RÉGINE HENRI RÉGINE
Pourquoi faire?
Des courses.
Lesquelles?
HENRI
Autant te le dire. Nous devons aller ensemble chez l'avoué.
RÉGINE
Nous en sommes là?
Qu'est-ce que tu veux !
RÉGINE
Tu fais cela !
HENRI
J'y suis forcé... Ecoute... Mes parents ne me pardonneraient jamais de retourner avec toi. Cette entrevue que tu m'as demandée, ils ne voulaient pas que j'y consente. On m'a fait promettre de ne pas céder. Maman m'a dit que, si je cédais, elle ne me reverrait plus... C'est maman... Tune peux pas savoir. Je l'aime beaucoup. Elle a été si bonne... je ne veux pas me fâcher avec elle.
RÉGINE
Et si je réussis à me faire pardonner par elle?
HENRI
Tu ne la connais pas.
RÉGINE
Elle sera fâchée un mois, un an... Puis, justement parce qu'elle t'aime, elle nous ouvrira ses bras.
HENRI
Non... Et mon père... Et les cinquante mille francs? Ce n'est qu'un détail...- mais...
RÉGINE
Eh bien ?
UENRI
11 me les refusera.
RÉGINE
Nous les trouverons autre part.
HENRI
Non, Nous les avons cherchés et pas trouvés... Qu'est-ce que je deviendrai?
RÉGINE
Renonce à l'adjudication.
HENRI
Tu sais bien que je ne l'ai demandée que pour rétablir mon crédit. L'idée même qui nous a sauvés est de toi... Alors, c'est la ruine... l'inconnu, au moins.
RÉGINE
C'est pour cela que nous nous quittons, mon Dieu ! Pour de l'argent !
HENRI
Ça compte, l'argent, dans la vie. Dans les ro-
mans, il n'y a que des gens qui ne font rien, des héros, qui refusent des millions. On ne voit jamais ça autre part... L'argent... oui... Il y a l'argent... On ne parle pas que d'amour, dans les ménages. Je suis lâche, peut-être bien.
RÉGINE, nelle.
Va retrouver tes parents. Dis-leur que tu veux te réconcilier avec moi.
UENRI
Non.
KÉGL\E
Tu ne veux pas?
UENRI
C'est inutile.
RÉGINE
Tu ne veux pas?
HENRI
Non.
RÉGINE
Il faut que je me résigne à la séparation?
HENRI
Nous ne pouvons pas faire autrement.
RÉGINE
Alors, tu me laisses Suzette?
DENRI
Mes parents n'y consentiront pas.
1!i':gine Pourquoi ?
HENRI
A cause de ce que tu as fait... 11 est certain que les apparences leur donnent raison.
RÉGINE
Tu veux dire qu'on me déclarera indigne d'élever ma fille?
HENRI
Dame.
RÉGINE
Et toi, tu la garderas avec toi?
HENRI
Oui, autant que je pourrai.
RÉGINE
Dis donc ! Dis donc, mon petit. Tu as trop peu de mémoire.
HENRI
Je ne comprends pas.
RÉGINE
Tu vas comprendre. Tu m'as surprise embrassée par un monsieur : à cause de cela, je suis indigne de garder mon enfant. Toi, je t'ai pincé avec Marguerite Chermier sur les genoux. Ça ne te rend pas indigne, toi?
HENRI
Ce n'est pas la même chose.
Vraiment?
HENRI
Et puis, on ne l'a pas su.
RÉGINE
Et ton intrigue avec Henriette?... Personne ne l'a ignorée. Elle a été ta maîtresse pendant six mois. Ce n'est pas la même chose non plus, hein ?
Et ca ne te rend pas indigne? Je ne voulais pas te reprocher cette aventure. Je voulais te laisser le beau rôle dans le pardon et la réconciliation. Mais, si Ton me force à me défendre, je me défendrai, je t'en réponds. Cette liaison-là, on Ta connue'. Il y a des témoins. Eh bien, si tu demandes la séparation, je la demanderai de mon côté, et toute la boue de ta vie, je te la jetterai a la face et à celle de tes parents.
HENRI
Tu ferais cela !
RÉGINE
Un peu.
HENRI
Tu nommerais Henriette ?
RÉGINE
Et les autres.
HENRI
Si un jour elle sait...
RÉGINE
Elle saura par toi que sa mère est une pas grand'chose et par moi que son père est un rien du tout, comme dans la chanson. Et l'affaire des poinçons, on en parlera aussi.
HENRI, bondissant.
Âh çàl Si jamais...
RÉGINE
Tu verras...
Alors, Suzette?
Eh bien?
UENRI
11 n'y a aucun rapport...
RÉGINE
Mon avocat la racontera pour montrer ta moralité.
HENRI
Oh!
RÉGINE
Maintenant, tu es prévenu. Si tu veux la guerre, tu sais ce qu'elle sera. Va, mon ami. [Un long silence.)
HENRI, d'un autre Ion.
El, dans le cas où mes parents accepteraient la réconciliation, tu t'engagerais, toi, à cesser toute fréquentation, non seulementavec Livrain, mais avec tous les autres?
RÉGINE
Je m'y engagerais.
HENRI
Ecoute... Je vais faire un efïort pour les décider... Seulement, j'ai peur.
RÉGINE
Hâte-toi. Dis-leur que j'irai les voir ce soir à six heures. Où sont-ils descendus?
HENRI
A l'hôtel du Louvre.
RÉGINE
Bien. Ce soir, à six heures, j'y serai.
HENRI
Voudront- ils seqlement te recevoir?
SLZETTE 121
RÉGINE, le poussant par les épaules.
Oui. Dis-leur qu'il est question de Suzette.
HENRI
De Suzette...
RÉGINE
Oui. De Suzette. Va. (// sort.)