SCENE XL SUZANNE, GENEVIÈVE
SUZANNE, très-agitée. Il va partir!... Et ne pouvoir le désabuser!... Ah! je n'ai plus qu'un moyen de me justifier... Oui !... un coup de tète... {Courant à la table^ et écri» ^antrufâdement. ie. le forcerai bien à m'ente ndre.
GENEVIÈVE. C'est ça... écrivez-lui, et de la bonne encre!... tâchez de l'amadouer... {Regardant par-dessus son épaule.) Eh !
mais , mamselle ! à qui écrivez-vous donc ?...
SUZANNC, écrivant toujours. A ce jeune homme de l'Opéra !
GENEVIÈVE. Bonté divine!... est-ce que la tête vous tourne ?
SUZANNE. Non... c'est à mon tuteur qu'elle tournera.
GENEVIÈVE. Lui qui a déjà des soupçons?...
SUZANNE , fermant sa lettre. C'est pour l'achever.
GENEVIÈVE. Si j'y comprends un mot!..
SUZANNE. Ga n'est pas nécessaire!...
[S' arrêtant au moment de cacheter sa lettre.) Point de cachet... ça lui sera plus commode... (Elle écrit V adresse.) Martial dit 11° 3... [Se leimnt.) Maintenant, Geneviève, si tu veux me sauver la vie va porter cette lettre.
GENEVIÈVE , la regardant. C'est fini , la raison déménage î . . .
SUZANNE, mystérieusement. Mais, écoutemoi bien... tu feras en sorte, avant de sortir de la maison , de te faire surprendre par le colonel...
GENEVIÈVE, étonnée. Par le colonel?
SUZANNE, regardant par la porte vitrée à droite qui donne sur le jardin . Justement. ..le voilà qui se promène dans la petite allée... Cours vite. . . fais semblant de le heurter .. .aie l'air de cacher ce petit billet. . . mais de manière qu'il le voie cependant !
GENEVIÈVE. Que je le cache... pour qu'il le voie... C'est donc afin de... Ahl... (à elle-mùne) je n'y suis plus du tout... C'est égal... j'y vais!... faut qu' ça soie une fière finesse car c'est bien embrouillé.
Elle sort en courant par la porte à droite.
SUZANNE
SCEiNE XII.
SUZANNE , seule.
Ne perds pas une minute... ( lu suloaut des yeux) pourvu qu'elle ne fasse pas de gaucherie... Bien!... voilà qu'elle se jette à sa tète... elle manque de le rtniveiser!... et elle tient sa lettre en Tair, maladroite!., elle a peur qu'il ne la voie pas!... il la
saisit!... a mtrveille :... c est tout ce que je voulais... [revenant en scène) VL\ï\\ni{tnm\i , à nous deux , mon cher colonel!
Air de danse de Stradel/a.
D''un aivct se'vcie, Malgrt; sa colève.
Mon luleur, j'espère, ^ Bientùt rougira !...
Ile gardant de côté.
C'est lui qui s'avance.., Chut ! de la prudence !
J'y comptais d'avance,
— Oui, vraiment ! le voilà î...
Le suivant de l'œil.
- Quel trouble l'agite...
11 tremble, il licsite...
^vec malice.
Venez donc plus vite,
Vilain jaloux,
Que ciaignez-vous ?
Oui, pour mieux nventendrc, Croyisnt me surprendre, Vous allez vous prendre
Au Irébuchet...
Entt 'ouvrant la porte a gauche.
Il est tout prêt !...
D'un arrêt sévère, Malgré sa colère.
Mon tuteur, j'espère, Bientôt rougirai ...
Le voyant vtrnr et s' éloignant pas h pas.
C'est lui qui s'avance...
Chut ! (le la piudence !
J'y complais d'avance...
— Oui, vraiment, le voilà !
Elle disparait par la porte à droite au second plan.
HM0000O6 ooo&Q6e8«edooooo<?<»«!'^9Q9oooee@Qoeeogt
SCEiNEXllI.
MARTIAL; puis LE COLONEL, enlmnl par la potfe à droite.
MXT^TIAL, paraissnn/d'aùord Personne' . .
LE COi.OIMEL. Tu en es siir?
MARTI \L , s' avançant. M a m. selle seia renirée dans sa cliainbiv...
LE COLOM.L, froissant le lu lift qtiil lient à la main. Quelle and.iCf !... ijuand jt- la croyais accablée de douleur, d(^ remords ! elle lui écrii... ( Rrl san/ la lettre à hâtons rompus.) « Mon Ditu I... que je maudis le » jouv où je vous ai vu pour la première
» fois... » [A Martial avec fureur.) Comprends-ui?
MAUTLAL. Pardi!... ça veut dire qu'elle maudit le jour...
LE coiom:l. Au contraire, imbe'cile...
ça veut dire que c'est le plus beau jour de sa vie... [Continuant.) c» Vous m'aviez pro- » mis que je vous reverriiis... mais ne >» venez pas... je vous en conjure... » (-«4' Martial.) Ne venez pas!... tu entends?...
MARTIAL. Pardi !... ça veut dire qu'elle lui défend...
LE C0L0\EL. Au conlraire , butor !...
ça veut dire qu'elle l'attend I... c'est un rendez-vous qu'elle lui donne \... { Appuyant sur l'es derniers mois. ) « Et pour- >* tant... jamais votre présence ne me fut » plus nécessaire... « ( A Martial. ) Quelle trahison !... mais , ça ne me suffit pas.
martial: Qu'est-ce que vous voulez donc de plus ?
LE COLONEL. La confondre!... et peutêtre... lasauver!.. . car, enfin.. . jene Taime plus... oh! ça , plutôt mourir... mais elle n'a que moi au monde , pour la défendre... je ne puis souffrir qu'elle soit victime d'un séducteur... il faut que ce petit monsieur l'éj-ouse.
martial. Comment l'y forcer?
LE cOLO^'l:L. C'est facile!... Porte cette lettre au n° 3.
MARTIAL. Chez le jeune homme?
LE COLONEL. Oui.
MARTIAL, mais il viendra '^
LE COLONEL. C'est cc que je veux...
MARTIAL, à lui-tnêtne. .Te crois qu' tout le monde a la tête à Tenvers !
LE COLONEL. Moi, je reste!
MARTIAL. Et les chevaux qui sont mis ! .. rname Pichard qui est déjà installée dans la voiture?...
LE C0L0\EL. Tant mieux!... dis - lui d'aller in'attendre au relai de Yinceniies ; qu'une affaire imprévue... je la rejoins tout de suite,., et surtout recommande au postillon de faire grand bruit eu sortant... j'ai besoin qu'on me croie parti.
MARTI XL. Mais...
LE (:OLO\EL. Pas un mot de plus ou je te chasse... loi, ta leuuue , et toute la maison
MAiiTlAL, en soitunt , à part. L'intellec-
tui I esi dihloqiw' c'i^st siir? C'est é;;a.L..
la tli>ciphne !... je ne connais que ça... touttfoi", et quand il n' s'agit pas d'aller au feu.
Il sort.
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