‹ SyllaChapitre 111 sur 286 · ACTE IIÏ, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IIÏ, SCÈNE IV

Est-il quelques serments dont Rome ne dégage ? Avec une ennemie il n'est point de traité.

MARIE

Si vous l'aviez voulu, 1 aurions-nous donc été? Et, sans descendre enfin du trône d'Angleterre, Que ne m'en avez vous reconnu l'héritière l

ELISABETH

Oui , je devais sans doute , utile à vos projets , Moi-même présenter Stuart à mes sujets , Pour que d'un nouveau règne on saluât l'aurore , Et que moi, quand je vis, quand je gouverne encore....

MARIE

Ah ! vivez , gouvernez , disposez de mes droits ; Non , je ne prétends plus au sceptre de vos rois ; Dès la fleur de mes ans le malheur m'a flétrie ; Je ne suis plus hélas ! qu'une ombre de Marie. Maintenant, c'en est fait; tout vous a réussi ; Prononcez le pardon qui vous amène ici : Je ne saurais penser qu'un cœur si magnanime Ait voulu seulement insidter sa victime. Achevez; de leurs fers affranchissez mes mains, Et de ma chère Ecosse ouvrez-moi les chemins ; Avec ma liberté que vous m'avez ravie , Comme un présent encor je recevrai ma vie. Dites une parole : achevez : je l'attends : Oh ne me laissez pas l'attendre trop long-tems ! Malheur , malheur à vous si votre sœur tremblante N'entend de votre bouche une voix consolante. Si mon pardon bientôt ne doit pas tout finir, Si quelqu autre dessein vous avait fait venir ,

62 MARIE STUA R T.

Ah! je ne voudrais pas au prix d'une couronne , Au prix de tous ces bords que la mer environne, Pour les trésors du monde échangeant mes liens , Être telle à vos yeux que vous seriez aux miens.

ELISABETH

Mais si j'écoute ici la pitié qui me presse ,

SI je cède à mon cœur qui pour vous s intéresse,

Si ma clémence enfin faisait taire les lois •

Me promettriez-vous que , pour servir vos droits ,

De nombreux partisans , entraînés par vos charmes ,

Contre moi, malgré vous , ne prendront pas les armes ?

N'est-il plus de complots que l'on puisse former ?

N'est-il plus de Norfolk , qui veuille vous aimer ?

MARIE

C'en est trop.

ELISABETH

Il est vrai qu'un exemple sévère Peut effrayer celui qui prétendrait vous plaire. Il fuira de Norfolk l'imprudence et le sort; Il craindra votre amour , car il donne la mort.

MARIE

Oh ma sœur !

ELISABETH

Leicester , regardez quelle rage ! ( h Marie. ) Quel mouvement soudain trouble votre visage ? Vous voyez ; je suis calme , et prête à pardonner. Quoi ! du nom de Norfolk ainsi vous étonner ? Craignez-vous que milord en apprenne l'histoire? Mais , de vos sentimens vous-même faisiez gloire;

Page 1