INTITULÉ
IIIÉDECINE ET HYGlEPiE DES AR4BES ;
Etudes sur l’exercice de lu médecine et de la chirurgie chez les musulmans de l’Algérie; leurs connaissances en anatomie, histoire naturelle, pharmacie, médecine légale, etc.; leurs conditions climatériques générales; leurs pratiques hygiéniques publiques et privées; leurs maladies ; leurs traitements les plus usités; précédées de considérations sur l’état général de la médecine chez les principales nations mahométanes , par le D' E.-L. Bicrtiierand, ancien médecin de l’hospice musulman d’Alger, etc. ;
Par I?l. le Dr mOKEli,
^lédecin en chef de l'Asile des aliénées de Salnt-Yon, à Rouen.
Messieurs ,
L’auteur de cet intéressant ouvrage nous fait connaître, dès son entrée en matière , le but de ses efforts. Il ne s’agit de rien moins pour lui, ou plutôt pour la France, que de trouver les moyens de s’assimiler un peuple vaincu et de le civiliser. . . Mais avant d’indiquer les moyens , encore faut-il connaître l’état intellectuel , moral et physique de ce peuple. Ceci est une étude préliminaire des plus indispensables dans tous les essais de civilisation. Que de fautes n’auraient pas été évitées par les nations conquérantes , si elles avaient mieux connu les
goûts, les tendances, les aptitudes, les préjugés des peuples qu’elles étaient destinées à s’assimiler ! Ce travail préparatoire s’est fait un peu tard pour beaucoup de nations. Aujourd’hui , les Français sont entrés résolument dans cette voie vis-à-vis des Arabes. Aux Etats-Unis, nous voyons que ce n’est qu’en -ISA? que le Gouvernement, sur l’insistance du Congrès, s’occupa sérieusement d’avoir des données exactes sur l’histoire et les conditions des tribus indiennes; puissent ces recherches, un peu tardives peut-être , sauver de l’extermination les derniers débris de cette race , et la faire entrer pacifiquement dans le mouvement de la civilisation !
Pour ce qui regarde la race musulmane en général , nous n’en sommes pas réduits à faire des recherches sur sa profonde ignorance et sur la dégénérescence intellectuelle de cette nation. M. Bertherand, jetant un coup d’œil sur l’état de ses connaissances en médecine , nous reporte aux époques où l’Orient et l’Occident tremblaient sous les coups des réformateurs de Mahomet, et où la nation arabe inscrivait avec orgueil , au rang de ses illustrations : les Rhazès , les Avicenne, les Albucasis, les Avenzoar , les Averrhoës, les Aboul-Abbas, les Aben-Bitar. Les noms de ces habiles commentateurs d’Hippocrate sont à peine connus des Toïbas , les savants actuels : « A peine la tradition , » dit M. le D* Bertherand , « a-t-elle transmis de siècle en siècle les souvenirs isolés, des lambeaux épars de quelques-unes des principales pratiques ou des importantes découvertes de cette ancienne mais glorieuse époque (1).»
Dès le principe, M. Bertherand s’occupe de dissiper un préjugé assez généralement répandu sur l’influence antiintellectuelle , si je puis m’exprimer ainsi , exercée par le
(I) l.iv. i''", p, I.
Koran. La religion de Maliomel est loin d’ètre incomjiaüble avec le progrès des lumières: dans maints passages, le prophète préconise la science et les avantages de la science. Voici des paroles (pii nous rappellent ce magnifique commentaire de Cicéron , que nous savons tous par cœur, lorsque , plaidant pour le poète Archias , il dit : Ha‘c
enim studia senecUilem ohleclant , secundas res ornant
nobiscum peregrinanlur, rusHcanlur, etc., etc.
«Enseignez la science,» dit le Prophète, «qui l’enseigne , craint Dieu ; qui la désire , adore Dieu; qui en parle , loue Dieu ; qui dispute pour elle , combat pour Dieu; qui la répand , distribue l’aumône; qui la possède, devient un objet de vénération et de bienveillance. La science sauve de l’erreur et du péché ; elle éclaire le chemin du Paradis ; elle est notre compagne dans le voyage , notre confidente dans le désert , notre société dans la solitude ; elle nous guide à travers les plaisirs et les peines de la vie , nous sert de parure auprès de nos amis , et de bouclier contre nos ennemis ; c’est par elle que le Tout-Puissant élève les hommes qu’il a destinés à prononcer sur ce qui est vrai , sur ce qui est bon. Les anges briguent leur amitié et les couvrent de leurs ailes. Les monuments de ces hommes sont les seuls qui restent , car leurs hauts-faits servent de modèle et sont répétés par de grandes âmes qui les imitent.
« La science est le remède aux infirmités de l’ignorance, un fanal consolateur dans la nuit de l’injustice. L’étude des lettres vaut le jeûne, leur enseignement vaut la prière ; à un cœur noble, elles inspirent des sentiments plus élevés, elles corrigent et humanisent les pervers (i). »
(I) Haditz, ( Conversations) du propliète Mohammed.
Voici un proverbe musulman très connu :
Les lytim men qâd mât omlidb'hou , bel lytim elladi la âlemlhou ou la âdeb.
« L’orphelin n’est pas celui dont le père est mort , mais celui qui n’a ni science ni éducation. »
Le prophète Mohammed a dit aussi :
« Les savants sont comme les eaux minérales, parce que , de même qu’elles, ils attirent une foule de gens de près comme de loin , qui viennent y chercher la guérison. »
« .le cite toutes ces belles et profondes paroles de ce réformateur, dit l’honorable professeur de Lille , parce que l’on s’évertue généralement à faire peser sur l’esprit du Koran la responsabilité de l’inaction, pour ne pas dire de la dégradation intellectuelle qui caractérise aujourd’hui les populations musulmanes. Que ceux-là lisent et méditent ce Koran, «cette seconde édition de l’Evangile, » selon l’expression deM. Cousin ; « ils y trouveront à chaque page des préceptes sur l’hospitalité , la charité , l’aumône , l’attaque constante de l’idolâtrie et du matérialisme par les armes supérieures du spiritualisme , de fréquentes exhortations aux bons procédés à l’égard des femmes et des esclaves , à l’accomplissement quotidien des devoirs hygiéniques , des obligations du jeûne , de la prière , des détails minutieux sur la jurisprudence ; ils y entendront le Prophète appeler à chaque instant l’attention, la méditation de son peuple sur les merveilles splendides, sur les phénomènes mystérieux de la création. Et les incrédules pourront alors se convaincre que la portée de ce livre et de sa doctrine n’était point de jeter, un jour, les facultés intellectuelles et morales de toute une vaste nation dans un repos stérile , dans une immobilité dégradante : non , certes. Produit hybride des principes du christianisme et du mosaisme appropriés au caractère oriental , l’œuvre de Mohammed ne devait point, après avoir conduit ses
adeptes à la tète de la civilisation, en Orient et en Occident, se trouver promptement dénaturée par des interprétations aussi fatales qu’absurdes dans leurs conséquences.
« C’est qu’entr’autres grandes fautes , les successeurs de ce guerrier réformateur ne comprirent point que l’esprit, la raison d’une nation ne pouvaient être impunément retenus dans les chaînes de l’oppression par ceux-là même qui ont mission de conduire moralement dans la voie du progrès, et qui , dans le sens contraire , n’aboutissent alors qu’à les vouer à l’asservissement le plus funeste.
« 11 n’y a que nous autres pachas , » s’écriait Moktar, pacha de Djenina , « qui devrions savoir lire et écrire. Si j’avais un Voltaire dans mes États , je le ferais pendre , et si je connaissais quelqu’un de plus puissant que moi, je l’immolerais à l’instant (1). »
De nos jours , « les ulémas , dans leur orgueil , condamnent , comme irréligieux et profane , quiconque s’occupe d’autres choses que de tout ce qui regarde la religion et la théologie (2) . »
Pour nous donner une idée de l’état des connaissances des peuples de l’Orient touchant la médecine , l’auteur passe en revue les procédés de guérison employés en Arabie, dans le royaume de Tunis, au Darfour, en Turquie,
(1) Bertherand , p. 9,7.
(2) J-'oyage au Darfour, par Bey-Oinar et Tounisy, traduct. du D'' Perroy , p. 448. Oii appelle Ulémas , d’après M. le D*' Bertherand, les élèves qui possèdent les diverses connaissances enseignées dans les écoles de l’Orient. Ulémas vient de alun (science). Le degré supérieur de t’instruction est donné par le marabout (prêtre). Cette instruction consiste dans la psalinodiation du Koran , l’étude de ses commentaires , la jurisprudence musulmane, la grammaire, la versification , rarithmétiquc , et des notions très incomplètes en astronomie.
cil Perse, en Nubie, en Egypte. Partout, Messieurs, ainsi que nous l’apprend M. le D'' Bertherand , l’ignorance la plus crasse et l’emploi des moyens superstitieux tiennent la place de la saine observation. Et cependant, ces peuples, malgré leurs préjugés, leur ignorance , leur haine pour ainsi dire instinctive pour tout ce qui porte le nom de chrétien , se sentent volontairement attirés vers le toubibe européen , le médecin. Ils aiment le toubibe comme un bienfaiteur; ils sont presque tentés de le regarder comme un être surnaturel , tant il est vrai de dire que la science a encore le pouvoir de fasciner les esprits alors même qu’elle ne peut les éclairer. Je vais citer un passage d’autant plus important pour ce qui regarde le compterendu de cet ouvrage, que l’auteur, dans ses conclusions, n’hésite pas à faire à la médecine une part immense dans la future civilisation des Arabes.
« Les toubibes français qui ont pratiqué chez les indigènes de l’Algérie , leur rendront la justice que les individus dont ils ont soulagé les souffrances leur ont toujours l'éservé une hospitalité particulièrement démonstrative , empressée, plus ou moins splendide, selon la position pécuniaire. Que de progrès l’autorité supérieure aurait pu réaliser dans la conquête morale des indigènes , si elle avait profité de ces bonnes dispositions en organisant convenablement les secours médicaux en leur faveur!
« Les Arabes détenus en France ( île Sainte-Marguerite) n’ont jamais manqué, au retour dans la tribu, de mêler au récit des choses et des événements qui les ont le plus frappés durant la captivité , le souvenir du toubibe français. Tous se plaisent à rappeler la manière bienveillante dont il les accueillait, son empressement à soulager leurs douleurs. Ces germes de reconnaissance , déposés ainsi dans le cœur de l’Arabe, ne sauraient-ils, à la longue, détruire l’antipathie qui existe entre les deux races? (!ette pensée
d'affection pour rhonune qui a pansé ses plaies, calmé promptement, dissipé sûrement ses souffrances, est encore différente du respect dont l’Arabe entoure ses savants.
« Quiconque lui apporte un soulagement sanitaire , passe à ses yeux pour un inspiré de Dieu, un dispensateur des grâces du ciel; à ce point de vue , c’est un marabout; il jouit de toute la considération , de tout le crédit , de toute la haute réputation d’un personnage influent. Tout cela est parfaitement vrai , mais quelle différence profonde entre la vénération accordée à ce takb et à ce chikh , et les sentiments intimes de sympathie durable qu’inspirent les bons procédés, la douceur persuasive, les attentions, la bienveillance, la sollicitude, l’empressement, le dévoûment des médecins français, choses parfaitement inconnues dans la profession médicale arabe?
« En janvier 1847, d’anciens prisonniers indigènes,, sortant de la casbah d’Alger, demandèrent spontanément à être reçus par le D'' Bosio , qui les avait précédemment traités à l’île Sainte-Marguerite.
« Peu de temps après, des familles arabes, débarquant de Toulon , reconnaissent le D’’ Bosio dans les rues d’Alger, et tous lui baisent les mains, le cœur plein de gratitude.
« La même année, à Bone , un Kabyle sort de l’hôpital, où il venait d’être soigné des suites d’une noyade dont l’avait sauvé, dans le Bou-Djemâa, le procureur du roi. Sa première idée est d’aller voir ce magistrat, et de lui témoigner toute sa gratitude pour son bienfait. Les notables musulmans de la localité ayant eu connaissance de ce fait, vinrent ajouter l’hommage de leurs félicitations à celles de leur coreligionnaire.
« En 1848 , les chirurgiens de VAsmodée donnèrent leurs soins aux compagnons de captivité d’Abd-el-Kader, dont (pielques-uns étaient blessés. L’émir les remercia par la lettre suivante ;
« Louanges à Dieu seul et unique !
« Cet écrit , de la part d’Abd-el-Kader ben Mahi-Eddinc> « est adressé aux chirurgiens français ;
« Que Dieu les favorise de sa bonté et les contente ainsi « qu’ils le méritent.
« Vous avez agi avec bonté envers nos compagnons qui « sont blessés ; que Dieu vous accorde sa grâce et vous « récompense : il est puissant en toutes choses. »
(( J’ai donné mes soins à des malades de plusieurs tribus « assez éloignées de nos cantonnements , écrivait le D" Gis- « card, médecin-major des zouaves en 1834 (1), ce qui m’a « permis de voyager avec plus sécurité qu’aucun autre.
« En 1835, le D"" Pouzin, qui avait été soigner beaucoup d’Arabes au marché de BoulTarik , reçut à dîner le grand marabout Sidi-Mohammed-Embarek de Coléah. Pendant le repas , ce dernier dit, en parlant de l’endroit de la plaine de la Métidja témoin de la bienveillance française et du dévoûment médical : « Les Arabes respec- « teront ce lieu comme sacré; ils béniront celui qui veut « leur bien et qui soulage leur misère; pour moi, je le « bénirai à la tète des tribus, et jamais ni le fer ni le feu « ne les toucheront (2) . »
« Je l’ai dit (3) et je le répète plus que jamais : « Les indigènes, en retournant guéris dans leurs tribus, deviendront les anneaux épars de la chaîne sympathique qui doit insensiblement lier les vaincus aux vainqueurs. »
Malheureusement , la déchéance actuelle des Arabes , les causes qui établissent un antagonisme si profond entre
(1) 1. XXXVII des Mémoiret de médecine et de chirurgie mi lit a ire. (•2) P. 75, 76.
(3) De la création des hôpitaux arabes, /thhhar ( journal
de l’Algérie du (7 oetobre 184S).
la race conquise et la race conquérante, ne tiennent pas exclusivement au défaut de culture intellectuelle, mais elles se rattachent aux conditions essentielles des habitudes sociales, de la religion, de l’hygiène, des usages, des coutumes , et surtout , par-dessus tout , des mœurs,
M. Bertherand fait précéder toutes les importantes observations qu’un long séjour en Algérie lui a suggérées , sous ce rapport , par l’exposé de considérations très importantes sur l’organisation physique et morale des Arabes de l’Algérie. On est loin d’être fixé sur la descendance des Arabes de nos possessions. Pour les uns, ils appartiennent à la race sémitique ou syro-arabe. Pour quelques anthropologistes, ils descendent d’Abraham comme les Juifs; pour d’autres, de la branche d’Isniaël. M. l’inspecteur médical Guyon, considérant la minceur des os de leur crâne , leur assigne une origine persane, ce qui me paraît pour le moins très hypothétique. Ce qui ne l’est guère moins, c’est l’opinion du D'' Bodichon qui, établissant un curieux rapprochement entre les caractères physiques et moraux des Arabes et des Bretons, leur a donné une communauté d’origine , celle des Atlantes ( tribus africaines), les premiers navigateurs connus. Toutefois, d’après l’opinion générale , les Kabyles, désignés sous le nom deBerbers, descendraient des Phéniciens; leur patrie primitive serait la terre de Chanaan. Quant aux Maures , habitants des villes , ils offrent une race mélangée de ces divers éléments conquérants, tels qu’anciens Mauritaniens, Numides, Phéniciens, Romains, Arabes. M. Guyon pense que cette dernière population est un croisement de races européennes avec les Berbères et les Arabes.
« Quoi qu’il en soit, on peut, dit M. le D' Bertherand , partager la population actuelle, avec laquelle nous avons des rapports , en trois classes : l’Arabe , le Kabyle et le Saharaoui. L’Arabe habite le Tel , les contrées maré-
cageuses; le Kabyle habite les montagnes; le Saharaoui habite les oasis , les terrains sablonneux du sud. Autant de classes, autant de variétés dans la manière de se nourrir, de se vêtir , dans l’industrie , dans le tempérament physique des individus, dans leurs dispositions intellectuelles. L’Arabe a l’intelligence fort ordinaire ; le Kabyle applique toutes ses facultés aux arts , à l’industrie ; le Saharaoui a une grande facilité de conception , une imagination très vive ; mais il est un élément qui établit un lien entre toutes ces classes, c’est l’élément religieux et le fatalisme qui en est la suite; c’est ensuite une dissolution dans les mœurs, dont on se fait difficilement une idée. »
Cette partie du livre renferme des détails très intéressants sur la constitution physique des Arabes , sur leur croissance précoce et sur la précocité des femmes. J’avoue que j’ai dii, après lecture des importantes considérations anthropologiques que renferme l’œuvre de M. le D>' Bertherand, réformer bien des idées que je m’étais faites, d’après les récits des voyageurs , sur les mœurs et le caractère des Arabes. Choisissons un exemple. — On s’est fait généralement une opinion très avantageuse de la sobriété des Arabes :
« Si l’on jugeait le peuple arabe d’après la plupart de ceux qui, depuis vingt ans, croient écrire son histoire réelle en se bornant à l’examen des Maures ( les habitants des villes), l’indigène serait digne, par sa sobriété, de prendre place parmi les stoïciens et les pythagoriciens. C’est là une grande erreur, » dit M. Bertherand , « qu’il importe de détruire. Un proverbe arabe dit bien que :
« L’homme a quatre grands ennemis ; le diable (el iblisj, « le monde ( el dénia ), l’amour ( el acheûq ) et l’appetit f el « gabelia n
(( Mais la manière de satisfaire ce dernier ne tient guère compte de cel aphorisme plein de sagessc.il esl , en ellét,
généralement admis qu’on mange peu dans les pays chauds. Montesquieu pensait que , les solides se dissipant moins que les liquides, les libres s’usaient moins et demandaient peu de réparations. 11 faut bien aussi remarquer que si , dans les pays chauds, le poumon exhale moins d’acide carbonique , la suractivité physiologique du foie produit une sorte de pléthore de bile décarbonisante qu’il est naturellement indispensable d’utiliser avec une alimentation suffisante et convenable. N’oublions pas non plus l’activité fonctionnelle de l’enveloppe cutanée , les conditions atmosphériques assez mauvaises dans lesquelles se trouvent l’habitant des plaines et le montagnard. La sobriété, dont on a fait une vertu arabe , n’existe réellement pas et ne saurait exister. « Dans le royaume de Tunis, le musulman « mange à gogo, quand on lui donne (1). » C’est la même chose pour l’Arabe algérien. S’il mange peu d’ordinaire , c’est que sa paresse , l’état peu avancé de la culture , la vie nomade, etc..., l’obligent à avoir peu pour se nourrir. Mais, dès qu’il trouve le moyen de s’ingurgiter des masses de coitscouss avec une goinfrerie dégoûtante , il se garde bien de laisser échapper l’occasion. Ceux qui ont vécu au milieu des Arabes, des Kabyles, des habitants du sud . ont pu être témoins de ces accès de polyphagie. Il en est de même chez les Touareng. « Très sobres au besoin, ils « resteront deux ou trois jours sans boire ni manger plutôt « que de manquer un conp-de-main ; mais , très gloutons « à l’occasion , ils se dédommageront largement après la (( razzia (2). » Les médecins qui ont traité des indigènes ,
(I) Du royaume de Tunis dans ses rapports arec l'Algérie , par le l)'' Kranrlin , 1850,
(?) !\f(rurs rt roufiimrs de l’Algérie, par le "cnéral Daiimas ,
soit dans les tribus soit dans les hôpitaux , savent bien avec quelle difficulté on les soumet à une alimentation restreinte , et combien il est impossible de leur faire endurer la diète ; ils préfèrent se sauver de l’établissement ou se soustraire à la continuation du traitement chez eux ; et , comme l’a parfaitement observé aussi le Df Deleau (1), « c’est une remarque que chacun a pu faire, l’Arabe pourra « impunément manger dans des cas qui nécessiteraient la « diète , même pour nos soldats. »
« On serait porté à penser, » ajoute M. le D"' Bertherand , « que le Saharaoui mène une vie plus sobre ; il n’en est rien ; si la nécessité des circonstances le force à rester quelques jours sans nourriture et semble devoir l’habituer ainsi à une grande modération dans la quantité de ses aliments, il prend sa revanche pleinement à l’occasion. Il y a un fait certain , c’est que les indigestions , les affections gastro-hépatiques , les diarrhées qui leur succèdent sont très fréquentes dans la population musulmane de l’Algérie. Le Prophète, cependant, avait dit, chap. vu, v. 29: « Mangez et buvez , mais sans excès; car Dieu n’aime point « ceux qui commettent des excès. »
Le caractère proprement dit de l’Arabe ne se présente pas sous un jour plus favorable.
« L’éducation intellectuelle de l'Arabe est à peu près nulle. A Alger, sur beaucoup d’écoles indigènes, une seulement est destinée aux jeunes filles mauresques, encore est-elle d’institution française et dirigée par une Française. Que doit-ce être dans les autres villes, à plus forte raison dans les tribus , les campagnes ? La polygamie , la précocité des unions sexuelles , l’absence d’éducation réduisent les femmes à l’état de brutes, d’esclaves, qui font des
(3) T. MI fies Mémoires de médecine mitHoire, IS'iî.
cnfaiils, mais ne savent pas les élever. Aucune d’elles ne connaît la lecture ni l’écriture. Les occupations domestiques, la cuisine , le tissage de la laine, la confection des vêtements, le soin des animaux, voilà toute leur existence ! ! Cette rouille générale de l’intelligence n’est-elle point la source de toutes les misères, de toutes les souffrances physiques, de tous les vices les plus dégradants ? Elle détruit les aiguillons de l’espérance ; elle paralyse toute idée d’entreprises , d’harmonisation des devoirs avec les besoins; elle tarit tout élan de conception. Alors l’esprit, forcé de s’exercer sans but utile et convenable, s’arrête aux choses les plus futiles, les premières venues ; s’il n’en trouve pas à son gré , il les invente ; de là le fond rêveur , poétique , imaginatif , désordonné de l’esprit arabe , dont la finesse ne peut être niée , mais auquel il manque de l’étolfe, en un mot, de la pénétration. »
Il résulte , Messieurs, de toutes ces études sur les mœurs arabes une triste déduction , un pronostic tellement décourageant, pour nous servir d’une expression médicale, que l’auteur, qui connaît cependant bien son sujet , car il a nonseulement vécu au milieu des Arabes, mais il a étudié leur constitution morale et physique en médecin observateur, en anthropologiste érudit , l’auteur, dis-je, en a pour ainsi dire laissé la responsabilité à un autre savant, M. le commandant Richard. Voici comment s’exprime ce militaire distingué sur la dégradation physique et morale des Arabes ;
« Le peuple arabe est un peuple dans un état de dégradation physique et morale qui dépasse toutes nos idées de civilisés. Le vol et le meurtre , dans l’ordre moral , la syphilis et la teigne , dans l’ordre matériel , sont les larges plaies qui le rongent jusqu’à le rendre méconnaissable dans la grande famille humaine. Il est impossible que ses chefs et ses grands ne participent pas un peu de cette dégradation , quelle que soit la richesse des vêtements qui
les recouvrent et la beauté des chevaux qui les portent... La polygamie , en couvrant du manteau de la légalité l’immoralité la plus honteuse et donnant un aliment constant à la jalousie et aux haines rongeuses , fait de la tente un enfer. La jalousie et les haines produisent des disputes intestines , et, quand le maître rentre, le hàton est le seul moyen qu’il emploie pour les calmer. Il serait affreux de raconter tout ce que la brutalité arabe fait supporter au sexe qui a produit Aspasie et Jeanne Darc , les deux faces de la beauté dont il rayonne... Le contre-coup de ces atrocités, qui rappellent les jours des premières calamités humaines , c’est un dévergondage de mœurs , une débauche dont nulle orgie ne peut donner la mesure. La pudeur, qui est le parfum de la femme civilisée , est inconnue à la femme arabe, et elle se livre, sans honte comme sans remords , au premier qui la veut , etc... (1). »
Après la description de tant de causes de dégénérescence pour la race arabe , il vous tarde sans doute , Messieurs, de savoir quels sont les éléments régénérateurs que l’auteur va indiquer. C’est ce que , de mon côté aussi , j’ai avidement recherché. Après m’être occupé activement, pour ce qui me regarde , des causes dégénératrices de l’espèce humaine , je crois qu’il est de mon devoir de mettre en relief tout ce qui peut la régénérer. Malheureusement , dans la médecine collective comme dans la médecine individuelle , il est plus facile d’indiquer le mal que de préciser le remède. Ce remède, en effet, n’est pas un spécifique, c’est un ensemble d’applications tirées des moyens intellectuels, physiques et moraux mis à notre disposition. Je me hâte cependant d’ajouter que je suis loin de croire , et
(1) Etudes sur l’insurrection du Dhara , et de la législation musulmane , par le commandant C. Richard.
M. Berlherand est dans le même ordre d’idées , que la race arabe soit incurable , qu’elle ne soit pas assimilable à notre civilisation, et conséquemment vouée à l’extermination.
Le type arabe, malgré les causes de dégradation qui l’affectent , conserve encore des éléments de vigueur ; cette dégradation se fait particulièrement sentir, il est vrai , dans la diminution de la population ; mais il paraît certain qu’avec les éléments qui subsistent , il y a possibilité pour nous de régénérer ce peuple. Quel magnifique rôle la France n’a-t-elle pas k remplir sous ce rapport, et combien l’imagination ne se plaît-elle pas à créer, de l’autre côté de la Méditerranée , une autre France qui réflèterait notre civilisation et prêterait à la mère-patrie un appui que la perte de nos colonies dans les Indes et dans l’Amérique nous a pour jamais enlevé ?
Les excursions que j’ai faites antérieurement avec vous dans le domaine de l’anthropologie vous ont déjà prouvé , Messieurs , que je ne regarde pas le mélange des races comme un élément de dégénérescence. J’ai combattu , sous ce rapport, le fatal pronostic de M. de Gobineau, et je trouve dans l’ouvrage de M. Bertherand la confirmation de ma manière de voir. Il s’agit seulement de bien choisir l’élément de la fusion ; cet élément n’est pas introuvable , car, d’après l’auteur que je cite , on ne rencontre pas chez les Arabes ces conditions altérantes produites par le travail prématuré et exagéré, et qui, dans nos centres manufacturiers, violentent si profondément la taille humaine et la constitution des individus. La croissance , pour ces divers motifs , et grâce aussi à l’influence climatérique , s’opère librement. Enfin l’expérimentation , cette dernière et impérieuse invocation de la science moderne , est là pour justifier nos propres prévisions : les Kouloughis , produits d’unions entre femmes indigènes et Turcs , sont plus forts, plus intelligents... Les Maures , habitants des villes et pro-