‹ SyllaChapitre 100 sur 286 · ACTE U ,S CÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE U ,S CÈNE IV

Le malheur à ses yeux devient de l'innocence. Vous le dirai-je enfin avec sincérité?

Dans une femme on blâme une stricte équité ; Et Ion croit peu sur-tout quelle soit légitime, Alors qu'une autre femme en tombe la victime.

ELISABETH

Peuple injuste en effet ! téméraires discours

Dont il ose juger la conduite des cours!

Moi! d'un jaloux dépit je poursuis donc Marie!

J'ai donc quelque sujet de lui porter envie!

Certes, quand votre voix pour sa cause combat ,

Quand, du milieu des fers , sous le sort qui l'abat,

Elle lutte avec moi d'audace et de puissance,

Et jusques dans ma cour étend son influence,

Peut-être avec raison, jalouse de son art,

Je puis porter envie à 1 heureuse Stuart.

A surpasser les rois quand j'applique mon ame ,

Elle n'a point tenté d'être plus qu'une femme ;

Elle s'est tout permis , et n'a rien respecté

Des sévères devoirs que suit la royauté;

Du monde cependant elle obtient les suffrages;

Elle séduit, on l'aime , on l'entoure d'hommages :

J'entends, moi-même enfin j'ai honte à l'avouer,

Mes propres courtisans devant moi la louer.

Pleine de tant d'orgueil , quel triomphe pour elle !

LEICESTER

Osez donc l'en punir. L'occasion est belle, Madame; et, contentant ce désir curieux Qui , même à votre insu , vous amène en ces lieux , Venez, à votre aspect que tant d'éclat décore,

Voir tomber cet orgueil qui la soutient encore. C'est assez la punir que paraître à ses yeux ; Pour elle le trépas serait moins odieux Que l'aspect de ce Iront où la beauté rayonne , Que pare la vertu , que la gloire environne. Oh! si dans sa prison j'eusse entraîné vos pas, Il m'eût été bien doux , je ne m'en défends pas ,. De vous placer brillante à côté de Marie , D'opposer votre éclat à sa beauté flétrie , De voir votre triomphe , et dans ses yeux confus L'aveu de ses attraits par les vôtres vaincus. Votre présence ainsi, tant de fois demandée, Pour son supplice encor lui serait accordée.

ÉLIS ABETH.

Leicester, sur mon cœur quel est votre pouvoir! Mais Burleigh a raison ; je ne dois pas la voir.

LEICESTER

Burleigh... sans doute il songe au bien de cet empire; Mais est-il donc le seul que votre gloire inspire ? N'ètes-vous rien vous-même? et ce point délicat Doit-il être réglé par la raison d'état? D'ailleurs, cette démarche et noble et politique Peut vous concilier l'opinion publique ; Et, quand l'opinion ne l'approuverait pas, On ne croira jamais, après ce premier pas, Qu'au séjour de Marie en secret entraînée, Vous soyez, sans la voir, à Londres retournée.

ELISABETH

Mais la voir, Leicester, serait lui pardonner?

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