RAPHAËL, SUZANNE
RAPHAËL , à part. Ravissante ! . . . d'honneur ! mille fois plus jolie de près que de loin !... elle a renvoyé sa camériste... trèsbien! cela annonce un certain usage.
Heureux Raphaël ! quel piquant tête-àtête... quelle délicieuse conversation!... (// rajuste sa cra<,>aie , passe sa main dans ses cheveux et fait plusieurs saluts de la tête; Suzanne, pendant ce temps .^ s* est approchée lentement et avec embarras. RapJiaëel cherchant ses mots.) Belle dame, je ne m'attendais pas... c'est-à-dire, je n'osais me flatter... que mon hommage... certainement mom hommage... {A part voyant quon ne lui répond pas,') Ah çà! elle ne m'aide pas* du tout , et me laisse m'emhrouiller dans mon hommage... c'est juste ! elle a fait les premières avances avec le pot de fleurs... c'est à moi maintenant. {Haut et d'un air fat. ^ H est donc vrai... charmante inconnue... que vous n'avez point été offensée de mon audace?. . et. . . {Suzanne baisse les yeux en riant sous cape.) Pas de réponse... elle craint que sa voix ne trahisse son émotion. {Reprenant avec plus de chaleur. ) Avec quelle impatience! j'attendais l'occasion de vous peindre mon amour!., cet amour que les obstacles n'ont fait qu'irriter... cet amour qui ne ressem ble à aucun des amours... qui... à aucun des amours qui... {A part en la regardant.) Rien! Je vois ce que c'est... elle est étrangère... ça doit être une Anglaise! je lui parlerais bien anglais ; mais je ne le sais pas. ( Haut. ) Que dois-je penser de ce silence opiniâtre, belle insulaire? Ma présence vous déplairait-elle ?
SUZANNE, ^içemenl et par signes. Oh I non I
RAPHAËL , (i part. Si , clic comprend ; ces yeux expressifs! C'est une Espagnole!..
{Haut. )\ous voulez que je reste,' céleste Andalouse?
Sl'Z\NNE, virement et par signes. Oui!
RAPHAliL, étonné (i part. Elle comprend irès-l/ien... (^'est une Française! {ILnit.) El» l)icM ! alors , cliannante i\trisirnne !.. . qu'un mol de celte bouche divine ..
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SUZANNE, par signes. Non! vous avez beau faire ! je ne parlerai pas.
RAPHAËL. Vous ne parlerez pas ?(^/;^/V.) 11 paraît qu il y a des raisons majetues?.. Est-ce caprice, crainte, ou coquetterie pour nie piquer au jeu? Après lont, je ne puis me plaindre... elle me permet de rester, elle m'écoute sans colère I ( En souriant.) Je trouverai bien moyen de la forcer à parler, ou ma foi... qui ne dit mot, consent.
SUZANNE , remarquant son air préoccupé et lui moidrunt un fauteuil près d'elle. A quoi pensez-vous? Allons, venez là, près de moi... (A part en regardant la pendule.) Pourvu que je puisse gagner du temps... que je fasse manquer l'heure de ce duel I Elle se tourne vers Raphaël en souriant, et l'invite encore à s'asseoir auprès d'elle.
RAi^HAEL , à part. C'est une épreuve...
quelque gageure... c'est très - original ! Parbleu ! nous allonsvoir. (// va s'asseoir et rapproche son fauteuil à mesure que Suzanne éloigne le sien.) Si vous me privez du bonheur de vous entendre , que ces yeux si doux daignentau moins se tourner de mon cotéî {Suzanne hésite.) Non?., je croirai alors que je me suis flatté d'un faux espoir... et je continuerai mon chemin. {Suzanne jette un coup d^œil à la dérobée sur la pendule^ puis se tourne oi^ement vers Raphaël et le regarde tendrement.) Non, non , non ! on ne veut pas que je m'en aille. {Haut ) Et cette jolie main, ne puis-je la presser dans la mienne? vous la retirez!... alors, c'est que je vous suis odieux... et je vais... (Il se lèoe. Même jeu. Elle le fui i rasseoir et lui abandonne sa main.) A merveille ! c'est du velours... du velours satiné! Je commence à trouver la plaisanterie excellente! et puisqu'on ne me refuse rien... ma foi... {Il veut l'embrasser. Suzanne^ se levant tout émue., le repousse a^ec colère et lui ordonne de s* éloigner. Raphaël étonné.) Comment... que signifie?., ce regard impérieux!...
{D'un ton piqué.) Ah! pardon, madame,
je vois que je m'étais trompé; j'obéis... je m'éloigne!... {Il fait un pas pour sortir. Suzanne s'élance avec effroi vers la porte , la feime à double tour en. le regardant d'un air de triomphe. Musique jusqu'à lu fin de l acte. Raphaël àpart. ) Pour le coup. . . ceci est assez clair... ct je serais un sot...
11 va à elle d'un air délibère. En ce moment, on entend la voiX de Baptiste.
BAPTISTE, en dehors. Monsieur, monsieur I...
RAPHAËL, étonné. C'est Baptiste î...
BAPTISTE, en dehors. Hé ! vite ! monsieur votre adversaire vous attend depuis une demi -heure!...
RAPHAËL. Il attend!... Je .serais déshonoré I... (// veut courir à la parte. Suzanne plus effrayée., retire lu clef'., s'attache à lui., et fait des efforts surnaturels pour parler., pour le supplier. )^h bien, eh bieni .. qu'est-ce que vous faites donc, ma petite?... Cette clef! Donnez-la-moi, je la veux!... Je serais perdu {Geste de supplication.) Vous avez peur pour moi, vous avez tort, j'ai une telle habitude... {Suzanne pappee^ jette la clef par la fenêtre à gauche) oh!... diable de petite femme! quand la passion s'en mêle... puisque je vous disque je reviendrai... Cinq minutes... je suis sur de moi , c'est un honune mort.
Suzanne cliancelie et b'appuie contre un fauteuil ; Rqphaël court à la porte.
BAPTISTE, en dehors. Yiie donc, monsieur.
RAPHAËL , à la porte du fond. Fenuéç à double tour {courant à la fenêtre) ah ! . . \\\^ foi! Ce n'est qu'un entresol!
11 s'e'Iance par la fenêtre.
SUZANNE, effrayée et faisant des efforts pour Crier., pour appeler., court à lafenêti e et au milieu de ison effoi lai.sse échappe t un cri, puis les mots : Aiièiezl arrêtez T
Elle tombe agenouillée près de la fenêtre. — La toile baisse.
SUZANNE
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