M"" PICHARD
Air : Léjjier comme le pnpillan.
C'est le plus noir de tons les tiaits, I>a veille, il nradorait encore !...
Me faiie payer tous les fiais, El fuir corrunc un vrai mete'ore !...
i.E cor.oNEL , riariL.
Par ses sermens vous dcsartiier !...
Oh ! le compère, je le jure, Doit avoir a[)pris l'art d'aimer Dans le code de procédure.
jjime PICHARD. Oh! je le retrouverai!... je me vengerai !... Mais revenons à vous , cousin... et c'est après des preuves d'jjii attachement aussi pur, aussi profond...
que je vois établie près de vous une jeune fille... une rivale!...
LE COLONEL. Une rivale?...
j^ime PICHARD. Ne vous eiî défendez pas. . . cette petite Suzanne!...
LE COLONEL. Eh bien?
M™^ PICHARD. Vous l'aimez?...
LE COLON lîL. Si je l'aime!... corbleu!... je le crois bien!... mais comme mon enfant...
^ime PICHARD, secouant la télé. Ta! ta! ta! ta I... je ne suis pas dupe de ces att/jchemens paternels... Vous en êtes amoureux ! . . .
LE COLONEL. Moi?
^ime PICHARD. Votre trouble , lorsque vous prononcez son nom...
LECOLONKL, ufi peu ému.. )ey eux que ciiuj cent mille diables me servent de cravate — Amoureux!... Est-ce c{ue je l'ai jamais été?... est-ce que je puis l'être?... vous savez bien que non... puisque je vous épouse!...
Hjtne PICHARD , tendrement. Alors , poui quoi me donner des inquiétudes?... Je ne blâme pas votre humanité envers une pauvre enfant... mais, dans ces cas-là, on lui fait un sort , on paie sa pension dans quelque hospice!...
LE COLONIAL, tremblant de colère. Dans un hospice!... Suzanne!... mille tonnerres !...
5jmc PICHARD, effrayée. Colonel !...
LE C0L0:vEL. Pardon ! j'allais vous traiter comme un caporal prussien!... dans un hospice!... Suzanne!... vous ignorez donc l'engagement sacré... Ecoutez-moi. (// pi es une pause.) Quand j'arrivai à l'armée, et que j'eus trouvé mes épaulettes de capitaine au bout de mes cartouches... j'avais un ami , madame... un brave camarade...
paysan comme moi... mais qui, moins heureux , ne fut jamais que sergent!
Dominique m'était dévoué cotnme un frère... et plus, d'une fois il reçut le coup de baïonnette qui m'était destiné... Je crois, Dieu me pardonne! que le pauvre
SUZANNE
diable m'aimait autant que sa femme et sa fille , qu'il traînait toujours avec lui ; sa femme en vivandière , l'enfant en guise de liavresac sur le baril de sa mère! A Moscou, lorsque la flamme dévorait tout, et que chacun tremblait pour un ami, je cours au quartier de Donùnique... la maison qu'il habitait n'élait déjà qu'un monceau de feu et de décombres !...
M"^ PïCiiARD. Ah! mon Dieu!..
LE COLONEL. Sa femme avait été étouffée par les flammes!... lui! je le vois encore... seul , son enfant dans les bras ; -sur une poutre suspendue en l'air, à demi consumée et prête à chaque instant à se briser sous ses pas ! Il marchait, il courait... furieux, désespéré... cherchant une issue , et ne rencontrant partout que la mort I . . . tous les regards le suivaient avec effroi ! tons les bras étaient tendus vers lui ! . . . Je voulus m'élancer... je demandai des échelles...
rien!.... impossible d'arriver jusqu'à lui! il ne restait qu'une chance... aidé de quelques soldats , je liai à la hâte nos manteaux, sur lesquels nous reçûmes Tenfant suffoqué, évanoui mais respirant encore!... Un cri de joie s'échappait déjà de toutes les poitrines!... Dominique allait s'élancer à son tour... lorsqu'un craquement horrible. . . ah I . . . {Se cachan t la figure dans SCS mains et ai^ec /armes.) Quand je rouvris les yeux , il était étendu à mes pieds. . . pâle, sanglant! . . . sans pouvoir prononcer un seul mot!... il me montrait sa fille, avec un regard suppliant... je lui serrai la main... il me comprit... et il retomba mort!...
ji|ine PÏCIIARD , émue. Quel coup affreux ! . . .
LE COLONEL, s*essufant les yeux. Ce n'était pas le seul!... sa pauvre petite Suzanne !... cet événement terrible avait paralysé des oiganes trop faibles... sa voix ne proférait plus que des sons pénibleè , inarticulés...
Air Je Colallo.
Oui, le destin en comblant tous ses maux, Ne lui laissa, pour parler de son père, Que des larmes et des sanglots !
Qu'elle retrouve en moi son appui tutelaire... C'est mon enfant, c'est mon enfant chéri! Et j'entends bien le lanj];age si tendre De ses regards!... Car j'ai, pour le comprendre, L'amour d'un père et le cœur d'nn ami.
M"™'' PiCiiATiD, confuse. Ah! pardon!...
ces détails que j'ignorais...
LE COLONEL , d'un ton ferme. Retenez bien ceci, madame Pichard, je vous épousera; je l'ai promis et après tout , autant vous qu'une autre; je vous connais, et ça m'évitera l'ennui de faire ma cour.
Maisje ne me marierai qu'après avoir assuré l'avenir de Suzanne... un avenir brillant, heureux; j'y sacrifierai ma fortune, ma croix,mabaronnie,dontje ne me soucie guère... tout ce que j'ai... Elle épousera qui elle voudra... entendez-vous?... et si celui qu'elle choisira n's^vait pas d'amour pour elle, corbleu! je me charge de lui en donner, moi.
jjme PICHARD. Eh! mon Dieu, cousin î.
nous n'aurons pas de dispute là-dessus... elle m'intéresse autant que vous, maintenant, cette chère enfant! {Secouant la
tête.) ]\ïais la marier... vous aurez peutêtre de la peine?...
LE COLONEL. Parce qu'elle ne parle pas? c'est un avantage de plus, je m'en accommoderais bien, moi ! ... Suzanne d'ailleurs rachète cela par tant de qualités... de talens ! . . .
M'"*' PICHARD. Des talens?.,.
LE COLONEL. Parbleu !... depuis qu'elle est revenue de Bretagne, je lui ai donné tous les maîtres possibles , et elle en a profité!... elle peint comme Isabey, joue du piano... comme la musique de mon régiment ; et puis on parviendra peut-être à la guérir. . .
3ime PICHARD. C'est bien chimérique î...
LE COLONEL. Du tout!... j'ai consulté les plus fameux médecins...
M"^^ nCHARD. Eh bien?...
LE COLONEL. Eh bien ! . . . ils m'out tous répondu qu'il n'y avait pas de ressources!... ça m'a donné de l'espoir... et hier encore j'ai conduit Suzanne chez un célèbre docteur allemand qui vient d'arriver à Paris , et dont on raconte des cures éton-p nantes.
M™« PICHARD. Un charlatan!...
LE COLONEL. C'est possible î... mais uu charlatan qui guérit vaut mieux qu'un médecin qui ne guérit pas. D'ailleurs celuici a un air de bonhomie, de simplicité qui inspire la confiance .
j^jme PICHARD. Enfin, que vous a-t-il dit?
LE COLONEL. Rien!... il a examiné les yeux , les gestes de Suzanne. . . lui a fait prononcer avec peine quelques sons...
puis il a pris mon adresse, et nous a congédiés en promettant de m'envoyer'sa consultation.
5ime PICHARD. Il vous cuverra la note de ses honoraires..- que vous paierez... et vous serez tout aussi avancé qu'auparavant..,
LE COLONEL. Chutj chut!... j'entends Suzanne... et je ne veux pas devant elle... Il remoDte la scène.
Rien n'est (i'adtesse...