ACTE IV, SCÈNE VI IL
Vingt ans clans la prison, dans la douleur passés , Quel que soit son foi/ait, l'en punissaient assez. Voilà ce que va dire et répandre l'envie.
Mais quoi ! j'épargnerais celle qui veut ma vie ! Qui tend jusqu'en ma cour ses pièges séducteurs î Qui détourne de moi mes propres serviteurs ! Leicester ! qui l'eût dit ?... Mais je garde à ce traître Une épreuve où du moins je pourrai le connaître. Allons , qu'elle périsse : il n'y faut plus penser.
( Elle s'approche de la table sur laquelle est la sentence; elle prend la plume, et, prête a signer, elle s'arrête.}
A ce trait décisif que ma main va tracer , Je frissonne. Il me semble en ce moment suprême Que de ma propre main je la frappe moi-même. Le monde me regarde : oh ! pourrai-je achever !
( Elle se tait un moment. ) Devant lui, de quel air elle osait me braver ! Quelle orgueilleuse insulte elle a sur moi lancée ! Ne lui semblait-il pas qu'elle m'eût terrassée ? D'une haine impuissante 6 faible et vain effort ! La mienne est plus fidèle : elle porte la mort.
( Elle ressaisit avidement la plume. ) Je suis, a-t-elle dit, le fruit de l'adultère ! J'usurpe insolemment le trône d'Angleterre ! Malheureuse ! ta mort éclaircira mes droits. Quand tu ne seras plus , qu'on n'aura plus de choix , Le doute disparaît; je règne alors sans crime.
( Elle signe avec un mouvement rapide et ferme. ) Je suis de Henri huit la fille légitime.
( Des qu'elle a signé, la plume échappe des mains d'Elisabeth, et elle tombe comme épouvantée sur son fauteuil. Bientôt elle se remet , et fait signe aux pages de laisser entrer les lords qui étaient demeurés en-dehors de la salle , mais toujours en vue du spectateur.)