SCENE PREMIERE
MAirriAl., puis GENEVIEVE.
MAUTIAL, étendu dans un/auteall^ un morceau de pain cl la main. Dieu !... quel i)OU air que ce Saint-IMandcI... Il n*est que Ijuit heures du matin , et vl'à déjà mon troisièino déjeuner !.. .
GKI\UVli:\r: , lui frappant sur Vcpaidr.
(lonrniand I ...
11 \UTI\r, , faisant un suulncsaut. Oli î . . .
A diolto (lu spectateur, une fenOfre garnie de pots de fond, ouvrant sur un vestibule. Meubles simples. A Peuipire. Un guéridon.
inaine Martiall... ma femme... que c'est bête de faire des peurs connue ca!..
GE^'EVll:vl::, a^ec ironie. Et poltron pardessus le niarclié. A cette tournure liéroique,qui est-ce qui reconnaîtrait un débris de la (jrande arnu'e?...
M:\IITI\L , ij^iUicment. Ne la calomniez pas, Geneviève... et tte valeureuse e,rande arméel... Je n'eu faisais point partie activement!... A la vérit('\.. mou ]>èie, véne-rai)le ^r().;;iiar(l de la dix-septième. . . vo.i-
MAdA.SiiN TMIiATliAI..
lait absolument me faire mordre à la
poudre à canon mais quand on n'est
point né pour une partie, c'est le diable iionr s'y mettre ; et à notre départ pour la Russie...
Air: Elle a trahi ses sermens et sa foi.
Le sac suri' dos, et Y fusil sous le bras, Nous tiaveisions fièrement l'Aileuiagne; A cliaqu' coup d' feu j' ralentissais le pas, Et j'regardais du côte iV la Champagne; Soudain l'ardeur m'eaiport' je ne sais où , Mais c' n'était pas sur 1' chemin de Moscou. Oui, mon ardeur m'emport', etc.
GENEVIÈVE. Je te conseille de t'en vanter...
MARTIAL. Je ne m'en vante pas. Mais on a du cœur ou on n'en a pas, comme on a le nez aquilin ou camard ; c'est un .don de la nature. Aussi le colonel Louis Guérin, qui m'avait pris en affection, rapport aux belles actions de l'auteur de mon être, me dit un jour : «Martial, mon garçon... je crois que tu ferais un mauvais soldat, je vas le prendre pour domestique. »
GENEVIÈVE. Et tu n'as pas même l'es- '^ prit^de ton nouvel état... Tu te soignes 4'aborœ,*toi !...'*ét ^pois tu songes à ton maître quand tu as le temps.
MARTIAL. DamI... puisque je suis domestique!..
GENEVIÈVE, haussant les épaules. Tu devrais mourir de lionteî... Un si brave boni me I . . . qui se sert toujours lui-même. . .
MARTIAL. Pardi! je ne l'aurais pas pris sans ça.
GEî\EVlÈVE. Enfin , quand il a acheté cette maison, où nton père était concierge, . .
Air : Un liumnie pour faire un tableau.
11 n'a fait ici qu' des lieuieux, Chacun F bénit dans V voisinage 1 Et not' mariage, à tous deux, D' sa bonté fut encor l'ouvrage !...
Il comptait qu' ton amour pour moi T'épargnerait plus d'un' semonce, Et que j' ferais queîxju' chos' de toi...
Le regardant en haussant les épaules.
Mais, mon pauvre ami, j'y renonce !... {bis,)
MARTIAL, d'un air suffisant. Ah ! . . . marne IMartial!.... vous ne dites pas toujours ça...huml... hum I...
GENEVIÈVE, d'un air prude. Ta.\sez-vous.
monsieur. L'appartement de M"'^ Pichard est-il prêt?
MARTIAL. La cousine du colonel? — cette grosse petite maman , qui se donne vingt-huit ans , et qui date de la prise de la Bastille?... j' peux pas la souffrir !...
GF-NEVIÈVE. Pourquoi?...
MARTIAL. Elle vous traite un domestique... comme un laquais!... elle qui était blanchisseuse quand le colonel est parti le sac sur le dos!.. . Mais parce que défunt son mari , le gros marchand de bois de Lieursaint , lui a laissé d' quoi... elle se donne des airs... (Riant.) Elle croit tout le monde amoureux d'elle!...
GENEVIÈVE. Jusqu'à ce pauvre colonel qu'elle cajole... parce qu'il est baron!... Elle veut être mame la baronne!
RiARTiAL.Par exemple!... le colonel est brave... je le sais... mais s'il l'épousait, je ne le garderais pas une minute de plus.
GENEVIÈVE, Vécoiitanl.' Attends donc...
Quel bruit!...
Elle regarde.
Air : Oui, sur notre passa^fe. (Mari charmant.)
Cest une citadine
Qui s'arrét'... je devine !
C'est la chère cousine!.
MARTIAT,.
Madam' Pichard ! tu crois?
GE?]EviÈVE, à la fenêtre.
Eli oui, vraiment... c'est elle...
J'entends qu'elle querçlle î Sa douceur naturelle Fait reconnaîtr' sa voix !...
ENSEMBLE
Te la prudence, Car sa présence ' Me fait d'avance
Trembler de peur!...
Que tout s'apprête, Ou sur not' tête, J' crains la tempête Et sa fureur !
GENEVIÈVE, en sortant, J' cours prendre ses paquets... ( Répondant. ) On y va! on y va!