‹ SyllaChapitre 125 sur 286 · M E L V IL · texte numérisé non relu

M E L V IL

Le ciel qui quatre fois a su la préserver Des assassins encor saurait bien la sauver.

Madame , on vous abuse alors que de Marie On vous fait redouter les complots et la vie : C'est dans sa seule mort qu'est tout votre danger. Vivante , on l'oubliait ; morte , on va la venger. Les peuples désormais ne vont plus voir en elle Celle qui menaçait leur croyance nouvelle, Mais une reine, esclave au mépris de ses droits, Mais le sang de Henri, la fdle de leurs rois. Demain entrez dans Londre , où naguère adorée Vous traversiez les flots d'une foule enivrée: Au lieu de ces longs cris , de ces regards joyeux , Qui frappaient votre oreille et qui suivaient vos yeux, Vous trouverez par-tout cette crainte muette , D'un peuple mécontent menaçante interprète, Ce silence glacé, dont, terrible à son tour, Il avertit les rois qu'ils n'ont plus son amour. Vous n'achèverez pas. D'une tache éternelle Vous ne souillerez point une vie aussi belle, Madame; vous craindrez que l'équitable voix Qui dicte après leur mort le jugement des rois , Rangeant Stuart parmi les injustes victimes, Ne place son trépas sur la liste des crimes. Vous craindrez que la voix de vos accusateurs, Couverte maintenant par le bruit des flatteurs , N'aille un jour, soulevant l'inexorable histoire, Devant son tribunal citer votre mémoire. Vous frémissez. Je tombe à vos sacrés genoux :

8o MARIE STUART.

Si ce n'est pour Stuart, grâce, grâce pour vous!

Melvil! à quel tourment me vois-je réservée ! Du fer des as assins pourquoi m'a-t-on sauvée ? Que ne les laissait-on jusqu'à moi parvenir ? Ainsi par un seul coup tout aurait pu finir : Ma vie en ce moment ne serait pas à plaindre: Sans crimes à punir, sans reproches à craindre, D'un pouvoir qui me pèse oubliant le fardeau , Je dormirais tranquille au fond de mon tombeau. Je suis lasse, Melvil, du trône et de la vie. Si mon salut dépend de la mort de Marie , Si l'une de nous deux , comme il semble certain , Doit de l'autre en tombant assurer le destin , Pourquoi tomberait-elle ? et pourquoi , déjà lasse, Refuserais-je eneor de lui céder ma place ? Mon peuple peut choisir. Qu il parle ; et dès demain, De mon premier exil reprenant le chemin , Jirai, loin d'un éclat si rempli de tristesse, Au séjour où coula ma paisible jeunesse; Où, loin des vanités d'un monde corrupteur, Dans moi-même autrefois je trouvais ma grandeur. A gouverner l'état, Melvil, j'ai pu prétendre-, Tant que j'eus seulement des bienfaits à répandre ; Mais avec mes bienfaits mon règne doit finir ; Je ne sais plus régner alors qu il faut punir.

Buar-EiGit.

Quand j'entends ce discours , je ne saurais me taire Sans trahir mon de\oir, vous-même, et l'Angleterre. Madame , est-ce bien vous ? Puis-je vous retrouver ?

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