‹ SyllaChapitre 138 sur 286 · ACTE V, SCÈNE III. o · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III. o

Pour toi , ton amitié met peu de prix à l'or , Anna, mon souvenir est ton plus cher trésor; Prends ce don, ce tissu, ce gage de tendresse Qu'a pour toi de ses mains embelli ta maîtresse ; Doux ouvrage , il a vu mes secrètes douleurs , Hélas ! et bien souvent je l'ai mouillé de pleurs. Quand il en sera temps , la main fidèle et chère En couvrira mes yeux : c'est un devoir sévère ; D'un service cruel c'est t'imposer la loi ; Mais je veux, mon Anna , le recevoir de toi.

AN NA

( a part.) Madame !.... c'en est trop , et ma constance est vaine

MARIE

Venez tous ; recevez l'adieu de votre reine. Adieu. Ne pleurez pas. Pour un sort plus heureux Nous nous retrouverons quelque jour dans les cieux: J'en ai l'espoir. Je meurs dans la foi véritable. Du crime qu'on me fait je ne suis point coupable. Puisse de mes erreurs dieu ne pas me punir !

Melvil! pour m'en absoudre, ah! daignez me bénir. Le ciel aux cheveux blancs donne ce droit suprême. Le pardon d'un vieillard est celui de dieu même. Vous, qu'il me semble exprès envoyer en ce lieu , Jadis mon serviteur , soyez celui de dieu ; Devenez son ministre et son saint interprète ; Et , comme devant moi se courbait votre tête , Abaissant devant vous mes yeux humiliés , C'est moi qui, maintenant, me prosterne à vos pies.

( La reine se met a genoux devant Melvil , et tout le monde s'éloigne.)

gè MARIE S TU ART.

melvil, avec autorité.

Marie, autrefois reine, et maintenant martyre, Lorsque le roi des cieux du monde vous retire , Allez vers lui sans peur: l'or pur est éprouvé; De la paix du seigneur l'instant est arrivé. Coupable seulement des erreurs d'une femme , Vos fautes dans le ciel ne suivront pas votre amej Et quiconque vers dieu s'élève avec amour , N'emporte rien du monde au céleste séjour. Adieu. Qu'un saint espoir, en mourant, vous soutienne. Allez ; je vous bénis : partez, ame chrétienne ! Dieu s'avance lui-même au-devant de vos vœux , Et le pardon sur vous descend du haut des cieux.

( Paulet parait a la porte. Melvil va 'vers lui , Marie reste h genoux, plongée dans la méditation.) ANNA,à part.

Quel bruit ai-je entendu ? si Mortimer!... melvil, revenant vers Marie.

Madame .

Avez-vous rassemblé les forces de votre ame ?

marie, se relevant.

Oui , dieu m'occupe seul ; et je viens sans retour De lui sacrifier ma haine et mon amour.

Ainsi, sans redouter sa présence imprévue , Du comte Leicestcr vous soutiendrez la vue. Leicester et Burleigh demandent à vous voir. Ils sont là.

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