‹ Swedenborg; histoire d'un visionnaire aux XVIIIe siècleChapitre 25 sur 34 · Du Ciel et de VEnfer, p · texte numérisé non relu

Du Ciel et de VEnfer, p

Ce passage est véritablement très curieux, et on y trouve une ébauche intéressante de In physiologie pathologique des hallucinations auditives.

Ces hallucinations présentent, *on le sait, tous les caractères des perceptions auditives vraies : même sonorité, môme extériorisation. Mais à côté d'elles, il en est d'autres qui leur ressemblent sans leur être identiques : les , voix entendues dans ces cas ne sont plus extérieures mais intérieures. Les malades ri entendent pas parler, il leur semble entendre parler; ils ne perçoivent pas de paroles distinctes mais plutôt la pensée ou, comme ils disent, le langage de la pensée: .C'est à cette variété d'hallucinations que Baillarger, qui les a bien décrites, a donné le nom d'hallucinations psychiques. Depuis, en mettant à profit les travaux sur la physiologie du langage, on a cherché à préciser la nature et le mécanisme de ces hallucinations psychiques. M. Séglas, qui s'y est appliqué avec beaucoup de talent, les a rattachées au groupe des hallucinations motrices. D'après lui, elles relèveraient du centre du langage articulé (pied de la S** circonvolution frontale), dont elles traduiraient

réréthisme comme les hallucinations auditives expriment, d'après la manière de voir de Tamburini, Téréthisme du centre auditif (1'® circonvolution temporale).

M. Francotte * a émis au sujet de la nature des hallucinations dites psychiques des idées un peu différentes, auxquelles j'hésite d'autant moins à me rallier que depuis longtemps je suis convaincu que la judicieuse interprétation proposée par M. Séglas est trop étroite, La prétendue hallucination psychique est constituée par un double élément : d'une part un phénomène de simple représentation mentale, d'autre part une interprétation délirante. La représentation mentale peut être une représentation motrice, mais elle peut être aussi auditive ou môme visuelle : il suffit que le sujet, en conséquence de son délire, la tienne pour étrangère à son moi pour que ce qu'on appelle l'hallucination psychique soit constituée. Quand je me représente des paroles prononcées, par exemple, par la Vierge, c'est un simple phénomène de représentation mentale; si, par suite d'une dissociation de ma person-

1. H. X. Francotte. Des Hallucinations dites psychiques. Gand, Imprimerie Van der Haeghen, 1898.

nalité, j'en arrive à penser que ces paroles sont réellement dites par la Vierge, j'éprouve une hallucination, mais une hallucination qui reste psychique et ne devient pas psycho-sensorielle, car le langage qui la constitue n'acquiert pas l'intensité d'une image vive et reste une image faible. On conçoit donc qu'il puisse y avoir des hallucinations psychiques de nature auditive, motrice et même visuelle, puisque notre pensée intérieure se formule tantôt en images auditives, tantôt en images motrices, tantôt en images visuelles, et que les « hallucinations psychiques », suivant la formule très juste, à notre avis, de Francotte, consistent en des pensées dont le malade méconnaît l'origine personnelle et qu'il attribue à une influence extérieure.

Swedenborg paraît avoir eu des hallucinations psychiques auditives et motrices.

Il raconte que les esprits de Mercure « ont en aversion le langage des mots parce qu'il est matériel » et qu'avec eux il n'a pu parler que par une espèce de pensée active.

Qu'a été cette pensée active? La lecture des passages qui suivent va nous l'apprendre.

« Bientôt après vinrent des anges de cette

ipiter), et il me fut donné de percevoir leur langage avec moi qu'ils difféntièrement des anges de notre terre ■ langage était formé, non de mots, dées, qui se répandaient de tous côtés s intérieurs ; et par suite aussi ils un influx dans la face, de sorte que encourait à, chaque chose du langage, nençant par les lèvres et continuant circonférence de tous côtés : les idées lient lieu de mots étaient séparées les s autres, mais très peu. Ensuite, ils èrent au moyen d'idées encore moins . les uns des autres, tellement qu'on t à peine quelque intervalle; c'était i perception comme le sens des mots IX qui ne font attention qu'au sens, ion faite des mots; ce langage était >i plus intelligible que le précédent, t aussi plus plein : il influait de môme précédent dans la face; mais l'influx on la qualité du langage, plus continu; i il ne commençait pas comme le prélar les lèvres ; il commençait par les Lsuite, ils parlèrent encore avec plus de té et de plénitude ; et alors la face ne put

mcourir par un mouvement convenable ;

l'inRux était senti dans le cerveau et le ;au alors était soumis à de semblables vements. Enfin, ils parlèrent de manière le langage tombait seulement dans l'eniennt intérieur, sa volubilité était comme

d'une aure légère ; je percevais l'influx lême, mais indistinctement chaque chose.

;enres de langage se comportaient comme luides: le premier genre comme de l'eau ;oule, le second comme une eau plus lé-

le troisième comme l'atmosphère, le quate comme une aure légère '. »

ailleurs :

Des esprits (de Mars) vinrent vers moi et liquèrent h ma tempe gauche, et là, ils juftlaient leur langage, mais je ne le comlis point; il était doux quant au flux, je avais pas perçu de plus doux auparavant, t comme l'âme la plus douce ; il soufflait ird vers la tempe gauche et vers l'oreille lie par en haut, et le souffle s'avançait de rs l'œil gauche et peu à peu vers le droit, îcoulait ensuite surtout de l'œil gauche,

'es Terres dans l'UniVfrs, p. lOî.

vers les lèvres ; et arrivé aux lèvres, il entrait dans le cerveau par la bouche et par un chemin au dedans de la bouche, et c'était même par la trompe d'Eustache; quand le souffle fut parvenu dans le cerveau, je compris leur langage, et il me fut donné de converser avec eux; j'observai que, lorsqu'ils me parlaient, les lèvres chez moi étaient en mouvement et un peu aussi la langue^ et cela à cause de la correspondance du langage intérieur avec le langage extérieur ; le langage extérieur appartient au son articulé qui tombe du côté de la membrane externe de l'oreille, et de là au moyen des petits organes, des membranes et des fibres, qui sont au dedans de l'oreille, il est porté dans le cerveau. Par là, il me fut donné de savoir que le langage des habitants de Mars était difl*érent du langage des habitants de notre terre, c'est-à-dire que c'était un langage non sonore^ mais presque tacite^ s'insinuant dans l'ouïe et dans la vue intérieure par un chemin plus court.

« Que les très anciens sur notre terre aient eu aussi un tel langage, c'est ce qu'il m'a été donné de savoir par la conversation avec quelques-uns d'eux dans l'autre vie ; et pour éclaircir ce sujet, je vais rapporter ce que j'ai appris :

le voici : Il me fut montré, par un certain influx que je ne saurais décrire, quel avait été le langage de ceux qui étaient de la très ancienne

Eglise ; il n'était pas articulé comme le langage par mots de notre temps; il était tacite et se faisait, non par la respiration externe, mais par la respiration interne ; ainsi, c'était un langage cogitatif; il me fut aussi donné d'apercevoir quelle était leur respiration interne, qu'elle allait de l'ombilic vers le cœur, et ainsi par les lèvres, sans rien de sonore quand ils parlaient et qu'elle n'entrait pas dans l'oreille des autres par la voie externe, et ne frappait pas sur ce qu'on appelle le tympan de l'oreille, mais qu'elle entrait par une certaine voie interne, et même là par ce qui est appelé aujourd'hui la trompe d'Eustache. Il m'a été montré que par un tel langage ils pouvaient exprimer les sentiments du mental et les idées de la pensée bien plus pleinement qu'on ne peut jamais le faire par des sons articulés ou des mots sonores, langage pareillement dirigé par une respiration, mais externe, car il n'y a pas une seule parole, ni même rien dans une parole, qui ne soit dirigé par des applications de la respiration; mais chez eux, cela se faisait avec beau-

coup plus de perfection, parce que c'était par la respiration interne qui, étant plus intérieure, est par cela même plus parfaite et aussi plus applicable et plus conforme aux idées mêmes de la pensée; outre cela, ils s'exprimaient encore par de très légers mouvements de lèvres et par des changements correspondants de la face*. »

Nous pensons que quelques-unes des hallucinations dont on vient de lire la relation doivent être tenues pour des faits de représentation mentale auditive d'intensité très atténuée. Le langage cogitatif n'est en efifet souvent que cela. Il peut, d'ailleurs, comme les représentations auditives normales, s'accompagner de phénomènes moteurs ou de sensations motrices dans la langue, le gosier, la face, sans que ces phénomènes et ces sensations en constituent l'essence. Il ne paraît pas douteux, d'ailleurs, que les hallucinations psychiques soient dans d'autres cas constituées principalement par des représentations motrices ; il en a été vraisemblablement ainsi chez Swedenborg lorsque le langage des esprits de Mars entrait dans son

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