SCÈNE VII GHAMBERT, RÉGINE
CHAMBERT, élHU.
Régine, j'ai le chagrin de vous annoncer que ma maison vous est fermée aujourd'hui, et pour toujours, je le crains.
RÉGINE
Henri est ici?
CDAMBERT
Oui.
Avec Suzelte?
CUAMBERT
Oui.
RÉGINE
Je ne puis pas la voir?
GHAMBERT
Non.
RÉGINE
Puis-je connaître les intentions de mon mari?
CUAMBERT
Il est résolu à demander la séparation de corps.
RÉGINE
Il n'y va pas par quatre chemins.
CDAMBERT
C'est pour arriver plus vite.
RÉGINE
Puisqu'il était venu chercher des conseils ici, je devais m'attendre à cela.
CHAMBERT
C'est ici qu'il a cru en trouver de bons.
RÉGINE
Voulez-vous me permettre deux mots ?
Certes !
RÉGINE
Voici. Chaque fois que je suis entrée dans cette maison, je me suis sentie glacée par une atmosphère lourde d'hostilité. Il m'a semblé que vous, vous me haïssiez avec moins d'âpreté.
CHAMBERT
Je ne vous ai jamais haïe.
RÉGINE
En ce moment, vous me haïssez bien ?
CHAMBERT
Depuis que j'ai su le chagrin que vous avez causé à mon fils, je vous ai chassée de mon cœur.
RÉGINE
Henri se croit trompé par moi.
CHAMBERT
Il croit ce qu'il a vu.
RÉGINE
Je ne suis pas coupable.
CHAMBERT
A. lui, vous avez déclaré l'être.
SUZETTE o9
Par folie. Pour me venger de ses brutalités.
CUAMBERT
Il y a des témoins.
RÉGINE
Des domestiques.
CHAMBERT
Ce sont les témoins ordinaires de ces sortes de procès.
RÉGINE
Je vous jure que je ne suis pas coupable.
CHAMBERT
C'est au juge qu'il faudra le jurer... etle prouver.
RÉGINE
Vous, vous ne me croyez pas!
CUAMBERT
Même en admettant pour véridique votre affirmation, le fait d'avoir crié à plusieurs reprises, devant deux témoins : « J'ai un amant! », le fait d'avoir déclaré cela à votre mari qui venait de vous surprendre dans une attitude au moins équivoque, et d'avoir ajouté des invectives grossières, cela constitue une injure grave. Elle m'eût suffi, au temps où j'avais l'honneur d'être magistrat, pour accorder à l'époux demandeur, et de piano, la séparation.
RÉGINE, comme à elle-même.
Oui, je le vois, je n'ai rien à faire ici. Je sais que m.on mari est forcé de rentrer à Paris après-
demain pour donner des signatures au ministère. Si je ne puis pas le voir plus tôt...
CHAMBERT
Vous ne pourrez pas le voir plus tôt.
RÉGINE
C'est vous qui le dites.
CHAMBERT
Comment ferez-vous?
RÉGINE
Je n'ai pas à vous en rendre compte.
CHAMBERT, après un silence.
Voulez -vous m'écouter quelques instants, à votre tour?
RÉGINE
Volontiers !
CHAMBERT
Voulez-vous me permettre de vous indiquer le moyen de vous épargner, dans l'avenir, un gros chagrin ?
RÉGINE
Lequel?
CHAMBERT
Vous devez désirer que votre fille n'apprenne jamais de quelle faute votre mari vous aura accusée pour obtenir la séparation?
RÉGINE
Mon mari n'obtiendra pas la séparation parce qu'il ne la demandera pas.
CHAMBERT
Il est dans des dispositions d'esprit contraires.
RÉGINE
Il en changera.
CnAMBERT
J'en doute.
RÉGINE
Moi, pas.
CUAMBERT
Vous gagneriez à m'écouter... Votre mari demandera la séparation... Je vous propose, en son nom, le moyen de sauvegarder la partie la plus précieuse de l'avenir. Je n'y suis pas autorisé par lui, mais je m'engage à lui faire accepter cette façon d'agir si vous l'acceptez vous-même.
RÉGINE
Cela ne m'intéresse pas.
CUAMBERT
Êcoutez-moi cependant : cela vous intéressera plus tard. Promettez-moi de ne pas intenter une action reconventionnelle, de ne pas provoquer de scandale, et Henri ne produira que des griefs secondaires, suffisants pour constituer cependant l'injure grave, en laissant de côté, au moins dans les débats publics, la scène d'hier.
RÉGINE, après réflexion.
Bien entendu, je garde ma fille.
CUAMBERT
Le tribunal décidera.
RÉGINE
Ah I très bien».. Vous me demandez simplement de renoncer à mon mari et à mon enfant...
un rien !... Non, monsieur, non. Je n'accepte pas. J'ai été une sotte. J'ai commis, non pas ce qu'il est convenu d'appeler une faute, mais une inconséquence, une sottise. Tous ici : ma bellemère, ma belle-sœur et vous, voudriez, je le devine, en profiter pour éloigner à jamais celle qui a toujours été détestée. Vous n'y réussirez pas. Je vous dis que vous n'y réussirez pas ! Et je vous jure que ce mari et cette enfant, que vous essayez de me prendre, je les garderai.
CHAMBERT
Nul ne saurait vous empêcher de le tenter.
RÉGINE
Je vous présente mes respects.
CHAMBERT
Adieu, madame.
RÉGINE, en déft.
Au revoir, mon cher beau-père.