‹ Suzanne DucheminChapitre 38 sur 75 · LUCIE DE CRENEY A EDMEE DE SAINTE-AURE · texte numérisé non relu

LUCIE DE CRENEY A EDMEE DE SAINTE-AURE

Paris, septembre.

Je te réponds à la hâte, ma mignonne. Je suis dans les apprêts d'un grand dîner que je donne à des protecteurs tout-puissants de M. de Créney. Tu sauras cela un jour, quand tu auras de l'ambition.

Rassure ton aimable conscience. Je n'avais pas cru un seul petit mot de tout le mal que tu m'avais débité sur le compte de M. Valentin de Rianval. Je le tenais déjà, avant ta lettre, pour un gentilhomme fort accompli; juge si je vais changer d'opinion maintenant! N'aie donc pas de remords.

Je crois que tu as grand tort de vouloir différer jusqu'au printemps un mariage qui s'annonce sous de si heureux auspices. Prenez garde, coquette! vouloir rester fille six mois de plus que ne le veut le bon Dieu , c'est presque un péché : l'heure du devoir ne doit jamais être retardée.

Quel est donc ce mystère dont tu me parles? un enfanlillage sans doute. Je n'ai point d'inquiétude. D'ailleurs, madame Duchemin est là; mais je ne vois pas trop, sournoise, quel besoin tu as d'ajouter le plaisir de pelites cachot-

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teries au bonheur grave et sérieux que Dieu t'envoie. Songes-y bien , mon ange , on ne se prépare pas au mariage en jouant à cache-cache. Il est bien entendu encore une fois que je ne suis pas inquiète. Je te sais trop bien gardée , et j'estime trop M. Valentin pour te faire douter de lui.

Au revoir, ma chère Edmée; écris-moi pendant que tu es encore demoiselle. Sache que, quand tu seras mariée, tu n'auras plus le temps de te fatiguer le poignet à manier la plume; ceci soit dit simplement pour m'excuser.

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