ACTE V, SCENE III
Soyez joyeux plutôt de voir briser mes fers : La prison disparaît et les cieux sont ouverts. Dans cet affreux séjour , quand une femme altière M'accablait de mépris, d'opprobres, de misère, Que si long-temps encor je pouvais l'endurer , C'était, c était alors qu'il fallait me pleurer. La bienfaisante mort, du doux pardon suivie, Répare en un moment les fautes de ma vie : L'être faible, abattu sous le fardeau du sort, Est à son dernier jour relevé par la mort. L'espoir rentre en mon ame, et l'orgueil qu'il me donne Sur ma tête aujourd'hui replace ma couronne. ( Elle fait quelques pas et aperçoit Melvil. ) Quoi ! Melvil ! vous ici ! consolante amitié ! Mon malheur n'a donc point lassé votre pitié! Chevalier, levez-vous! D'un serviteur que j'aime La présence m est douce à cette heure suprême ; Et je rends grâce à Dieu, puisqu'il permet du moins Que mon dernier moment ait vos yeux pour témoins , Et que, prête à mourir, j'éprouve l'assistance D'un ami dont le cœur partage ma croyance.
Madame , cet espoir ne m'a jamais quitté. Dieu me devait, pour prix de ma fidélité, De vous servir encore à votre dernière heure.
MARIE
Ah! loin de tous les miens lorsqu'il faut que je meure , A mes parents du moins vous porterez mes vœux . Mon dernier souvenir, et mes derniers adieux. Je remets en vos mains cette donne espérance.
Te bénis le monarque et la maison de France , Mon oncle de Lorraine, et Guise, notre espoir, Et tant d'autres amis que je ne dois plus voir. Tous , ils seront nommés dans l'écrit que je laisse. Quelque faible présent que mon cœur leur adresse, J'espère que leurs cœurs, m'en payant le retour, Ne mépriseront pas ces dons de mon amour.
MELVIL
Y os vœux seront remplis.
M ÂRIE.
J'en reçois l'assurance.
( se tournant vers ses serviteurs. ) J'ai pour vous , de ma main , écrit au roi de France ; J'ai sur vous appelle son auguste secours ; Dans cette autre patrie allez passer vos jours ; Transportez vos destins dans cette heureuse terre, Et pour jamais , sur-tout , fuyez de l'Angleterre. Je ne veux pas qu'un jour le Breton orgueilleux Du triste état des miens réjouisse ses yeux , Et que , me poursuivant au-delà de ma vie , Il prodigue l'outrage à ceux qui m'ont servie. Jurez-moi , si mes vœux ne sont pas superflus, Que vous fuirez ces bords, quand je n'y serai plus.
M EL VIL
Nous vous le promettons.
( Tous avancent la main en signe de serment. )
MAR IE
De mon triste héritage J'ai moi-même entre vous fait un égal partage.
( Se rapprochant d'Anna, )