‹ SyllaChapitre 110 sur 286 · ACTE III, SCEATE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCEATE IV

ÉLISADETn.

Madame , à ma rigueur c'est vous en prendre à tort; De \oj malheurs en vain vous accusez le sort; N'en accusez que vous, votre jalouse haine, Et peut être avant tout la maison de Lorraine. Vous le savez, en paix nous vivions toutes deux, Quand Guise, ce vieillard, ce pontife orgueilleux, IVon content du pouvoir que la France lui donne, D un œil ambitieux regarda ma couronne. C'est lui qui de la guerre arbora le signal ; C'est lui de qui l'orgueil à sa nièce fatal , De ce trône à vos yeux faisant briller les charmes , Vous fit prendre imprudente et mon titre et mes armes. Pour me perdre , en effet , que n'a-t-il point tenté ! N'a-t-il point, par vous même en secret excité, Armé le continent, et ses rois , et ses prêtres , Pour m'arraeher un droit , reçu de mes ancêtres , Qu'un règne glorieux affermit à son tour, Et que du peuple anglais a consacré l'amour ? Naguère, gouverné par vos sourdes pratiques , Sixte a lancé sur moi les foudres catholiques, Philippe préparait des foudres plus puissants ; Mais l'Espagne, épuisée en apprêts menaçants, De sa flotte en espoir inondant mes rivages , Avait, dans ses calculs, oublié les orages. J'ai triomphé. Le ciel a montré hautement Que vos rois de son nom s'armaient injustement. Mes sujets sont heureux; mes provinces, tranqufiles; Je vois par-tout mes champs pleins de moissons fertiles: Mes cités, de trésors; d'armes, mes arsenaux ;

ô'o MARIE STUART.

Et mes camps , de soldats ; et mes ports , de vaisseaux.

De 1 Océan du Nord je marche souveraine.

Sans doute- je comprends qu'une semblable reine,

Aux yeux de Sixte-Quint , ne saurait gouverner.

Je ne lui promets point, certes, de ramener

Ces jours où le roi Jean , lâche autant que barbare,

Rendait le sceptre anglais vassal de la tiare ;

Je ne le flatte point de ramper sous ses lois

Comme y rampent Philippe et les faibles Valois;

Fille de Henri huit, j'ose imiter mon père.

C'est donc une autre reine en qui 1 église espère.

Il faut s'armer. Vos droits deviennent les plus saints.

La guerre est impuissante ? Il faut des assassins.

On prêche à des sujets dans la chaire perfide ,

Le meurtre, le parjure, enfin le régicide!

De pièges, de poignards, on entoure mes pas;

Mais l'orgueilleux Lorrain ne triomphera pas;

Il tendait vers un but : il en atteint un autre;

Il menaçait ma tète; et va frapper la vôtre.

MARI E

Je suis soumise à Dieu : mais j'en garde l'espoir, Vous n'abuserez pas d'un semblable pouvoir.

[Ici Leicester et Mclvil se rapprochent des deux reines.)

Qui m'en empêchera ? Qui le défend ? personne. !V exécuté-je pas ce que 1 église ordonne? Et Guise et Charles neuf ne m'ont-ils pas appris Quelle paix on doit faire avec ses ennemis? Libre, de votre foi que m'offrez-vous pour gage

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