur maligne et contagieuse qui a infecté tout legenre humain ; mais on trouve quelquefois moyen de s'exempter de la contagion , en se séparant. Il y a une tache héréditaire qui nous rend naturellement ennemis de Dieu, mais la grâce peut prévenir la nature. Suivez, s'il vous plaît , ma pensée. Contre la loi. Il faut dispenser; contre la contagion, il faut séparer; contre un mal naturel , Il faut prévenir. De sorte que je me propose de vous faire voir Marie dispensée , Marie séparée , Marie prévenue ; dispensée de la loi commune , séparée de la conlugion universelle, prévenue par la grâce contre la colère qui nous poursuit dès notre origine. Pour la dispenser de la loi , j’ai recours à l’autorité souveralue qui s’est tant de fois déclarée pour elle. Pour ta séparer de la masse , j’appelle au secours la Sagesse qui l'a si visiblement séoarée des autres; par les grands et irnpé-
' E plies. il , 3
DE LA SAINTE VIERGE
nétrables desseins qu'elle a sur elle devant tous les temps. Et pour prévenir la colere, j’emploie l’amour étemel de Dieu ; qui l’a faite un ouvrage de miséricorde, avant qu'elle puisse être un objet de haine.
Et ce sont , messieurs , les trois choses qu’elle nous propose , si nous t’entendons , dans son admirable cantique. Fecit mihi magna gui potens rut: « Lë Tout-Puissant a fait en mol de très- - grandes choses. • Elle commence par la puissance , pour honorer l'autorité absolue par laquelle elle est dispensée : qui potens est. Mais ce Tout-Puissant , qu’a-t-il fait? Ah ! dit-elle , de grandes choses : magna. Voyez qu'elle se reconnaît séparée des autres par les grands et profonds desseins auxquels la Sagesse l’a prédestinée. Et qui peut exécuter toutes ces merveilles, sinon l’amour éternel de Dieu : cet amour toujours actif et toujours fécond , sans l'entremise duquel la puissance n'agirait pas; et cette sagesse infinie, renfermant en elle-même toutes ses pensées, ne produirait Jamaisrien au jour? C'est lui par conséquent qui fait tout : Fecit mihi magna 1 : lui seul ouvre le sein de Dieu sur ses créatures; il est la cause de tous les êtres , le principe de toutes les libéralités. C’est donc, fidèles, cet amour fécond qui a fait la conception de Marie : Fecit; : c'est lui qui a prévenu le mal , en la sanctifiant des son origine. Et ces choses étant ainsi supposées, j'aurai entièrement expliqué mon texte, et achevé le panégyrique de la sainte Vierge dans sa conception bienheureuse , si Je puis vous faire voir en trois points : que l'autorité souveraine l’a dispensée de la loi commune , que la Sagesse l'a séparée de la contagion générale , et que l'amour étemel de Dieu a prévenu par miséricorde la colère qui se serait élevée contre elle. C’est ce que j’ai dessein de vous faire entendre avec le secours delagréce : et après , passant à l'instruction, je vous montrerai dans tous les fidèles une image de ces trois grâces, pour exciter en nous la reconnaissance.
premier poim.
On pourrait douter, chrétiens, si la souveraineté paraît davantage , ou dans l’autorité de faire des lois auxquelles des peuples entiers obéissent, ou dans la puissance qu’elle se réserve d’en dispenser sagement suivant la nécessité des affaires. Et il semble premièrement que la dispense, ens’élofgnant du cours ordinaire, ait quelque chose de plus relevé , et témoigne plusd'indépendanee. Car comme il n'est point dans le inonde de majesté pareille à celle des loi» , et que le pouvoir de les
‘ t-Hr. i, u
établir est le droit le plus auguste et le plus sacra d'une monarchie absolue ; ne peut-on pas dire avec raison que celui qui dispense des lois , faisant céder leur autorité à la sienne propre , s’élève par ce moyen en quelque façon au-dessus de la souveraineté même? C’est pourquoi Dieu fait des miracles , qui sont comme des dispenses des lois ordinaires, pour montrer plus sensiblement sa ioute-puissance. Et par là II semble évident que la marque la plus certaine de l’autorité , c’est de pouvoir dispenser des lois. D’autre part les raisons ne sont pasmolns fortes pour prouver qu'elle consiste principalement dans le droit de les établir. Pour cela il fout remarquer (pie la loi s’étend sur tous les sujets , et que la dispense est restreinte h peu de personnes. Si la dispense s'étendait à tous, elle perdrait le nom de dispense, et ferait un changement de la loi. Maintenant je vous demande, messieurs, si la puissance la moins limitée n'est pas aussi la plus absolue ; s'il ne [Mirait pas plus d'autorité à faire des lois sous lesquelles un million d'hommes fléchisse , qu'à eh dispenser cinq ou six par des raisons particulières. Et ensuite ne doit-on pas dire que la puissance se fait mieux connaître par un établissement arrêté, tel qu'est sans doute celui de la loi , que par une action extraordinaire , comme est celle de la dispense?
Pour accorder tout ce différend , disons que le caractère de l’autorité reluit également dans l'un et dans l’autre. Car, comme dit très-bien saint Thomas, on peut considérer dans la loi deux choses, le commandement général , et l'ap plieation particulière. Par exemple, dans cette ordonnance d'Assuérus tous les Juifs sont condamnés à la mort : voilà le commandement général. L'application particulière; Esther y serat-elle comprise? Ce commandement général fait l’autorité de. la loi, et c'est sur l’application particulière que peut intervenir la dispense. Comme donc il appartient au même pouvoir, qui établit les règlements généraux , de diriger l’application qui s’en fait sur tous les sujets particuliers ; il s'ensuit que foire les lois, donner les dispenses sont des appartenances également nobles de l'autorité souveraine , et qu'elles ne penvent être séparées.
Ces maximes étant établies, venons mainte nant à notre sujet. Vous m'opposez une loi de mort prononcée contre tous les hommes. Vous me dites que d’v apporter quelque exception , quand ce serait en faveur de la sainte Vierge, c'est violer l'antoiité de la loi. Et moi je vous réponds au contraire, selon les principes que j'ai posés , que la puissance du Législateur ayant deux parties, ce n'est pas moins violer son nuit
stn r.A conception
torité de dire qu'il ne puisse pas dispenser dans l’application particulière, que de dire qu'il ne peut pas ordonner par un commandement général. Parlons encore plus clairement. Saint Paul assure en termes formels , que « tous les hommes • sont condamnés1.» Je ne m'en étonne pas, chrétiens. Il regarde l'autorité de la loi , qui d’elle-méme s'étend sur tous ; mais il n'exclut pas les réserves que peut faire le Souverain , ni les coups d'une puissance absolue. En vertu de l’autorité de la loi, j'avoue que Marie était condamnée , ainsi que le reste des hommes ; et c’est par les grâces , c’est par les réserves , c'est par la puissance du Souverain , que je dis quelle a été dispensée.
Mais , direz-vous , abandonner aux dispenses la sacrée majesté des lois, c'est énerver toute leur vigueur. Il est vrai , si cette dispense n'est accompagnée de trois choses, que je vous prie de remarquer ; qu'elle se donne pour une personne éminente , que l'on soit fondé eu exemple , que la gloire du Souverain y soit engagée. Nous devons le premier à la loi , le second au public , le troisième au prince. Nous devons, dis-je, ce respect & la loi , de ne reconnaître aucune dispense qu'en faveur des personnes extraordinaires; nous devons cette satisfaction au public , de ne le faire point sans exemple ; nous devons au Souverain auteur de la loi, et surtout à un souverain tel que Dieu, des égards très-particuliers. Mais quand ces trois choses concourent ensemble, on peut raisonnablement attendre une grâce. Considérons-les en la sainte Vierge.
Dites- moi, qu'appréhendez - vous , vous qui craignez de faire une exception en faveur de la bienheureuse Marie? Ce que l'ou craint ordinairement, c'est la conséquence. Examinons si elle est à craindre , en cette rencontre : voyons quelle peut être cette conséquence. Je crois que vous prévenez déjà ma pensée, et que vous jugez bien qu'on ne la doit craindre qu'où il y peut avoir de l’égalité. Mais y a-t-ll une autre racre de Dieu, y a-t-ll une autre vierge féconde, sur laquelle on puisse étendre les prérogatives de l’incomparable Marie? Qui ne sait que cette maternité glorieuse, que cette alliance éternelle qu’elle a contractée avec Dieu , la met en un rang tout singulier qui ne souffre aucune comparaison? Et dans une telle inégalité, quelle conséquence pouvons-nous craindre? Voulez- vous que nous passions aux exemples? Toutefois ne croyez pas, chrétiens , que j’espère trouver dans les autres saints des exemples de la grandeur de Marie. Car, puisqu’elle est tout extraordinaire , «a serait se tromper de chercher ailleurs des
privilèges semblables aux siens. Mais d'où tirerons-nous donc les exemples en faveur de la dispense que nous proposons? Il les faut nécessairement prendre d’clle-méme , et voici quelle est ma pensée.
Je remarque, dans les histoires, que lorsque les grâces des souverains ont commencé de prendre un certain cours, elles y coulent avec profusion ; les bienfaits s'attirent les uns les autres, et se servent d'exemple réciproquement. Dieu même nous dit dans son Évangile : Habenti tlubitur' , qu'il aime à donner à ceux qui possèdent ; c'est-à-dire que, selon l'ordre de ses libéralités, une grâce ne va jamais seule, et qu'elle est le gage de beaucoup d'autres. Appliquons eeci à la sainte Vierge. Si nous reconnaissions , chrétiens , qu'elle eut été assujettie aux ordres communs , nous pourrions croire peut-être qu'elle aurait été conçue en iniquité, ainsi que les autres hommes. Mais si nous y remarquons au contraire une dispense presque générale de toutes les lois ; si nous y voyons selon la foi catholique, ou selon le sentimeut des docteurs les plus approuvés; si, dis-je, nous y voyons un enfantement sans douleur, une chair sans fragilité, des sens sans rébellion, une vie sans tache, une mort sans peine ; si son époux n'est que son gardien ; son mariage , un voiles sacre qui couvre et protège sa virginité; son fils bien-aimé, une fleur que son intégrité a poussée : si , lorsqu’elle le conçut, la nature étonnée et confuse crut que toutes ses lois allaient être À jamais abolies ; si le Saint-Esprit tint sa place , et les délices, de la virginité, celle qui est ordinairement occupée par la convoitise ; en un mut , si tout est singulier en Marie : qui pourra croire qu'il n'y ait rien eu de surnaturel en la conception de cette Princesse , et que ce soit le seul endroit de sa vie qui ne soit marqué par aucun miracle? Et n ai-je pas beaucoup de raison, après l'exemple de tant de lots dont elle a été dispensée, de juger de celle-ci par les autres? Ainsi l’excellence de la personne et l’autorité des exemples favorisent la dispense que nous proposons.
Mais je l’appuie, ea troisième lieu, sur ce que la gloire du Souverain, c'est-à-dire, de Jésus- Christ même, y est visiblement engagée. Jepourrais rapporter ici un beau mot d'un grand roi ' , chez Cassiodorc, qui dit qu'il y a certaines rencontres ou les princes gagnent ce qu’ils donnent, lorsque leurs libéralités leur font honneur: Lucrantur principes doua sua ; et hoc vert thesauris revonimus quod famœ commodis ap-
• Vu»*. XIV, M.
3 Alhalaric.
MK f.A SAINTE VIERGE.
plieamus Si Jésus honore sa mère, il se fait honneur à lui-même; et il gagne véritablement tout ce qu'il lui donne : parce qu’il lui est plus glorieux de donner, qu'a Marie de recevoir. Mais venons à des considérations plus particulières. Je dis donc, ô divin Sauveur, que vous étant revêtu d’une chair humaine pour anéantir celte loi funeste , que nous avons appelée la loi du péché , il y va de votre grandeur de l’abolir dans tous les lieux où elle domine. Suivons, s’il vous plaît , ses desseins et tout l’ordre de ses victoires.
Cette loi régne dans toos les hommes : elle régne dans l’âge avancé; Jésus la détruit par sa grâce : il n’est pas jusqu'aux enfants nouvellement nés qui ne gémissent sous sa tyrannie ; il l’efface par son baptême : elle pénètre jusqu’aux entrailles des mères, et elle fait mourir tout ce qu’elle y trouve; le Sauveur choisit des âmes illustres qu’il affranchit de la loi de mort, en les sanctifiant devant leur naissance : comme , par exemple , saint Jean-Baptiste. Mais elle remonte jusqu’à l’origine , elle condamne les hommes dès qu’ils sont conçus. O Jésus, vainqueur tout-puissant, n’y aura-t-il donc que ce seul endroit où votre victoire ne s’étend pas? votre sang, ce divin remède qni a tant de force pour nous délivrer du mal , n’en aura-t-il point pour le prévenir? Pourra-il seulement guérir, et ne pourra-t-il pas préserver? Et s’il peut préserver du mal , cette vertu demeurera-t-elle éternellement inutile, sam qu’il y ait aucun de vos membres qui en ressente l’effet? Mon Sauveur, ue le souffrez pas ; et pour l’intérét de votre gloire, choisissez du moins uoe créature où paraisse tout ee que peut votre sang contre cetta loi qui nous tue. Et quelle sera cette créature, si ce n'est la bienheureuse Marie?
Mon Sauveur, permettez-rooi de le dire, on doutera de la vertu de votre sang. Il est juste certainement que ce sang précieux du fils de la Vierge exerce sur elle toute sa vertu , pour honorer le lieu d’ouil est sorti. Car remarquez, s'il vous piait , messieurs , ce que dit très-éloquemment un ancien évêque de France ; c’est le grand Eucher de Lyon. Marie a cela de commun avec tous les hommes, quelle est rachetée du sang de son fils; mais elle a cela de particulier, que ce sang a été tiré de son chaste corps : Pnifundendum sanguinem pro mundi vita de corpore tuo accepit, ac de te sumpsit quotl eliam pro te sol val. Elle a cela de commua avec tous les fidèles, que Jésus lui donne son sang; mais elle a cela de particulier, qu'il l’a premièrement reçn d’elle. Bile a cela de commun avec nous, que ce sang
tombe sur elle pour la sanctifier; mais elle a cria de particulier, qu’elle en est la source. Tellement que nons pouvons dire que la conception de Marie est comme la première origine du sang de Jésus. C’est de lâ que ce beau fleuve commence u se répandre, ee fleuve de grâeesqui coule dans nos veines par les sacrements, et qui porte l’esprit de vie dans tout le corps de l’Église. Et de même que les fontaines , se souvenant toujours de leurs sources, portent leurs eaux en rejaillissant jusqu’à leur hauteur, qu elles vont chercher au milieu de l’air; ainsi ne craignons pas d’assurer que le sang de notre Sauveur fera remonter sa vertu jusqu'à la conception do sa mère , pour honorer le lieu dont il est sorti.
Ne cherches donc plus , chrétiens , ne cherchez plus le nom de Marie dans l’arrêt de mort qnl a été prononcé contre tous les hommes. Il n’y est plus , il est effacé, et comment? Pas-cw divin sang qui , ayant été puisé en son chasta sein, tient à gloire d'employer pour elle tout ce qu'il renferme de force en lui-même , contre cette funeste loi qui nous tue dès notre origine. D'où il est aisé de conclure qu’il n’est rien de plus favorable que la dispense dont nous partons, puisque nous y voyons concourir ensemble l'excellence de la personne , l’autorité des exemples , el la gloire du Souverain, c’est-à-dire, de Jésus- Ghrist même.
Un célèbre auteur ecclesiastique dit que le majesté de Dieu est si grande , qu'il y a non-seulement de la gloire à loi consacrer ses services; mais qu’il y a même de la bienséance à descendre pour l'amour de lui Jusqu'à la soumission de la flatterie : b/on tantum obsequi et debeo, sed et adulnri \ Il veut dire que nous devons tenir tous nos mouvements tellement dans la dépendance des ordres de Dieu , que non-seulement nous cédions anx commandements qu’il nous toit ; mais encore qu’étudiant avec soin jusqu’aux moindres signes de sa volonté , nous la prévenions , s’il sc peut , par la promptitude de notre ponctuelle obéissance.
Ce qacTertullien dit de Dieu , qui est le Pèr» commun de tous les fidèles , j’ose le dire aussi de l’Église qui en est la mère. Elle n’emploie ni ses foudres , ni ses anathèmes pour obliger sps enfants à confesser que la conception de In sainte Vierge est toute pure et tout innocente. Elle ne met pas cette eréauee entre les articles qui com. posent la toi chrétienne. Toutcfoisellenousinvit» à la suivre par la solennité de cette journée. Que ferons-nous ici , chrétiens? jVon tantum obsequi, sed et adutan. N'est-il pas juste , non-seulement
• tMMorf. F* riar. Jib- Vtll, Kpisf. 1X111, 1. I , p. IM.
• Tertull Ht Jrjun. a* 13.
SliH LA CONCEPTION
que nous obéissions aux commandements d'une mère si bonne et si sainte , mais encore que nous fléchissions au moindre témoignage de sa volonté? Disons donc avec contlance que cette conception est sans tache; honorons Jésus-Christensa sainte mère ; et croyons que le Fils de Dieu a fait quelque chose de particulier en la conception de Marie , puisque cette vierge est choisie pour coopérer par une action particulière A la conception de Jésus.
Mais en considérant les bienfaits dont le Fils de Dieu honore sa mère , rappelons en notre mémoire ceux que nous avons reçus de la grâce ; imprimons en notre pensée , chrétiens , combien dure et inévitable est In sentence qui nous condamne , puisque , pour en exempter la très-sainte Vierge, il ne faut pas y employer moins que l'autorité souveraine. Et ce qui est bien plus étonnant, c’est qu’avec toutes les prérogatives qui sont dues à sa qualité , l’Église n’a pas encore voulu décider qu’elle en ait été exemptée. Déplorable condition de notre naissance, qui, par un long enchaînement de miscreasous lesquelles nous gémissons pendant cette vie, nous traîne à un supplice éternel par un juste et impénétrable jugement de Dieu: Mais, grâce à la miséricorde divine, cet arrêt de mort a été casse ù In requête de Jésus mourant; son sang a rompu nos liens, et a ôté ce J®»g de fer de dessus nos têtes. Nous ne sommes plus sous la loi de mort. Chrétien , ne sols pas ingrut envers ton libérateur; respecte l'autorité souveraine qui t’a exempté d'une loi si rigoureuse. Souviens-toi que nous avons dit que cette autorité souveraine a deux fonctions principales : elle commande et elle dispense; elle ordonne et elle exempte, ainsi qu’il lui plait. Après l'avoir trouvée favorable dons l'exemption quelle t’a donnée, révèrr-la aussi dans les lois qu’elle te prescrit. Tu es redevable aux commandements, tu ne l'es pas moins aux dispenses. Tu dois aux commandements une obéissance Adèle; tu dois à la dispense , qui t'a délivré d'une loi si rigoureuse, de continuelles actions de grâces, li’cst ce que pratique excellemment la très-sainte Vierge : Feeit mihi magna qui jiotcns est : - Le • Tout-Puissant n fait en moi de graudes choses. • V oyez comme elle se sent obligée à In puissance qui l'a exemptée de la loi funeste qui rend toutes tes conceptions criminelles. Mais elle n'n pas moins d'obligation à la Sagesse qui l’a séparée de la contagion générale. C'est la seconde partie.
SECOND POINT
La théologie nous enseigne que c’est à la sagesse divine de produire In diversité; et comme e’est à elle qu il appartient d'établir l’ordre dans
les choses, elle y doit mettre aussi ta distinctiou sans laquelle l’ordre ne peut subsister. En effet nous voyons, fldeles, qu’elle s’y est , pour ainsi dire, exercée dès l’origine de l’univers, lorsque, se répandant sur cette matière qui n'était encore qu a demi formée, elle sépara la lumière d’avec les ténèbres, les eaux d'ici-bas d’avec les célestes, et démêla la confusion qui enveloppait tous les éléments. Mais ee qu’elle a fait une fois dons la création , elle le fait tous les jours dans la réparation de notre nature. Elle a autrefois séparé les parties du monde qui n’était qu'une masse informe et confuse ; elle fait maintenant la séparation dans le genre humain qui n’est qu'une masse criminelle. C’est ce qui a fait dire a l'apôtre* : • Quand ii a plu à celpi qui m'a séparé; » c'est-à-dire, qui m’adélivré, c’est-à-dire, qui m’a sauvé. Si bien que la grâce nous sauve par une bienheureuse séparation qui nous tire de cette masse gâtée ; et c'est l'ouvrage de la Sagesse, parce que c’est elle qui nous choisit dès l'éternité, et qui nous prépare les moyens certains par lesquels nous sommes justifles.
La sainte Vierge est donc séparée, et elle a cela de commun avec tout le peuple fidèle; mais pour voir ce qu'elle a d'extraordinaire, il faut considérer l'alliance particulière qu’elle a contractée avec Jésus-Christ. Chrétiens , apprenez-en le mystère du docte et éloquent saiut Eudier dans la seconde Homélie qu'il a composée sur la nativité de Notre-Seigneur. C’est là que se réjouissant avec Marie de ce qu’elle a conçu le Sauveur dans ses bénites entrailles, il lui adresse ces belles paroles ; - Que vous êtes heureuse , mère incompa- « rablc, puisque vous recevez la première ce qui a
■ été promis à tous les hommes, et que vous pos-
■ sédez toute seule la joie commune de l'univers 1 ■ Per lot stccula promissum prima suscipere mereris adventum , et commune «lundi gaudiurn }>ecutiuri munere sola possides. Que veut dire ce saint évêque? Si Jésus-Christ est un bien commun, sises mystères sont à tout le monde, de quelle sorte la très-sainte Vierge pourra-t-elle le posséder toute seule? Sa mort est le sacrifice public, son sang est le prix de tous les péchés, sa prédication instruit tous les peuples ; et ce qui fait volrclalrement qu'il est le bien commuu de toute la terre , c’est que ce divin enfant n'est pas plutôt né, que les Juifs sont appelés à lui par les anges, et les Gentils, par les astres. Tout le monde a droit sur le Fils de Dieu , parce que sa bonté nous le donne a tous. Cependant, ù dignité de Maricldans cette libéralité générale , elle a un droit particulier de le posséder toute seule, parce
* Cnlat. |, IV
DE LA SAINTE VIEBGE
qu elle peut le posséder comme fil». Nulle autre créature n'a part à ce titre. Il n’y a que Dieu et Marie qui puissent avoir le Sauveur pour fils ; et par cette sainte alliance Jésus-Christ se doDne tellement à elle, qu'on peut dire que le trésor commun de tous les hommes devient son bien particulier : sola possides.
Qui n’admirerait, chrétiens, de la voir si glorieusement séparée des au! res? Mais que fait cela, direz-vous, pour sanctifier sa conception? C’est ici qu’il faut faire voir que la conception du Sauveur a une influence secréte qui porte la grâce et la sainteté sur celle de la sainte Vierge. Mais, pour entendre ce que j'ai à dire, remettons en notre pensée uue vérité chrétienne qui est pleine de consolation pour tous les fidèles. C’est que la vie du Sauveur des âmes a un rapport particulier avec toutes les parties de la nôtre pour y produire la sainteté. Mettonscette vérité dans un plusgrand jour par un beau passage tiré de l’apôtre ■ : - Jé-
• sus-Christ est mort et ressuscité, afin que vi-
• vants et mourants nous soyons à lui. » Voyez le rapport : la vie du Sauveur sanctifie In nôtre, notre mort est consacrée par la sienue. Disons de même du reste selon la doctrine de l'Écriture. Il s'est revêtu de faiblesse ; c’est ce qui soulage nos infirmités. Il a ressenti des douleurs; consolezvous, chrétiens affligés, c’est pour rendre les vôtres saintes et fructueuses. En (lu il y a un rapport secret entre lui et nous, et c’est cela qui nous sanctifie. C’est pourquoi il a pris tout ce que nous sommes , afin de consacrer tout ce que nous sommes. Et d’où vient cette merveilleuse communication de sa mort avec la nôtre, de ses souffrances avec les nôtres? Ah I répondrait l’apôtre saint Paul, c'est que le Sauveur mourant est â nous; il nous donne sn mort et nous y trouvons une source de grâces qui portent la sainteté dans la nôtre , en la rendant semblable à la sienne. Le Sauveur souffrant est à nous, et nous pouvons prendre dans ses douleurs de quoi sanctifier nos souffrances. C’est ce que peuvent dire tous les chrétiens; mais la Vierge seule a droit de nous dire : Le Sauveur conçu s'est donné âmoi par un titre particulier; et de cette sorte sa conception inspire la sainteté à la mienne , par une secrète influence.
Oui, chrétiens, le .Sauveur conçu est à elle, le Père céleste lui a fait ce présent. Tout le reste de sa vie est à tous les hommes ; mais dans le temps qu’elle le conçoit et qu’elle le porte dans ses entrailles, elle a droit de le posséder toute seule : peculiari tnunere sola possides. Et ce droit qu’elle a particulier sur la conception du
• Rom. xit, »
Ut
Sauveur, est-il pas capable d'attirer sur elle un« bénédiction particulière pour sanctifier sa conception? Si , en qualité de mère de Dieu , elle est choisie par la sagesse divine pour faire quelque chose de singulier dans la conception de Jésus, n’était-il pas juste , fidèles, que Jésus aussi réciproquement fit quelque chose de singulier dans la concepion de Marie? et de là ne s’ensuit-il pas que la conception de cette Princesse est séparée de toutes les autres , puisque le (Ils de Dieu s’y est réservé une opération extraordinaire? O Marie , je vous reconnais séparée ; et votre bienheureuse séparation est uu ouvrage de la Sagesse ; parce que c’est un ouvrage d’ordre. Comme vous avez avec votre fils une liaison particulière , aussi vous fait-il part de scs privilèges.
La sainte Vierge [est] séparée; et dans sa séparation [ clic a ] quelque chose de commun avec tous les hommes, quelque chose de particulier. Pour l'entendre, il faut savoir que nous sommes séparés de la masse, parce que nous appartenons à Jésus-Christ , et que nous avons alliance avec lui. Deux alliances de Jésus-Christ avec la sainte Vierge; l’une cnmmcSauveur, l'autre comme (ils: comme Sauveur, commune avec tous les hommes; Jésus-Christ est un bien commun : mais sur ce bien commun , la Vierge y a un droit particulier : peculiari munere sola possides, ■ vous Ig » possédez seule par votre alliance particulière en « qualité de fils. • L’alliance avec Jésus-Christ comme Sauveur fait qu’elle doit être séparée de la masse ainsi que les autres ; l’alliance particulière avec Jésus-Christ comme fils fait qu’elle en doit être séparée d'une façon extraordinaire. Sagesse divine , je vous appelle : vous avez autrefois démêlé la confusion des éléments, il y a encore ici de la confusion à démêler. Voilà une masse toute criminelle , de laquelle II faut séparer une créature pour la rendre mère de son créateur. Jésus est son Sauveur; elle doit être séparée comme les autres : mais Jésus est son fils; il y a une alliance particulière , elle doit être même séparée des autres. Si les autres sont délivrés du mal , il faut qu’elle en soit préservée , que l'on en empêche le cours. Et comment? Par une plus particulière communication des privilèges de son (Ils. Il est exempt du péché , et Marie aussi en doit être exempte. O Sagesse , vous l’avez séparée des autres; mais ne la confondez pas avec son fils, puisqu'elle doit être Infiniment au-dessous. Comment la distinguerons-nous d'nvec lui, s'ils sont tous deux exempts du péché? Jésus-Christ l’est par nature, et Marie, par grâce ; Jésus-Christ, de droit, et Marie, par privilège et par indulgence. La voila séparée, l'ecit mihi magna gui païens est : . Le Tout-Puissant a fait en mol de grande»
SUR LA CONCEPTION
IM
• chose», • C'en est assez : voyons maintenant comment nous sommes aussi séparés. C’est ma troisième partie , à laquelle je passerai , chrétiens, après vous avoir fait remarquer qu encore que nous 11e soyons pas séparés aussi excellemment que la sainte Vierge, nous ne laissons pas que de l'être.
Car qu’est-ce que le peuple fidele? C’est un peuple séparé des autres , tiré de la masse de perdition et de la contagion générale. C’est un peuple qui habite au monde, mais néanmoins qui n'est pas du monde. Il a sa possession dans le riel, il y a sa maison et son héritage. Dieu lui a imprimé sur le front le caractère sacré du baptême, afin de le séparer pour lui seul. Oui chrétien , si tu t'engages dans l'amour du monde, si tu ne v is comme séparé , tu perds la grâce du christianisme. Mais comment se séparer, direzvous? Nous sommes au milieu du monde, dans les divertissements, dans les compagnies. Fautil se bannir des sociétés? faut-il s'exclure de tout commerce? Que te dirai-je ici , chrétien , sinon que tu sépares du moins le cœur? C'est par le cœur que nous sommes chrétiens : Corde crtdihirt ; c'est te cœur qu'il faut séparer. Mais c’est là, direz-vous, la difficulté. Ce cœur est attiré de tant de cAlés, c'est a lui qu'on en veut. Le monde le (latte, le monde lui rit. lui il voit des honneurs, là des plaisirs. L'un lui présente de l'amour, l’autre en veut recevoir de lui. Comment pourra-t-il se défendre? F-t comment nous ditesvous donc qu'il faut du moins séparer le cœur? Je le savais bien , chrétiens , que cette entreprise est bien difficile, d’être toujours au milieu du monde, et de tenir son cœur séparé des plaisirs qui nous environnent. Et je ne vois ici qu'un conseil. Mais que voulez-vous que je dise? puis-je vous prêcher un autre Évangile à suivre? De tant d'heures que vous donnez inutilement aux occupations de la terre, séparrz-en du moins quelques-unes pour vous retirer en vous-mêmes. Faites-vous quelquefois une solitude, ou vous méditiez en secret les douceurs des biens éternels et la vanité des choses mortelles. Séparezvous avec Jésus-Christ, répandez v otre âme devant sa face ; presscz-le de vous don lier cette grâce dont les attraits div ins puissent vous enlever aux plaisirs du monde, cette grâce qui a séparé la trcs-soiiite Vierge, et qui l'a tellement remplie, que la colère qui menace les enfants d'Adam n'a pu trouver place en sa conception, parce qu'elle a été prévenue par un amour miséricordieux.
TOOISIÈVCB VOIX T.
SI nous voyons dans les Écritures sacrées que
le Fils de Dieu prenant DOtre chair a pris aussi toutes nos faiblesses , à l'exception du péché; si le dessein qu'il avait conçu de se rendre semblable à nous, a fait qu'il n'a [vas dédaigné la faim ni la soif, ni la crainte , ni la tristesse , ni tant d’autres infirmités qui semblaient indignes de sa grandeur : à plus forte raison doit-on croire qu'il a été vivement touché de cet amour si juste et si saint, que la nature imprime en nos cœurs pour ceux qui nous donnent le vie. Cette vérité est très-claire ; mais Je prétends vous faire voir aujourd'hui que c'est cct amour qui a prévenu la très-sainte Vierge dans sa conception bienheureuse; et c'est ce qui mérite plus d’explication.
Je considère en deux états cet amour de fils que le Sauveur a eu pour Marie; je le regarde dans l'incarnation et devant l’incarnation du Verbe divin. Qu'il ait été dans l’incarnation , chrétiens, Il est aisé de le croire. Car comme c'est par l’incarnation que Marie est devenue In mère de Dieu , c'est aussi dans cet auguste mystère que Dieu prend des sentiments de (ils pour .Marie. Mais que cet amour de fils se rencontre en Dieu pour sa sainte Mère devant qu'il soit incarné , c’est ce qui parait assez difficile ; puisque le Fils de Dieu n’est son fils qu’à cause de l'humanité qu'il a prise. Toutefois remontons plus haut, et nous trouverons cet amour qui a prévenu la très-sainte Vierge par la profusion de ses dons. Comprenez cette vérité , et vous verrez l'amour de Dieu pour notre nature.
Pour entendre cette doctrine , remarquons que la sainte Vierge a cela de propre qui la distingue de toutes les mères, qu'elle engendre le dispensateur de la grâce ; que son fils, eu cela différent des autres , est capable d’agir avec force dés le premier moment de sa vie : et ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est qu'elle est mère d’un fils, qui est devant elle. De là suivent trois beaux effets en faveur de la très-heureuse Marie. Comme son fils est le dispensateur de la grâce , il lui en fait part avec abondance ; comme il est capable d'agir dès le premier instant de sa vie, il n'attend pas le progrès de l’âge pour être libéral envers elle : et le même instant où 11 est conçu joit commencer ses profusions. Enfin comme elle a un fils qui est devant elle , elle a ceci de miraculeux , que l'amour de ce fils peut la prévenir jusque dans sa conception. C'est ce qui la rend innocente : car il lui doit servir d'avoir un fils qui soit devant elle. Mais éclaircissons cette vérité par une excellente doctrine des Pères ; et voyons quel a été, dès l’éternité, l’amour du Fils de Dieu pour la sainte Vierge.
N'avez-vous jamnisadmiré, messieurs, comme Dieu parle dans les saintes Lettres; comme il af-
DE LA SAINTE VIERGE. lit
fecte, pour aiusi dire, d'agir en tiumine ; comme il imite nos actions , nos mœurs , nos coutumes , nos mouvements et nos passions? Tantôt il dit, par la bouche de ses prophètes , qu'il a le cœur saisi par la compassion ; tantôt qu'il l'a enflammé par la colère, qu’il s’apaise, qu'il se repent, qu’il a de la joie ou de la tristesse. Chrétiens , quel est ce mystère ? un Dieu doit-il donc agir de la sorte? Si le Verbe incarné nous parlait aiusi , je ne m’en étonnerais pas : car il était homme. Mais que Dieu, avant que d’ètrc homme, parle et agisse comme font les hommes , il y a sujet de le trouver étrange. Je sais que vous me direz que cette Majesté souveraine veut s’accommoder à notre portée. Je le veux bien : mais j’apprends des Pères qu'il y a une raison plus mystérieuse. C'est que Dieu ayant résolu de s'unir à notre nature, il n'a pas jugé Indigne de lui d'en prendre de bonne heure tous les sentiments. Au contraire, il se les rend propres, et vous diriez qu'il s'étudie à s'y conformer.
Pourrions-nous bien expliquer un si grand mystère par quelque exemple familier? Un homme veut avoir une charge de robe ou d'épée ; il ne l’a pas encore , mais il s'y prépare , il en prend par avance tous les sentiments, et il commence ù s'accoutumer , ou à la gravité d'un magistrat , ou & la brave générosité d'un homme de guerre. Dieu a résolu de se faire homme; il ne l'est pas encore du temps des prophètes , mais il le sera , c’est une chose déterminée : tellement qu'il ne faut pas s’étonner s’il parle, s’il agit en homme avant que de l’étrc , s'il prend en quelque sorte plaisir d’apparaltre aux prophètes et aux patriarches avec une figure humaine. Pour quelle raison? QueTertullieo l’explique admirablement ! Ce sont, dit très-bien cet excellent homme , des préparatifs de l'incarnation. Celui qui doit s'abaisser jusqu'à prendre notre nature, fait, pour ainsi dire , son apprentissage en se conformant à nos sentiments. * Peu à peu il s'accoutume à > être homme ; et il se plaît d'exercer , dès l’ori- • gine du monde , ce qu'il sera dans la fin des ■ temps, * ediscens jam inde a primortlio t jam in de hominem, quod erat fulurus in fine
Ne croyez donc pas, chrétiens, qu’il ait attendu sa venue pour avoir un amour de fils pour la sainte Vierge. C’est assez qu’il ait résolu d’ôtre homme, pour en prendre tous les sentiments. Et s'il prend les sentiments d’homme, peut-il oublier ceux de fils qui sont les plus naturels et les plus humains? Il a donc toujours aimé Marie comme mère , Il l'a considérée comme telle dès le premier moment qu’elle fut conçue. Et s’il est ainsi,
1 Lib. Il , adr. Narrûtn. o* 17.
chrétiens, peut-il la regarder en colère? Le péché s'accordera-t-il avec tant de grâces, la vengeance avec l’amour, l'inimitié avec l’alliance? Et Marie ne peut-elle pas dire avec le psalmiste : In Dca transgrediar murum * : « Je passerai - par-dessus la muraille au nom de mon Dieu ? • Il y a une muraille de séparation que le péché a faite entre Dieu et l 'homme , il y a une inimitié comme naturelle. Mais , dit-elle , je passerai pardessus, je n’y entrerai pas : je passerai par-dessus, transgrediar *. Et comment? Au nom de mon Dieu , de ce Dieu qui , étant mon fils , est à moi par un droit tout particulier; de ce Dieu qui m’a aimée comme mère dès le premier moment de ma vie; de ce Dieu dont l'amour tout-puissant a prévenu en ma faveur la colère qui menace tous les enfants d'Eve. C'est ce qui a été fait en la sainte Vierge. Finissons en vous faisant une image de cette grâce dans tous les fidèles , et reconnaissons aussi, chrétiens, que l’amour de Dieu nous a prévenus contre la colère qui nous poursuivait, et qu’il nous prévient tous les jours. Que ce soit là le fruit de tout ce discours, comme c'est la vérité la plus importante de la religion chrétienne.
Oui certainement, chrétiens, c’est le fondement du christianisme de comprendre que nous n'avons pas aimé Dieu , mais que c’est Dieu qui nous a aimés le premier, non-seulement avant que nous l’aimassions , mais lorsque nous étions ses ennemis. Ce sang du Nouveau Testament , versé pour la rémission de nos crimes, rend témoignage à la vérité que je prêche. Car si noos n'eussions pas été ennemis de Dieu , nous n'eussions pas eu besoin de médiateur pour nous réconcilier avec lui, ni de victime pour apaiser sa colère, ni de sang pour contenter sa justice. C’est donc lui qui nous a le premier aimés , en donnant son Fils unique pour l'amour de nous. Mais peutêtre que cette grâce est trop générale , et que notre dureté n'en est pas émue : venons aux bienfaits particuliers par lesquels son amour nous prévient.
Que dirons-nous , chrétiens , de notre vocation nu baptême? Avions-nous Imploré son secours, lavions-nous prévenu par quelques prières, afin que sa miséricorde nous amenât aux eaux salutaires où nous avons été régénérés? N’est-ce pas lui au contraire qui s'est avancé et qui nous a aimés le premier? Mais peut-être que ce bienfait est trop ancien , et que notre ingratitude ne s'en souvient plus : disons ce que nous éprouvons tous les jours. Te souviens-tu , pécheur, avec quelle ardeur tu courais au crime? la vengeance ou le plaisir t’emportait : combien de fois Dieu
' Pi. xvii, M.
* Trantiham , HieruiiJOiU*
IM
SUR LA DÉVOTION
n-t-il parlé a ton cœur, pour te retenir sur ce penchant ! Je ne nais si tu os écouté sa voix j niais je saisqu il s'cst présenté souvent. L'invitals-lu, quand lu le fuyais? l'appelnis-tu , quand tu t armais contre lui ? Cependant il est venu à toi par sa grâce; il a frappé, il a appelé, et ainsi ne ta-t-il pas prévenu et ne Va-t-il pas aimé le premier?
Milia , fidèles , J'en vois un autre qui ne court pas au péché; il est déjà engagé dans sa servitude. Il s abandonne aux blasphèmes, aux médi-
Tn,o„et* , ‘mpUdiCité' 11 n’W* nl le bien
ti,, MCUr " aUtreS ’ P°ur sutisfairc son nmsus ri,V ,",e reSp‘re <[UC l amour du «onde. Jédra t M ^ descendra-t-il dans cet abîme? descen-
enfem enfer? Autref,,is « «IM aux
l^ deslrTn y CLU"t “PP*16 pap '«* cris et par venue Ici I* proP '^tes > qu> soupiraient après sa o» lui fait ° reJette *0* inspirations, on le fuit, P^ocbe dL ëUTe' 11 vient «outefols, il s ap- <|ue sainte c* Ur*C dans un iubi|é, dans qnelune roltlSf’ il fait sentir ses terreurs à
«ont à la Pénitent” T® 6 •’ U Intérieure-
presse ; l| ne scnt *’ Le ^péeheur fuit, et Dieu le
pour réveiller cctte'a ®l D‘™ redouble>es “"P* là prévenir les hn âme cndormie- N’est-cc pas miséricorde? mmes P" un grand excès de
‘lue vous' armè,ÔvotrenIlenfa'1,S de Di“ - J" nlmé les premier. ™ Pere ; «*-ce voos qui l'avezl'apôtre ■ qUe J “nfess*z''vo“s pas avec
,i , . pu» uv«*c
* «eurs par |e s.|Jj *5™ a répandue en vos « Dieu vous f,.r„-?!;L'Sprit tlui vous <* donné? . «lue de le faipfi „ 11 uo si 1>eau présentai avanl ‘lui nous préviom V.ous aimaitî c-C5t donc lui ‘lui fait toutes le ’ "Cn doutons pas; c’est lui no nous prévient a.vaaces- Mais “Pprenez qu’il Que dites- Votl.,qu1ann quc nous le prévenions.
,,0US le pouvons * “ ** Pt'ut’U? 0ui> fidèles,
y exhorte - . p E'ooutez le psalmiste qui nous fopewua /ne/,.,?*1101’5 80 fa“> * dit-il Pmocle prévenir? n v Que faut-il faire pour
^gardent partit ..V “eux attributs en Dieu qui neorde et |a ju„,U èrement les hommes, la misésorieorde : Ice- 9n ne Peut prévenir la mi-
toujours ; mais JtÜtraire’ c est elle (Iui Prévient nous prévenion„ , "e n°us prévient qu'afiu que rer> pécheur a, a J"stiee- Tune dois pas Igno- 8018 de eolère4 'r,tçs orimes t'amassent des tréer* justice dev.in.ils 80111 sfanl'aleux, Dieu en 18 seraient o»‘, 1 toilt le monde ; et quand même lOUt le nto^' n- f)ieu les découvrira devant ’enpe-les , et j( ' 'ré viens cette juste fureur :
' Ço». , . e le* vengera pas ; découvre-les .
et il ne les découvrira pas : Praiceniamtu fanem rjus in confesnione.
Je sais que confession en ce lieu veut dire louange , c’est-à-dire , confesser la grandeur de Dieu. Mais je ne croirai pas m’éloigner du sens naturel si je le fais servir à la pénitence. Car peut on mieux confesser la grandeur de Dieu que d’humilier le pécheur et le confondre devant sa face? Donc, fidèles, confondons-nous devant Dieu , de peur qu’H ne nous confonde en ce jour terrible. Prévenons sa juste fureur par la confusion de nos crimes. Descendons au fond de nos consciences où nos ennemis sont cachés. Descendons-y le flambeau à une main , et le glaive à I autre : le flambeau , pour rechercher nos péchés par un sérieux examen ; le glaive , pour les arracher jusqu’à la racine par une vive douleur. Cfest ainsi que nous préviendrons la colère de ce grand Dieu , dont la miséricorde nous a prévenus. 0 Marie, miraculeusement dispensée, singulièrement séparée, miséricordieusement prévenue, secourez nos faiblesses par vos prières; et obtenez-nous cette grâce, que nous prévenions tellement par la pénitence la vengeance qui nous poursuit, que nous soyons à la fin reçus dans ce royaume de paix éternelle avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
TROISIÈME SERMON
POUR U FÊTK
1)F. LA CONCEPTION DE LA Stb VIERGE.
l'RÊT-UÉ A LA COLB.
Confirment, de l> dévotion « li Vlerne. U eoopérillon a la saticlificatioD detàmrs. Règles qui doivent diriger l’exercice
dom Ma Vieeoe* P'™ ’ ^ *• "«• SS
lion, a U Vierge rt su, «alnla : les Imiter pour leur plaire H
VT" P™pic” Fnnaaet dévotion, gui déahorwrenl le chrUtUniame; Illusions de la plupart des chrétiens
Fccil mibi magna qui potens est.
U Tout- Puissant a fait en moi de gronda choses. Luc
Dans le dessein que je me propose de vous donner aujourd'hui une instruction chrétienne touchant la dévotion envers la Vierge bienheureuse, et de vous découvrir à fond les utilités infinies que vous en pouvez tirer, aussi bien que les divers abus qui en corrompent la pratique, j'entrerai d abord en matière, et sans vous ennuyer par un long exorde je partagerai mon discours en deux parties. La première établira les solides et inébranlables fondements de cette dévotion La seconde vous fera voir les règles invariables
A LA SAINTE VIERGE
ISS
qui doivent en diriger l'exercice. Cette doctrine nous servira S honorer chrétiennement ia trèssainte Vierge, non-seulement dans la fête de sa conception, mais encore dans toutes celles que la sainte succession de l'année ecclésiastique ramène de temps en temps à la piétédes fidèles. La conception de Marie , étant le premier moment dans lequel nous commençons de nous attacher à cette divine mère , pour de là l'accompagner persévéramment dans tous les mystères qui s’accomplissent en elle; je veux tâcher de vous inspirer, dés ce premier pas , des sentiments convenables & la piété chrétienne , et de former vos dévotions sur les maximes de l'Évangile.
Ne me dites pas , chrétiens , que cette idée est trop générale et que vous attendiez quelque chose qui fût plus propre et plus convenable à une si grande solennité. L'utilité des enfants de Dieu est la loi suprême de la chaire ; et je vous accorderai saus peine que je pouvais prendre un sujet plus propre à In fête que nous célébrons , pourvu aussi que vous m’accordiez qu'il n'y en a point de plus salutaire ni de plus propre à l'instruction de ce royal auditoire. Écoutez donc attentivement ce que j'ai à vous exposer touchant la dévotion pour la sainte Vierge : voyez quel en est le fondement , et quel en est l'exercice.
PBEU1ER POINT.
■ Personne, dit le saint apùtre ne peut poser • d'autre fondement que celui qui a été mis, c'est- ■ à-dire, Jésus-Christ. • Soit douccc divin Sauveur le fondement immuable de notre dévotion pour ia sainte Vierge; parce qu'en effet tout le genre humain ne peut assez honorer cette vierge mère depuis qu’il a reçu Jésus-Christ par sa bienheureuse fécondité. Élevez vos esprits, mes frères , et considérez attentivement combien grande, combien éminente est ia vocation de Marie , que Dieu a prédestinée avant tous les temps pour donner par elle Jésus-Christ au monde. Mais il faut encore ajouter que, Dieu l'ayant appelée à ce glorieux ministère, il ne veut pas qu’elle soit un simple canal d'une telle grâce, mais un instrument volontaire qui contribue à ce grand ouvrage, non-seulement par scs excellentes dispositions, mais encore par un mouvement de sa volonté. C'est pourquoi le Père éternel envoie un ange pour lui proposer le mystère, qui ne s'achèvera pas tant que Marie sera Incertaine; si bien que ce grand ouvrage de l'incarnation , qui tient depuis tant de siècles toute la nature en attente, lorsque Dieu est résolu de l’accomplir demeure encore en suspens , jusqu'à ce que la di-
< l. Cor. ai, il.
vine Viergey ait consenti : taut il a été nécessaire aux hommes que Marie ait désiréieur salut. Aussitôt qu'elle a donné ce consentement, les deux sont ouverts , le Fils de Dieu est fait homme, et les hommes ont un Sauveur. La charité de Marie a donc été en quelque sorte la source féconde d'où la grâce n pris son cours, et s’est répandue avee abondance sur toute la nature humaine. Et comme dit saint Ambroise, et après lui saint Thomas, « c'est de ses bénites entrailles qu'est sorti avec
■ abondance cet esprit de sainte ferveur qui , étant
■ premièrement survenu en elle, a inondé toute « la terre : » llterus Mariœ, Spiritu fervents qui supervenil in eam reptevit orbem terrarum , cum peperit Satvatorem « Elle a reçu , dit en- « core saiut Thomas , une si grande plénitude de > grâce, qu'elle est parvenue à une union très-
- intime avec l'auteur de la grâce, et a mérité
- de recevoir en elle celui qui est rempli de toutes
* les grâces : en l'enfantant elle a , en quelque
- manière , fait découler la grâce sur tous les
* hommes : » Tantam gratiœ obtinuit p/cnilutlincm . nfcsselpropinquisslma nuctori gratiœ; ita quod eum qui est plrnus omni gratia , in se reciperet, et eum pariendo, quodammodo gratiam ad omnes dérivant *.
Il a donc fallu , chrétiens, que Marie ait concouru, par sa charité, à donner au monde son libérateur. Comme cette vérité est connue , je ne m'étends pas a vous l'expliquer; mais je ne vous tairai pas une conséquence que peut-être vous n'avez pas assez méditée : c’est que Dieu , ayant une fois voulu nous donner Jésus-Christ par la sainte Vierge, cet ordre ne se change plus; et « les dons de Dieu sont sans repentance *. » Il est et sera toujours véritable, qu'ayant reçu par elle une fois le principe universel de la grâce, nous en recevions encore , par son entremise , les diverses applications dans tous les états différents qui composent la vie chrétienne. Sa charité maternelle ayant tant contribué à notre salut dans le mystère de l’incarnation, qui est le principe universel de la grâce , elle y contribuera éternellement dans toutes les autres opérations, qui u'en sont que des dépendances.
La théologie reconnaît trois opérations principales de la grâce de Jésus-Christ. Dieu nous appelle; Dieu nous justifie; Dieu nous donne la persévérance. La vocation, c'est le premier pas; la justification fait notre progrès; la persévérance conclut le voyage, et unit dans la patrie , ce qui ne se trouve pas sur la terre , le repos et la gloire.
* S. Jmbr. de îatt. Ttrg. np. XII, I. il, coJ. 2é7.
* S. Th. ni pari. Querti. X* VII, Jri. v, ad. |.
3 Rom. Xi. »
Its
SUR LA DEVOTION
Vous savez qu’en ces trois états l'influence de Jésus-Christ nous est nécessaire ; mais il faut vous foire voir, par les Écritures, que la chnrité de Marie est associée à ces trois ouvrages : et peutêtre ne croyez-vous pas que ges vérités soient si claires dans l’Évangile que j’espère de les y montrer en peu de paroles.
La grâce de la vocation nous est figurée par la soudaine illumination que reçoit le saint Précurseur dans les entrailles de sa mère. Considérez ce miracle ; vous y verrez uue image des pécheurs que la grâce appelle. Jean est ici dans l’obscurité des entrailles maternelles : où êtes- vous, ô pécheurs? dans quelle nuit ! dans quelles ténèbres 1 Jean ne peut ni voir ni entendre : pécheurs, quelle surdité semblable à la vôtre, et quel aveuglement pareil ; puisque le ciel tonne en vain sur vous partant de menaces terribles, et que la vérité ellemême, qui vous luit si manifestement dans l’Évangile , n’est pas capable de vous éclairer? Jésus vient à Jean sans qu’il y pense ; il le prévient, il parle à son cœur, il éveille et il attire ce cœur endormi, et auparavant Insensible : pensiez- vous à Dieu, ô pécheurs, quand il a été vous émouvoir par une secrèle touche de son Saint-Esprit? Dans cesténèbres où vous vous cachiez, quelle soudaine lumière vous a paru tout à coup comme un éclair I quel nouvel instinct a touché vos cœurs! Vous ne le cherchiez pas, et il vous appelait à la pénitence. [Cest lui qui inspire ces] dégoûts secrets , ces amertumes cachées, qui vous font regretter la paix et vous rappellent à la pénitence. Vous fuyiez, et il a bien su vous trouver. Mais s’il nous montre dans le tressaillement de saint Jean l'image des pécheurs prévenus, Il nous fait voir aussi que Marie concourt avec lui à ce grand ouvrage. Si Jean-Baptiste ainsi prévenu semble s’efforcer pour sortir de la prison qui l'enserre, c'est à la voix de Marie qu'il est excité : > Votre voix n'a
• pas plutôt frappé mon oreille lorsque vous m'a- » vez saluée, que mon enfant a tressailli de joie
• dans mon sein ’. » « C’est Marie, dit saint Am-
■ braise, qui a élevé Jean-Baptiste au-dessus de
• la nature ; et cet enfant, touché de sa voix , . avant que d'avoir respiré l’air, a attiré l’esprit - de la piété : » Le va vit {Maria) Joannem in ulcm conslilutum, qui ad vocem ejus exsilivit... prias sensu devolionis quam spirilus infusione vitalis animatus *. Et selon le meme saint Ambroise, < la grâce dont Marie fut rem-
■ plie était si grande , quelle ne conservait pas « seulement en elle le don de la virginité , mais
■ qu’elle conférait encore à ceux qu’elle visitait
1 Luc. I, «4.
3 De iml. Firg. cap- un, I. il , col. 29~
- la marque de l'innocence; * C.njtts tanta gra-
tta, ut non so/um in se virginitatis gratiam réservant ; sed etiam his quos visent, integrilatis insigne con/erret C’est â sa voix que
- l'enfant tressaille dans le sein desamère, obéis- « sant avant que d'être engendré. Il n'est pas
- étonnant qu'il ait persévéré dans une intégrité
> parfaite, lui que la mère du Sauveur oignit pen-
> dant trois mois comme de l'huile de sa présence « et du parfum de sa pureté ? ■ Ad vocem Maries exultavit infantntus, obsccvlus antequam genitus. Nec immerito mansit integer corpore, quem oleo quodam surs prœsentiæ et in tegritatis unguento, Domini mater exercuit
La justification est représentée dons les noces de Caua en In personne des apôtres. Car écoutez les paroles de l’évangéliste : Jésus changea l’eau en vin. « Ce fut là le premier des miracles de • Jésus , qui fut fait à Cnnn en Galilée; et il fit
- paraître sa gloire ; et ses disciples crurent en ■ lui *. ■ Les apôtres étaient déjà appelés, mais ils ne croyaient pas encore assez vivement pour être justifiés. Vous savez que - la justification » est attribuée à la foi * ; » non qu'elle suffise toute seule, mais parce qu’elle est le premier principe , et, comme dit le saint concile de Trente * , * la racine de toute grâce. » Ainsi le texte sacré ne pouvait nous exprimer en termes plus clairs la grâce justifiante ; mais il ne pouvait non plus nous mieux expliquer la part qu’a eue la divine Vierge à ce merveilleux ouvrage.
Car qui ne sait que ce grand miracle, sur lequel a été fondée la foi des apôtres , fut l'effet de la charité et des prières de Marie? Lorsqu’elle demanda cette grâce , Il semble qu'elle ait été rebutée. « Femme, lui dit le Sauveur, qu’y a- « t-il entre vous et moi? mon heure n'est pas en- « core x-enue i. » Quoique ces paroles paraissent rudes, et qu’elles aient un air de refus bien see, Marie ne se croit pas refusée. Elle connaît les délais miséricordieux, les favorables refus, les fuites mystérieuses de l’époux sacré. Elle sait tous les secrets par lesquels son amour ingénieux éprouve les âmes fidèles , et sait qu'il nous rebute souvent afin que nous apprenions à emporter par l'humilité, et par une confiance persévérante, ce que la première demande n’a pas obtenu. Marie ne fut pas trompée dans son attente. Que ne peut obtenir une telle mère à qui son fils accorde tout , lors même qu’il semble qu’il la traite le plus rudement ? et que ne lui donnera-t-il pas , quand l'heure sera venue de la glorifier avec
' De in Kl. f'irg. cap. vu, col. 361 . M2.
* Jmtn. u, 11.
* Rtm. IV , h.
* Set», vi, cap. P.
* Jo*n. il, 1.
A I.A SAINTE VIERGE
lui pur toute la terre; puisqu'il avance en sa hveur, comme dit saint JeanChrysostôme l'heure qu'il avait résolue? Jésus, qui semblait l’avoir refusée, fait néanmoins ce qu'elle demande.
Mais, messieurs, qui n’admirera que Jésus n'ait voulu faire son premier miracle qu’à la prière de In sainte Vierge? ce miracle en cela différent des autres : miracle pour une chose non nécessaire. Quelle grande nécessité qu’il y eût du vin dans ce banquet? Marie le désire, c’est assez. Qui ne sera étonné de voir qu'elle n’intervient que dans celui-ci, qui est suivi aussitôt d’une image si expçesse de la justification des pécheurs? cela s'est-il fait par une rencontre fortuite? Ou plutôt ne voyez-vous pas que le Saint- Esprit a eu dessein de nous faire entendre, ce que remarque saint Augustin en interprétant ce mystère , que « la vierge incomparable , étant
• mère de notre chef, selon la chair, a dû être
• selon l'esprit la mère de tous ses membres, en « coopérant par sa charité à la naissance spiri-
• tnelle des enfants de Dieu , ■ carne mater capitis nostri, spiritu mater membrorum ejus, quia cooperata est charitate ut filii Dci nascerentur iu Ecclesia ' ? Vous voyez que nous entendons ce mystère comme l'ont entendu, dès les premiers siècles , ceux qui ont traité avant nous les Écritures divines. Mais, mes frères, ce n'est fias assez qu’elle contribue à ia naissance des enfants de Dieu ; voyons la part que Jésus lui donne dans leur fidèle persévérance.
Paraissez donc, enfants de miséricorde et de grâce , d'adoption et de prédestination éternelle , fidèles compagnons du sauveur Jésus, qui persévérez avec lui jusqu'à la fin ; accourez à la sainte Vierge, et venez vous ranger avec les autres sous les ailes de sa charité maternelle. Chrétiens , je les vois paraître , et le disciple chéri de notre Sauveur nous les représente au Calvaire. Puisqu'il suitavecMarieJésus-Christ jusqu'à la croix, pendant que les autres disciples prennent la fuite ; puisqu’il s’attache constamment à ce bois mystique, qu’il vient généreusement mourir avec lui, il est la figure des fidèles persévérants, et vous voyez aussi que Jésus-Christ le donne à sa Mère :
• Femme, lui dit-il, voilà votre fils1. » * Elle
• est, dit saint Ambroise , confiée à Jean levan-
• géliste, qui ne connaît point le mariage. Aussi
• je ne m'étonne pas qu'il nous ait révélé plus de ■ mystères que tous les autres , lui à qui le trésor
• des secrets célestes était toujours ouvert : » Eademque postea Joanni cvangrlistieest tradita
» Jm Joan. Hom. un, L Vlli, p. 127.
1 De mue ta. f’irg n" 0 , t. vi , col. 343.
* Jean, xix, 2*.
confugium nescienti. Vntle non mirorprœ cœteris locutum mysteria divina, mi praisto erat aula cœtestium sacramentorum '. Chrétiens , j'ai tenu parole. Ceux qui savent considérer combien l'Écriture est mystérieuse , connaîtront , par ces trois exemples , que Marie est par ses pieuses intercessions la mere des appelés , des justifiés , des persévérants; et que sa charité féconde est un instrument général des opérations de la grâce. Par conséquent réjouissons-nous de sa conception bienheureuse; le ciel nous forme aujourd'hui une protectrice \ Car quelle autre peut parler pour nous , plus utilement que cette divine mère? C'est à elle qu'il appartient de parler au cœur de son (ils, où elle trouve une si fidèle correspondance. I.es sentiments de la nature sont relevés et perfectionnés , mais non éteints dans la gloire; ainsi elle ne craindra pas d’étre refusée. ■ L'nmour du fils parle pour les vœux de la
• mère , la nature elle-même le sollicite en sa fa-
• veur : on cède facilement aux prières , quand
■ on est déjà gagné par son amour même : • Affectas ipse pro te orat, nalura ipsa tibi postulat eilo animant qui suo ipsi amore su-
perantur ".
Par conséquent, mes frères, nous avons appuyé la dévotion envers la Vierge bienheureuse, sur un fondement solide et inébranlable. Puisqu'elle est si bien fondée , anathème à qui la nie , et ôte aux chrétiens un si grand secours. Anathème à qui la diminue, ii affaiblit les sentiments de la piété. Dirai-je anathème à qui en abuse ? Non, mes frères, iis sont enfants de l’Église; soumis à ses décrets, quoique ignorants de ses maximes : ne les soumettons pas à nos anathèmes , mais instruisons-les de ses règles. Car quel serait notre aveuglement, si, après avoir posé un fondement si solide, nous bâtissions dessus de vaines et superstitieuses pratiques ? Après donc que nous avons fondé nos dévotions , apprenons à les rectifier, et réglons-en l’exercice par les maximes de l’Église. Je vous dirai, chrétiens >
1 S. Ambr. de Inst. f'irg. cap. Tll ,1. Il , Col. 282.
* Je veux croire avec vous , messieurs, qu’elle n’a jamais eu de péché, elle qui , (onunc dit Pierre Clirysologue , était engagée au sauteur Jésus, et marquée pour lui par le Sairn- Esprit , dès le premier moment de son être. Provotai ad sponsam /est inus inlcrpres , ut humanœ desponsionis arceat et suspendat e/fcctum ; ne que au/erat ab Joseph virginem, sed reddat Chris to cui est pignorata eum Jteret. Pctr. Chrysol. Serai, cxl, de Annuntiat.
Nous avons cru devoir mettre en note ce passade, comme l'a fait O. Déforis, parce quVn cet endroit, ou il est placé dans le manuscrit , U interrompt le fil du discours , et ne se lie point avec ce qui suit. Il faut cependant observer que le lalin n'est pas dans le corps du sermon, mais à la marge. ( Édit, de Per* tailles. )
1 Salv. Ep. iv , p 199.
agk
SUR LA DÉVOTION
en peu de puretés, quel culle nous devons a Dieu , a In sainte Vierge, à tous les esprits bienheureux ; et e'est ma seconde partie.
SECOND POINT
La règle fondamentale de l'honneur que nous rendons à In sainte Vierge et aux bienheureux esprits, c’est que nous le devons rapporter tout entier à Dieu et à notre salut éternel. Car s’il n’était rapporté à Dieu , ce serait un acte purement humain , et non un acte de religion : et nous savons que les saints , étant pleins de Dieu et de sa gloire, ne reçoivent pas des civilités purement humaines. La religion nous unit à Dieu ; c’est de là qu’elle prend son nom, comme dit saint Augustin, etc’est par là qu’elle est déünie : Heligio, quod nos retigel omnipotent! Deo Ainsi toute notre dévotion pour la sainte Vierge est inutile et superstitieuse, si elle ne nous conduit à Dieu pour le posséder éternellement , et jouir de l’héritage céleste. Voilà la règle générale du culte religieux, c’est qu’il dérive de Dieu, et qu’il y retourne en se répandant sur ses saints , sans se séparer de lui.
Mais , pour descendre à des instructions plus particulières, je remarquerai quelques différences entre le culte des chrétiens et celui des idolâtres ; et quoiqu’il semble peu nécessaire de combattre les anciennes erreurs de l'idolâtrie, dans cette grande lumière du christianisme , toutefois la vérité paraîtra plus claire par cette opposition. Donc , mes frères , pour toucher d’abord le principe de tout le mal ; les anciens ne connaissant pas la force du nom de Dieu , qui ne conserve sa grandeur et sa majesté que dans l’unité seule , ont divisé la divinité par ses attributs et par ses fonctions différentes, et ensuite par les éléments et les autres parties du monde , dont ils obi fait un partage entre les aînés et les cadets comme d’une terre et d’un héritage : le ciel comme le plos noble et le principal domicile étant demeuré à leur Jupiter, et le reste étant échu à ses frères et à sa soeur, comme si la possession du monde pouvait être séparée en lots, et n’était pas solidaire et indivisible; ou que Dieu eiit été obligé d’aliéner son domaine, et d'en laisser à d’autres le gouvernement et la jouissance. Après qu’on eut commencé de violer la sainte unité de Dieu par l’injurieuse communication de ce nom incommunicable , on en vint successivement à une multiplication sans ordre et sans bornes, jusqu’à reléguer plusieurs dieux aux foyers, aux cheminées et aux écuries , ainsi que saint Augustin le reproche aux Romains et aux Grecs. On
* De Fer. Rel. n° 1 13, 1. 1 , col. 7 «H. De Civil. Dei. lit». x , cap. Ml , I. Vil , col. 240.
en mit trois à la seule porte ; et - au lieu, dit ce « saint évêque, qu’un seul homme suffit pour
• garder la porte d’une maisou , les Grecs ont
• voulu qu’il y eût trois dieux : ■ L’num quisgue domui suœ ponit ostiarium ; et quia homo est, omnino sufficit : très deos isti posuerunt A quel dessein tant de dieux, sinon pour déshonorer ce grand nom et en avilir la majesté? Ne pensez pas, chrétiens, que ce soit une inutile curiosité qui me fasse remarquer ces choses. Considérez combien le genre humain , qui a pu donner créance durant tant de siècles à ces erreurs insensées , était livré avant Jésus-Christ à la puissance des ténèbres ; et de quai prodigieux aveuglement nous a tirés le Sauveur, par la lumière de son Évangile. < Rendons grâces à Dieu pour son « ineffable don : - Gratins Deo super inenarrabili dono ejus •.
Pour nous, nous n’adorons qu’un seul Dieu tout-puissant , créateur et dispensateur de toutes choses, au nom duquel nous avons été consacres par le saint baptême ( A grâce mal conservée! 6 foi violée trop facilement ! ) et en qui seul nous reconnaissons une souveraineté absolue, une bonté sans mesure , et la plénitude de l’être. Nous honorons les saints et la bienheureuse Vierge , non par un culte de servitude et de sujétion ( car nous sommes libres pour tout autre, et ne sommes assujettis qu’à Dieu seul dans l’ordre de la religion ) ; mais . nous les honorons , dit saint
• Ambroise 5 , d’un honneur de charité et de so- « ciété fraternelle : • Honoramus eos charitate, non servitute, comme dit saint Augustin *; et nous révérons en eux les miracles de la main du Très-Haut, la communication de sa grâce, l’épanchement de sa gloire , et la sainte et glorieuse dépendance par laquelle ils demeurent éternellement assujettis à ce premier être , auquel seul nous rapportons tout notre culte comme au seul principe de tout notre bien, et nu terme unique de tous nos désirs. Ne soyons donc pas de ceux qui pensent diminuer la gloire de Dieu et de Jésus-Christ, quand ils prennent de hauts sentiments de la sainte Vierge et des saints.
Telle est la vaine appréhension des ennemis de l’Église. Mais , certes , c’est attribuer à Dieu une faiblesse déplorable que de le rendre jaloux de ses propres dons et des lumières qu’il répand sur ses créatures : car que sont les saints et la sainte Vierge , que l’ouvrage de sa main et de sa grâce? Si le soleil était animé, il n’aurait point de ja-
’ De fer. Rel. u- 113, t. I, col 7*. Ut Civil. Dei. lib. iv, cap. vm, t. vu, col. 04.
*11. Cor. u, IB.
* Lib. de Fid. tom. il, col. 3oo.
I * De Fer. Relig. n* 1 10, 1. i, col. 7*7, lib. ixi , roui. fatuL : I. xtll, col. 347.
ogle
A LA SAINTE VIERGE
lousie en voyant - In lune qui préside ù la nuit , » comme dit Moïse ‘ , par une lumière si claire , parce que toute sa clarté dérive de lui ; et que c'est lui-méme qui nous luit et qui nous éclaire , par la réflexion de ses rayons. Quelque haute perfection que nous reconnaissions en Marie , Jésus- Christ pourrait-il en être jaloux , puisque c’est de lui qu'elle est découlée, et que c'est a sa seule gloire qu'elle se rapporte? C'est une erreur misérable. Mais ils sont beaucoup plus dignes de compassion lorsqu'ils nous accusent d'idolâtrie dans la pureté de notre culte, et qu'ils en accusent avec nous les Ambroise, les Augustin et les Chrysostôme, dont ils confessent eux -mêmes, je n'impose pas, que nous suivons la doctrine, la pratique et les exemples. Il ne faut pas que des reproches si déraisonnables , qu'ils font avec tant d'aigreur à l'Église catholique, nous aigrissent nous-mêmes contre eux; mais qu'ils nous fassent déplorer les excès où sont emportés tes esprits opiniâtres et contredisants, et nous iuspirent, par la charité, un désir siucëre de les ramener et de les instruire.
Comme nous n'avons qu’un seul Dieu, aussi n'avons-nous qu'un médiateur universel ; et c’est celui qui nous a sauvés par son sang. Quelques philosophes païens estimaient que la nature divine était inaccessible aux mortels , qu’elle ne se mêlait pas immédiatement et par elle-même dans les affaires humaines , ou sa pureté , disaient-ils, se serait souillée ; et que , ne voulant pas que des créatures si faibles que nous pussent aborder son trône , elle avait disposé des médiateurs entre elle et nous , qu’ils appelaient pour cela des dieux mitoyens. Nous rejetons cette doctrine , puisque le Dieu que nous servons nous a créés de sa propre main â son image et ressemblance. Nous croyons qu'il nous avait faits dans notre première institution pour converser avec lui ; et si nous sommes exclus de sa bienheureuse présence et d’une si douce communication , c’est parce que nous sommes devenus pécheurs. Le sang de Jésus-Christ nous a réconciliés , et ce n’est qu’au nom de Jésus que nous pouvons désormais approcher de Dieu. C'est en ce nom que nous prions pour nous-mêmes ; c’est en ce nom que nous prions puur tous les fidèles : et Dieu , qui aime la charité et la concorde des frères , nous écoute favorablement les uns pour les autres. Ainsi nous ne doutons pas que les saints , qui régnent avec Jésus-Christ, ne soient des Intercesseurs agréables, qui s’intéressent pour nous. Parceque nous sommes ehers à Dieu , tous ceux qui sont avec Dieu sont des nôtres : oui , tous les esprits bien-
1 ï<au 1,1t.
heureux sont nos amis et nos frères ; nous leur parlons avec confiance , et , quoiqu'ils ne paraissent pas â nos yeux , notre fol nous les rend présents : leur charité aussi en même temps nous les rend propices , et ils concourent à tous les vœux que la piété nous Inspire. Mais écoutez , chrétiens , « une doctrine plus utile et plus excel- « lente : » Adhue exeet/entiorem r iam vobis demon.ilro '. Les idolâtres adoraient des dieux coupables de mille crimes. On ne pouvait les honorer sans profanation, parce qu'on ne pouvait le» imiter sans honte. Mais voici la règle du christianisme , que je vous prie de graver en votre mémoire, las chrétien doit imiter tout ce qu'tl honore : tout ce qui est l’objet de notre culte doit être le modèle de notre vie *.
Le psnlmiste , après avoir témoigné son zèle contre les idoles muettes et insensibles que les païens adoraient , conclut enfin en ces termes : « Puissent leur ressembler ceux qui les servent « et qui mettent en elles leur confiance ! » Similes eis fiant gui faciuni en 1 1 II voulait dire, messieurs , que l’homme se doit conformer à ce qu'l' adore; et ainsi que les adorateurs des Idoles mé ritent de devenir sourds et aveugles comme elles. Mais nous qui adorons un Dieu vivant , nous devons être vivants comme lui d'une véritable vie. Il faut que • nous soyons saints, parce que le « Dieu que nous servons est saint *■ > Il faut que nous « soyons miséricordieux , parce que notre « Père céleste est miséricordieux s ; • et que nous pardonnions comme il nous pardonne *. • [ Il « fait lever ] son soleil sur les bons et sur les
• mauvais » ; » nous [ devons étendre de même j notre charité sur nos amis et sur iras ennemis. Il faut que nous « soyons des adorateurs spirituels , « et que nous adorions en esprit , parce que Dieu
• est Esprit » Enfin « nous devons nous rendre « parfaits, dit le Fils de Dieu, parce que celui
• que uous adorons est parfait s. >
Quand nous célébrons les saints , est-ce pour augmenter leur gloire? ils sont pleins, ils sont comblés ; c'est pour nous inciter à les suivre. Ainsi , à proportion , quand nous les honorons pour l'amour de Dieu , nous nous engageons à les imiter. C'est te dessein de l’Église dans les (êtes qu'elle célèbre à leur honneur ; et elle déclare son intention par cette belle prière : • O Seigneur! » donuez nous la grâce d’imiter ce que nous ho-
1 I. Cor. ni, ai.
• S. Àog. do Civil. Dri , tlb. Vlll , cap. IVII , I. vu, coi. SM
• Pi. exiu, la.
1 Levit. ai, «4.
‘ Luc. Tl , M.
• Uatth. VI, la.
1 Ibid. V , 46.
» Joao. V, 24.
9 S/olth. V, 46.
SUR LA DÉVOTION
• noroîts > . » > Autant île fîtes que nous célébrons,
• dit saint Basile de Séleucie , autant de tableaux
• nous sont proposés pour nous servir de modè-
• les. » • Les solennités des martyrs, dit saint « Augustin * , sout des exhortations au mar-
■ tyre : » « Les martyrs, dit le même Père *, ne
• se portent pas volontiers à prier pour uous ,
« s'ils n'y reconnaissent quelques-unes de leurs « vertus. * C’est donc la tradition et la doctrine constante de l'Église catholique, que la partie la plus essentielle de l 'honneur des saints c'est de savoir profiter de leurs bons exemples. En vain nous célébrons les martyrs , si nous ne tâchons de nous conformer à leur patience. Il faut être pénitent et mortifié comme les saints confesseurs , quand on célèbre la solennité des saints confesseurs; il faut être humble, pudique et modeste comme les vierges, quand on honore les vierges, mais surtout quand on honore la Vierge des vierges.
Vous donc, A enfants de Dieu, qui désirez d'être heureusement adoptés par la mère de notre Sauveur soyez ses fidèles imitateurs, si vous voulez être ses dévots. Vous récitez tous les jours cet admirable cantique que la sainte Vierge a commencé en ces termes : Magnificat anima mea Dominum, et exultavil spirilles meus in Dca saiutan meoi * * * * : * Mon âine glorifie le Sel-
• gneur, et mon esprit est ravi de Joie en Dieu
• mon Sauveur. » Quand nous récitons son cantique , imitons sa piété, dit excellemment saint Ambroise s : « Que l'âme de Marie soit en nous
■ tous pour glorifier le Seigneur; que l'esprit de « Marie soit en nous pour nous réjouir en Dieu : * SU in singulis Maria anima, ut magnificct Dominum; sitin singulis spiritus Mariœ, ut exultet in Deo. Nous admirons tous les jours cette pureté virginale qui l’a rendue si heureusement féconde , quelle a conçu le Verbe de Dieu en ses entrailles. - Sachez, dit le même Père6, « que toute âme chaste et pudique qui conserve « sa pureté et son innocence , conçoit la Sagesse « éternelle en elle-même, et qu’elle est remplie
• de Dieu et de sa grâce, a l'imitation de Marie : > Omnis enim anima accipit Dei Yerbum, si tamen , immaculata et immunis a vitiis, intemerato caslimoniam pudore custodiat.
Souffrez, mesdames, que je vous propose comme le modèle de votre sexe celle qui en est la gloire. On aime à voir les portraits et les caractères des persounes illustres. Qui roc donnera
i Colltct. in dis S. Strph.
* Apprnd. Scrm. ccxxv, n* I, 1. T . col. 370
* Ibid. Sertn. cCXClt , n* I , t. » , Col 4M.
• inc. 1 , 40 . 47.
» S. Amb- lit», n, n* », in Luc. Bvang. cap. 1, 1 1, enl. 1790.
• Ibid.
des traits assez délicats pour vous représenter aujourd'hui les grâces pudiques , les chastes et immortelles beautés de la divine Marie? Les peintres hasardent tous les jours des images de la sainte Vierge, qui ressemblent à leurs idées et non à elle. Le tableau que je trace aujourd'hui et que je vous invite , messieurs , et vous principalement, mesdames, de copier dans votre vie, est tiré sur l'Évangile; et il est fait, si je l’ose dire , après le Saint-Esprit même. Mais remarquez que cette Écriture ne s'occupe pas à nous faire voir les hautes communications de la sainte Vierge avec Dieu , mais les vertus ordinaires, afin qu'elle puisse être un modèle d'un usage commun et familier. Donc le caractère essentiel de la bienheureuse Vierge , c’est la modestie et la pudeur : elle ne songeait ni à se faire voir, quoique belle; ni à se parer, quoique jeune; ni & s'agrandir, quoique noble; ni à s’enrichir, quoique pauvre. Dieu seul lui suffit et fait tout son bien. Combien est-elle éloignée de celles dont on voit errer de tous cêtés les regards hardis , et qui se veulent aussi faire regarder par leurs mines et leurs façons affectées I Marie trouve ses délices dans sa retraite; et estai peu accoutumée à la vue des hommes, qu'elle est même troublée à l'aspect d’un ange. ■ Elle fut donc « troublée , dit l'historien sacré ' , A la parole de
• l'ange; et elle pensait en elle-même quelle pou-
• vait être cette salutation. - Mais remarquez ces paroles : Elle est troublée , et elle pense : elle est toujours sur ses gardes, et la surprise n’étouffe pas en son âme, mais plutêt elle y éveille la réflexion. ■ Ainsi sont faites les âmes pudiques : 4 on les voit toujours craintives, jamais assu- « rées; elles tremblent où II n'y a rien à appré-
• hender, afin de trouver la sûreté dans le péril
• même : elles soupçonnent partout des embû- 4 ches, et craignent moins les Injures que les 4 complaisances , moins ce qui choque que ce qui 9 platt, moins ce qui rebute que ce qui attire : ■ Soient virgines, qme vers virgines sunt, sem perpavidœ et nunquam esse securce ; et ut caveanl timida, etiam tuta pertimescere.... Quidquid novum, quidquid subitum ortum fueril, suspectas habenl insidias, latum contra se œstimanl machinatum *. [Il n'en est pas ainsi de ces femmes mondaines qui] tendent des pièges où elles sont prises.
Mais , admirez qu'elle pense et qu'elle ne parle pas ; elle n'engage pas la conversation : elle ne s'épanche pas en discours et en questions curieuses , inutiles. Où sont celtes qui se piquent de tirer le
1 Luc. I, 29.
> S. Dent, super Missus est; lil , 1. 1, col. 747
A LA SALETE VIERGE.
plus iuîimc secret des cœurs , et de pénétrer ce qu'il y a de plus caché? Quelles apprennent de Marie à être attentives, et non curieuses et inquiètes; à veiller ou dedans , plutôt qu’à se répandre nu dehors. Elle parle toutefois quand la nécessité l’y oblige , quand le soin de sa chasteté le demande. On lui propose d'étre mère du Fils du Très-Haut; quelle femme ne serait point touchée d'une fécondité si glorieuse? ■ Cora- ■ ment, dit-elle , serai-je mère, si j’ai résolu d’étre
• toujours vierge ■ ? « Elle est prête à refuser des offres si glorieuses et si magnifiques , que l’ange lui fait de la part de Dieu. Elle n’est point flattée de cette gloire ; et plus touchée de son devoir que de sa grandeur, elle commence à craindre pour sa chasteté. O amour de la chasteté : qui n'est pas seulement au-dessus de toutes les promesses des hommes ; mais qui est, pour ainsi dire, à l’épreuve de toutes les promesses de Dieu même! L'ange lui explique le divin mystère et le secret inouï de sa miraculeuse maternité. Elle parle une seconde fois pour céder à la volonté divine : « Voici, dit-elle, la servante du Seigneur; qu’il - me soit fait selon votre parole *. • Heureuse de n’avoir parlé que pour conserver sa virginité et pour témoigner son obéissance!
Mais admirez sa modestie : dans un état de gloire qui surprend les hommes et les anges, elle ne se remplit pas d'elle-même ni des pensées de sa grandeur ; renfermée dans sa bassesse profonde , elle s'étonne que Dieu ait pu arrêter les yeux sur elle, «lia, dit-elle , regardé la bassesse « de sa servante \ * Bien loin de se regarder comme la merveille du monde, auprès de qui chacun se doit empresser, elle va chercher ellemême sa cousine sainte Elisabeth; et plus soigneuse de se réjouir des avantages des autres, qae de considérer les sieus, elle prend part aux grâces dont le ciel avait honoré la maison de sa parente. Elle célèbre avec elle les miracles qui se sont accomplis en elle-même , parce qu'elle l’cn trouve instruite par le Saint-Esprit. Partout ailleurs elle écoute, et garde un humble silence.
• Elle conserve tout en son cœur L > Ainsi elle condamne tous ceux qui ne se sentent pas plutôt le moindre avantage, qu'ils fatiguent toutes les oreilles de ce qu’ils ont dit , de ce qu'ils ont fait , de ce qu'ils ont mérité ; et fait voir à toute la terre, par son incomparable modestie, qu'on peut être grand sans éclat , qu'on peut être bienheureux sans bruit , et qu’ou peut trouver la vraie gloire sans le secours de la renommée , dans le simple témoignage de sa conscience.
1 Luc. 1 , 34.
< Ibid. as.
• Ibid. «s.
• Ibid. Il , 19.
B045CI.T. — T. ni
Telle est , messieurs , celte Vierge dont je vous dis encore une fois que vous ne serez jamais les dévots, si vous n'en êtes les imitateurs. Dressez aujourd’hui en son honneur une image sainte, soyez vous- mêmes son image. * Chacun , dit saint « Grégoire de Nysse ■ , est le peintre et le scutp- - teur de sa vie. ■ Formez lu vôtre sur la sainte Vierge, et soyez de fidèles copies d' un si parfait original. Réglez donc votre conduite sur ce beau modèle. Soyez humbles , soyez pudiques , soyez modestes ; méprisez les v unités du monde et toutes les modes ennemies de l'honnêteté. Que les habits officieux envers la pudeur cachent fidèlement, mesdames, ce qu'elle ne doit pas laisser paraitre : si vous plaisez moins , par là vous plairez à qui il faut plaire ; et que le visage, qui doit seul être découvert , parce que c’est la que reluit l’image de Dieu , ait encore sa couverture convenable, et comme un voile divin, par la simplicité et la modestie. Marie avouera que vous l’honorez quand vous imiterez ses vertus : elle priera pour vous, quand vous serez soigneuses du plaire à son fils ; et vous plairez à son fils , quand il vous verra semblables à la mère qu'il a choisie. . Jusqucsici, chrétiens, j'ai tâché de vous faire voir que la véritable dévotion pour la sainte Vierge et pour les saints, c'éSt celle qui nous persuade de nous soumettre à Dieu à leur exemple , et de chercher nvec eux le bien véritable, c’est-à-dire, notre salut éternel, par la pratique des vertus chrétiennes , dont ils ont été un parfait modèle. Maintenant il sera aisé de condamner, par la règle que nous avons établie , toutes les fausses dévotions qui déshonorent le christianisme. Et premièrement, chrétiens, ce qui corrompt nos dévotions jusqu'à la racine, c’est que, bien loin de les rapporter à notre salut , nous prétendons les faire servir à nos intérêts temporels. Démentez-moi , mes frères, si je ne dis pas la vérité. Qui s'avise de faire des vœux et de demander du secours aux saints contre scs péchés et ses vices, leurs prières pour obtenir sa conversion? Ces affaires importantes qu'on recommande de tous côtés dans nos sacristies , ne sont-elles pas des affaires du monde? Fît plut à Dieu du moins quelles fussent justes; et que, si nous ne craignons pas de rendre Dieu et ses saints les ministres et les partisans de nos intérêts, nous appréhendions du moins de les faire complices de nos crimes! Nous voyons régner en nous sans .inquiétude des passions qui nous tuent , et jamais nous ne prions Dieu qu'il nous en délivre. S’il nous arrive quelque maladie, ou quelque afluirc fâcheuse dans notre famille, c'est alors que nous
| 1 De Perf Chris tin ni forma , t. itl , p. 388.
Si: R LA DÉVOTION
commençons à faire (les ncuvaines à tous les autels et à tous les saints, etàcharger véritablement le ciel de nos vœux : car est-il rien qui le fatigue davantage et qui lui soit plus & charge que des vœux et des dévotions basses et intéressées? Alors on commence à sc souvenir qu'il y a des malheureux qui gémissent dans les prisons, et des pauvres délaissés qui meurent de faim et de maladie dans quelque coin ténébreux. Alors, charitables par intérêt et pitoyables patforce , nous donnons peu à Dieu pour avoir beaucoup; et très-contents de notre zèle, qui n'est qu’un empressement pour nos intérêts, nous croyons que Dieu nous doit tout , jusqu'à des miracles, pour satisfaire aux désirs de notre amourpropre. O Éternel , tels sont les adorateurs qui remplissent vos églises! sainte Vierge, esprits bienheureux, tels sont ceux qui vous veulent faire leurs intercesseurs! ils vous chargent de la sollicitation de leurs affaires, ils prétendent vous engager dnns les intrigues qu'ils méditent pourt élever leur fortune , et ils veulent que vous oubliiez que vous avez méprisé le monde dans lequel ils vous prient de les établir. O Jésus, telles sont les dispositions de ceux qui se nomment vos disciples! O que vous pourriez dire avec raison ce que vous disiez autrefois* : « La foule nt'ac- « cable : ■ Tu rbw me comprimunt' ! Tous vous pressent , aucun ne vous touche ; cette troupe qui environne vos saints tabernacles est une troupe de J uifs mercenaires qui ne vous demande qu'une terre grasse et des rivières coulantes de lait et de miel , c’est-à-dire , des biens temporels ; commesi nous étions encore dans le désert de Sina , et sur les bords du Jourdain, et parmi les ombres de •Moïse, et non dans les lumières et sous l’Évangile de celui qui a prononcé que ■ son royaume » n’est pas de ce monde : ■ lleynum meum non est île hoc murnlo'.
Je ne veux pas dire toutefois qu’il nous soit défendu d'employer les saints pour nos besoins temporels; puisque Jésus-Christ nous a enseigné de demander à son Père notre nourriture , et que la sainte Vierge n’a pas dédaigné de représenter à son fils que le vin manquait dans les noces de Cann. Demandons donc avec confiance notre pain de tous les jours; et entendons par ce mot , si vous le voulez, non-seulement les nécessités, mais encore, puisque nous sommes si faibles, les commodités temporelles ; je n’y résiste pas : mais du moins n'oublions pas que nous sommes chrétiens, et que nous attendons une vie meilleure.
* C*«t ftllot Picrr» el In autre» disciple» qui dirent à Jésus-Christ : Prerceptor, tnrbæ te comprimunt. {Edit, de Diforis. 1
* t.UC. VIII , 45.
* Jottn. Wlll, 3i».
Considérez en quel rang est placée cette demande : elle est placée au milieu de l'Oraison dominicale , nu milieu de sept demandes; tout ce qui précède et tout ce qui suit est spirituel. Devant , nous sanctifions le nom de Dieu ; nous souhaitons l'avénement de son règne , nous uous conformons à sa volonté : «près, nous demandons humblement la rémission des péchés; la protection divine contre le malin , et la délivrance du mal : au milieu est un soin passager des nécessites temporelles, qui est pour ainsi dire tout absorbé par les demandes de l’esprit. Kncore ce pain de tous les jours, que nous demandons, at-il une double signification. Il signifie la nourriture des corps , et il signifie encore la nourriture de l’âme; c’est-à-dire, l’eucharistie , qui est le pain véritable des enfants de Dieu : tant Jésus a appréhendé que le soin de ee corps mortel et de cette vie malheureuse ne nous occupât tout seul un moment! tant ii a voulu nous tenir toujours suspendus dans l’attente des biens futurs et de la vie éternelle! Nous, nu contraire, nous venons prier quand les besoins humains nous en pressent. A force de recommander à Dieu nos malheureuses affaires, l’effort que nous faisons pour l’engager avec tous ses saints dans nos intérêts fait que nous nous échauffons nous-mémes dans rattachement que nous y avons. Ainsi nous sortons de la prière, non plus tranquilles ni plus résignés à In volonté de Dieu , ni plus fervents pour sa sainte loi, mais plus ardents et pli 8 échauffés pour les choses de la terre. Aussi vous voit-on revenir, quand les affaires réussissent mal, non avec ces plaintes respectueuses qu’une douleur soumise répand devant Dieu pour les faire mourir à ses pieds, mais avec de secrets murmures et avec un dégoût qui tient du dédain.
Chrétiens , vous vous oubliez ; le Dieu que vous priez est-il une idole dont vous prétendez faire ee que vous voulez , et non le Dieu véritable qui doit faire de vous ce qu’il veut? Je sais qu’il est écrit que « Dieu fait la volonté de ceux qui le « craignent 1 ; * mais il faut donc qu’ils le craignent et qu’ils se soumettent à lui dans le fond du cœur. « I/oraison , dit saint Thomas, est une « élévation de l'esprit à Dieu , » ascensio menf/s in Deum \ Par conséquent il est manifeste , conclut ic docteur angélique, que celui-là ne prie pas, qui, bien loin de s’élever à Dieu, demande que Dieu s'abaisse à lui , et qui vient à l’oraison non point pour exciter l’homme à vouloir ce que Dieu veut , mais seulement pour persuader à Dieu de vouloir ce que veut l’homme. Qui pourrait supporter celte irrévérence? Aussi, nous, hommes
1 Pi. CXLIV, 17.
* 2. 2. Qu<nt. L\\\ni , Art. lt firf 2.
A LA SAINTE VIERGE
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diarnels, nous avisons-nous d'un autre artifice : si nous n’osons espérer de tourner Dieu à notre mode, nous croyons pouvoir fléchir plus facilement la sainte Vierge et les saints, et les faire venir à notre point , a force de les flatter par nos louanges ou ù force de les fatiguer par nos prières empressées. Ne croyez pas que j'exagère : nous traitons avec les saints comme avec des hommes ordinaires, que nous croyons gagner aisément par une certaine ponctualité et par quelque assiduité de petits services; et nous ne considérons pas que ce sont des hommes divins,
« qui sont entrés, comme dit David1, dans les - puissances du Seigneur, » dans les intérêts de sa gloire , dans les sentiments de sa justice et de sa jalousie contre les pécheurs, aussi bien que dans ceux de sa bonté et de sa miséricorde.
0 Dieu! les hommes ingrats abuseront ils toujours des bienfaits divins, et les verrons-nous toujours si aveugles que d’aigrir leurs maux par les remèdes? Car quelle est cette dévotion pour la sainte Vierge, que je vois pratiquée par les chrétiens? Ils se font des lois, et ils les suivent; ils s’imposent des obligations, et ils y sont ponctuels. Cependant ils méprisent celles que Dieu leur impose, et violent hardiment ses lois les plus saintes; dignes certes de cette terrible malédiction que Dieu prononce par la bouche de son prophète * : Malheur à vous « qui cherchez dans * vos dévotions, non ma volonté, mais la vôtre! « C’est pourquoi , dit le Seigneur, je déteste vos « observances : vos oraisons me font mal nu « cœur; j’ai peine à les supporter : • Laboravi stutincru. En effet, quelle religion ! nous croyons avoir tout fait pour la sainte Vierge, quand nous avons élevé sa gloire au-dessus de tous les chœurs des anges , et porté sa sainteté jusqu’au moment de sa conception. Mes frères, je loue votre zèle; et je sais que sa dignité surpasse encore de bien loin toutes vos pensées. Mais si la tache originel le vous fait tant d’horreur, que vous ne pouvez la souffrir en la sainte Vierge, que ne combattez- vous en vous-mêmes l’avarice , l’ambition , la sensualité, qui en sont les malheureux restes? Celui-là est inquiété, s’il n’a pas dit son chapelet et ses autres prières réglées; ou s’il manque quelque are, Maria , ù In dizaine : je ne le blâme pas, à Dieu ne plaise! je loue dans les exercices de piété une exactitude religieuse. Mais qui pourrait supporter qu’il arrache tous les Jours sons peine quatre ou cinq préceptes à l’observnncc du saint Décalogue , et qu’il foule aux pieds sans scrupule les plus saints devoirs du christianisme? Étrange illusion, dont l’ennemi du genre humain nous
1 Pb. lxx , 17.
1 lt. ttlU, 12, 13, II.
fascine! Il ne peut arracher du cœur de l’homme le principe de religion qu’il y voit trop profondément gravé; il lui donne, non son emploi légitime , mais un dangereux amusement , afin que, déçus par cette apparence, nous croyions avoir satisfait par nos petits soins aux obligations sérieuses que la religion nous impose : détrompezvous, chrétiens. Priez la sainte Vierge, je vous y exhorte. Elle nous fortifiera dans les tentations, elle nous impétrera la chasteté qui nous est s! nécessaire; elle nous obtiendra du lin pour notre banquet, c’est-à-dire , ou de la charité dans notre conduite , ou du courage parmi nos langueurs. Mais écoutez comme elle parle dans les noces de Cana à ceux pour lesquels elle a tant prié : * Fai- • tes ce que mon fils vous ordonnera : *• Qttoclcumque dix? rit vobisy facile'. J’ai prié, j’ai intercédé ; mais faites ce qu’il vous dira : c’est à cette condition que vous verrez le miracle et l’effet de mes prières. Ainsi je vous dis , mes frères : Attendez tout de Marie, si vous êtes bien résolus de faire ce que Jésus vous commandera ; c’est la loi qu’elle vous prescrit elle-même.
Mais vous me dites : Où me poussez-vous? quitterai-je donc toutes mes prières, jusqu a ce que j’aie résolu de me convertir tout à fait à Dieu; et vivrai-je, en attendant, comme un infidèle? Non, mes frères, à Dieu ne plaise! Dites toujours vos prières; j’aime mieux vous voir pratiquer des dévotions imparfaites, que de vous voir mépriser toute dévotion et oublier que vous êtes chrétiens. Le médecin qui vous traite d’une maladie dangereuse et habituelle, vous ordonne des remèdes forts; mais il ordonne aussi des fomentations et d’autres remèdes plus doux. Vous pratiquez les derniers, et vous n'avez pas le courage de .souffrir les autres; il vous avertit sagement que vous n’acheverez pas votre guérison. Vous vous Irrilez contre lui, ou plutôt contre vous-même ; et v ous lui dites que vous quitterez tout régime , et que vous laisserez à l’abandon votre santé et votre vie. Il ne s’aigrit pas contre vous ; et il regarde votre chagrin comme une suite fâcheuse ou plutôt comme une partie de votre mal, et il vous répond : Ne le faites pas; prenez toujours ces remèdes , qui du moins ne vous peuvent nuire et qui peut-être soutiendront un peu la nature accablée. Mais à la fin vous périrez sans ressource, si vous ne faites de plus grands efforls pour votre santé. Ainsi je vous dis, mes frères : Pratiquez ces dévotions , faites ces prières; j’aime mieux cela qu’un oubli total et de Dieu et de vous-mêmes. Mais ne vous appuyez pas sur ces légères pratiques; elles empêchent
* Joan il, &.
SUR LA NATIVITÉ
peut-êirc nn plus grand malheur : c'est-à-dire , l'impiété toute déclarée, et le mépris tout manifeste de Dieu ; et c’est pour cela qu'on nous les souffre : mais sache/, qu'elles n'avancent pas votre guérison , et que , si vous y mettez votre appui, elles en seront bien plutôt un perpétuel obstacle. Car écoutez ce que le Saint-Esprit a dit de vos œuvres et de vos dévotions superstitieuses :
- Ils ne cherchent pas Injustice et ne jugent pas
- droitement. Ils mettent leur confiance dans des « choses de néant , et ils s'amusent à des vanités.
• La toile qu’ils ont tissue est une toile d'araignée ;
■ et pour cela, dit le Seigneur, leur toile ne sera « pas propre fi les revêtir, et ils 11c seront point
■ couverts de leurs œuvres. Car leurs œuvres sont
• des œuvres inutiles, et leurs pensées sont des
• pensées vaincs. Ils marchent dans un chemin de
• désolation et de ruine : > Aon est qui invocct juslitiam, nec qui judicet vert’ : conftdunt in ni/iitô et loquuntur vandales.. .. Telus araneœ texuerunt.... Telœ eorum non crunt in vestitnenlum, ncque opcricnlur ojieribus suis : opéra eorum , opéra inutilia... cogitationcs corum , cogitaliones inutiles : vastitas et contrilio in viis eorum
Telle est la juste sentence que le Saint-Esprit a prononcée contre ceux qui mettent leur dévotion dons des pratiques si minces , permettez-moi la liberté de ce mot, et qui négligent cependant de Caire des fruits dignes de pénitence, selon le précepte de l'Évangile. leur piété superficielle ne sera pas capable deles couvrir; leur iniquité sera révélée, et leur pauvreté leur fera honte. Ils seront jugés par leur bouche, ces mauvais serviteurs; et les saints qu’ils auront loués les condamneront par leurs exemples. Voulez-vous donc être dévots à la sainte Vierge , en sorte que cette dévotion vous soit profitable? Soyez chastes, soyez droits, soyez charitables; faites justice A la veuve et A l’orphelin , protégez l’oppressé , soulagez le pauvre et le misérable. En faisant des œuvres de surabondance, gardez-vous bien d’oublier celles qui sont de nécessité. Attachezvous à la loi, suivez le précepte de Jésus-Christ : Quœcumque dixerit, facile : « Faites ce qu’il
• ordonne, > et vous obtiendrez ce qu'il promet. Amen.
/•.ui, s, s, 7.
PREMIER SERMON
POl’ K LE JOl'R
DE LA NATIVITÉ DE LA SAINTE VIERGE