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duits eux-mêmes de tant de fusions qui remontent peutêtre jusqu’à la conquête romaine, ne sont nullement dégénérés non plus et paraissent avoir de l’aptitude pour accepter notre civilisation. La chose capitale est d’amener dans notre sphère d’attraction l’Arabe des campagnes , le montagnard Kabyle et l’habitant du désert.
M. Bertherand , et je dois l’en remercier au nom de tous ceux qui pratiquent l’art de guérir , a la plus grande foi dans l’influence de la médecine comme élément de civilisation ; c’est même sur elle qu’il s’appuie , d’une manière ' un peu exclusive peut-être , mais qui n’en est pas moins l’expression d’une foi vive, ardente , et que respecteront même ceux qui n’accorderont pas à la médecine une influence aussi absolue.
« Nous en sommes intimement convaincu, » dit l’auteur,
« la médecine française peut jouer un rôle des plus puissants et des plus complets dans cette grande œuvre de la civilisation d’un peuple , dont le présent ouvrage a cherché à esquisser les tristes conditions physiques et morales.
« Quand on voit les indigènes algériens accepter avec facilité certaines modifications que notre contact , encore peu prolongé, a imprimées à leurs mœurs, à leurs idées, pourvu que leurs intérêts physiques y trouvent une large part , il est permis de se demander pourquoi la médecine n’interviendrait pas efficacement dans le même but civilisateur, pour apporter aussi son contingent de bien-être. Est-ce que l’Arabe ne reconnaît pas aujourd’hui l’équité supérieure de nos lois? Est-ce qu’il ne préfère pas cultiver son champ sous la protection immédiate de notre autorité ? Est-ce que beaùcoup d’indigènes n’ont pas abandonné la chambre de poils pour occuper une maison à la française, plus commode , plus sûre , plus salubre ? Est-ce que les Spahis , les Arabes , qui vivent plusieurs années dans les rangs de l’armée , les chefs indigènes qui ont de fréquentes
relations avec nos autorités, ne ünissent point par accueillir quelques-unes de nos coutumes et les faire passer dans le mouvement ordinaire de leur existence quotidienne ? »
Partout , d’ailleurs , on trouve l’Arabe disposé à bien recevoir, à bien traiter ceux qui viennent, au nom de la France , soulager ses souffrances et sauvegarder les intérêts sanitaires publics. Tout ce que l’on sait de sa baulc vénération et de sa reconnaissance pour les médecins, nous dispense d’entrer ici dans d’autres détails sur ce sujet. C’est que, comme l’a fort bien dit le D'' Guyon (l) , « de toutes les branches de nos connaissances , la médecine est celle qui travaille le plus directement au bonheur de l’homme , à son bonheur le plus positif , puisqu’aprés avoir reçu l’existence , notre plus grand bien sur la terre est de ne pas souffrir. » Or, en observant de près le caractère de l’Arabe , on le trouve très sensible à tout ce qui peut impressionner avantageusement , flatter des instincts matériels, satisfaire son bien-être physique. « Utiliser, c’est civiliser, » devient donc ici une maxime politique très opportune à appliquer.
Dans une des séances les plus solennelles du Congres médical de 1845 , que disait le Ministre de l’instruction publique? « Le gouvernement du roi compte beaucoup sur le dévoûment professionnel , sur l’influence morale des médecins de l’Algérie pour la civilisation des Arabes , pour l’affermissement de la domination française en Afrique. » Et, l’année suivante ( 4 juillet 1846 ) , en visitant l’hôpital du Dey, à Alger, le même Ministre disait aux médecins militaires :
« Vous rendez de grands services en ce pays ; mais
(1) Discours prononcé à l’École de incdecine militaire d’Alger, le 9 février 1834.
votre dévoûment , les fatigues et les privations que vous supportez , les soins que vous prodiguez aux soldats malades ou blessés , ne sont pas les seuls mérites que vous ayez auprès du Gouvernement. Vous avez encore une autre mission aussi importante à remplir, cest de concourir pour une grande part à faire pénétrer notre civilisation au milieu des tribus arabes ou kabyles. Votre prosélytisme est le seul , peut-être , qui puisse réussir d'ici à de longues années. Ceux d’entre vous qui seront appelés, à cause de vos ressources médicales , à soulager les indigènes souffrants , arriveront , sans nul doute , à faire pénétrer et fructifier chez eux quelques-unes des idées de notre civilisation européenne. Nous espérons que le Gouvernement tjous donnera bientôt, dans ce but, des moyens plus étendus et plus efjîcaces. De notre côté , nous ferons nos efforts pour vous mettre en mesure de propager parmi les indigènes l’instruction médicale, qui sera utile à la fois à l’humanité et à l’établissement de notre puissance dans ce pays. »
« Nous nous contenterons, « ditM. le D^Bertherand, » de citer encore à ce sujet l’opinion d’un des hommes les plus considérables de l’époque (1) :
« L’armée possède une classe d’hommes qui , avec un « peu d’aide , s’attachera beaucoup d’indigènes : ce sont les « médecins. Les Arabes et les Kabyles ont en leur talent « une confiance illimitée , et reconnaissent les soins qu’ils « reçoivent d’eux par les devoirs de l’hospitalité les plus « sacrés parmi ces peuples. Un médecin, connu pour tel , « parcourt les tribus ennemies avec la certitude d’être parce tout recherché et protégé.... Faire du bien aux hommes,
« c’est les préparer à reconnaître une supériorité et à rece- « voir une direction. . . Les musulmans n’ont jamais répugné
(I) Le baron Beaude ; Y Algérie, t. II.
« à accepter le bien que leur apportaient des mains chré- « tiennes, et l’obstacle qui nous sépare est bien plus dans « les mœurs que dans les cultes. »
J’accepte ces conclusions; j’aurais voulu que l’auteur donnât, à cette partie de son œuvre , une extension plus grande, et qu’il examinât la question à un point de vue plus large et plus philosophique.
Je m’explique en quelques mots, car je serais fâché que cette appréciation critique fît naître dans vos esprits le moindre doute sur la valeur intrinsèque d’un ouvrage aussi important , aussi éminemment utile que celui dont je suis le rapporteur. Je vois dans la régénération d’un peuple deux temps bien distincts , correspondant à deux séries d’applications médicatrices dont il est bon de faire ressortir les conséquences.
En admettant que la régénération d’un peuple soit possible , il est évident qu’une pareille œuvre n’est pas l’affaire d’un jour. Il est un temps que j’appellerais volontiers la période d’initiation , et qui consiste à s’attirer les sympathies de ceux que l’on veut modifier ; il faut alors s’occuper d’une manière spéciale de leur bien-être matériel. Il est juste que les avantages réels de la paix fassent compensation aux tristes nécessités d’une guerre de conquête. Nous semblons entrer, pour ce qui regarde l’Algérie, dans cette période, et ce n’est que plus tard que l’instruction, avec le but avoué du développement des facultés intellectuelles et morales des individus , couronnera l’œuvre de la régénération en disposant peu à peu la génération présente à transmettre à la génération qui suit certaines dispositions sans lesquelles le progrès est irréalisable. Je parle de ces dispositions innées pour le bien, de ces aptitudes pour les sciences et les arts qui sont , chez les nations civilisées, un héritage qu’une génération lègue à une autre. L’appauvrissement de cet héritage est un
signe fatal ; il indique un mal profond qu’il s’agit d’attaquer à sa source. Mais on comprend que si cet héritage constitue un capital moral aussi précieux , il ne peut se former de toutes pièces ; il doit être l’oeuvre successive du temps, autrement dit, des transmissions héréditaires de bonne nature. C’est donc une chose bien complexe que celle de la régénération d’un peuple , d’une race , et c’est ce qui fait que le seul reproche que j’adresse à l’auteur, reproche intéressé, du reste , puisque je m’occupe , de mon côté, des éléments régénérateurs de l’espèce humaine , est de n’avoir pas examiné peut-être ce côté de son œuvre d’une manière aussi complète que j’eusse pu le désirer; il a évidemment cédé à une préoccupation médicale, celle de nous faire connaître à fond le tempérament physique et moral de l’Arabe , et les causes de son infériorité actuelle dans la hiérarchie des nations civilisées; je lui sais néanmoins un gré infini d’avoir mis en relief que les unions entre les différentes races de l’Algérie n’ont pas été une cause de dégénérescence. Quoi qu’il en soit , le but que s’est proposé M. le D' Bertherand était par lui-même assez vaste , et l’auteur l’a atteint complètement; son œuvre est une de celles où ceux qui voudront connaître à fond la race arabe , son passé, son présent, son avenir, trouveront non-seulement les détails les plus attrayants, les plus véridiques , mais encore les enseignements les plus utiles.
Je propose de voter des remercîments à l’auteur, et de placer honorablement son œuvre dans les archives de la Société.
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