ACTE II, SCENE IV
EL ISABETH.
Pourquoi soupirez-vous ?
LEICESTER
Vous me le demandez, quand bientôt un époux Au cœur d'Elisabeth doit occuper ma place , Que d'un si long respect le souvenir s'efface, Que l'heureux duc d'Anjou, succédant à mes droits, Va près de vous s'asseoir au trône de nos rois!
ELISABETH
Je pourrais, comme amie, entendre ce langage, Et gémir d'un hymen où mon peuple m'engage , Si, forcée à contraindre un sentiment trop doux, Je n'avais , comme reine , à me plaindre de vous.
LEICESTER
De moi !
ELISABETH
Dans quel séjour m'avez-vous entraînée ? Comment, sans le vouloir, m'y trouvé-je amenée Quel est votre dessein? qu'avez- vous prétendu? Ce que m'a dit Bnrleigh, vous l'avez entendu? Bientôt toute la cour va percer ce mystère; Bientôt mes ennemis vont dire à l'Angleterre Que sa reine, en un lieu dont tout dut l'écarter 7 Au malheur d'une reine est venue insulter. Est-ce ainsi qu'un sujet de ma gloire se joue?
LEICESTER
Madame, avec franchise il faut que je l'avoue, Oui, je forçai vos vœux, oui, j'entraînai vos pas , Oui , moi seul j'ai tout fait : je ne m'en défends pas. Punissez un dessein qui vous serait contraire ;
Mais s'il peut être utile, ou plutôt nécessaire, Si tous vos intérêts paraissent l'approuver, Ne le punissez pas, et daignez l'achever. L'Europe en ce moment vous regarde attentive. Quand la hache des lois attend votre captive, Vous devez vous défendre au moins de leur rigueur, Montrer que vers Marie inclinait votre cœur, Qu'à la plaindre en secret la pitié vous entraîne, Qu'enfin vous êtes sœur en même temps que reine.
ELISABETH
C'est lui porter sa grâce, et je n'y puis songer.
LEICESTER
Eh! madame, au pardon qui vous veut ohliger? Loin que sa grâce ainsi vous puisse être ravie, En pouvez-vous donc moins disposer de sa vie? A Londres, dans ces murs, en puhlic, en secret, D'autant plus libre alors d'accomplir son arrêt, Que la démarche même où je veux vous résoudre De la rigueur des lois invite à vous absoudre. Que dis-je? que Stuart, captive pour toujours, Doive à votre pitié de misérables jours, En serait-elle moins sous le glaive courbée ? Et pourquoi la frapper ? n'est-elle pas tombée ? Ce lieu ne tient-il pas son sort enseveli? La véritable mort pour elle, c'est l'oubli. Craignez que, l'entourant d'une pitié nouvelle, Un dangereux éclat au jour ne la rappelle. Vous connaissez le peuple : il est accoutumé A s'unir au parti qui lui semble opprimé ; Il aime en son triomphe à troubler la puissance