ACTE V, SCENE VI
LEICESTER
Il n'est plus !
SEYMOUK.
Ses amis, noble et vaillante escorte, De la seconde enceinte avaient franchi la porte ; Ils marchaient vers ce lieu par un secret chemin, Mais, par-tout de soldats enveloppés soudain, Ils n'ont pu de Burleigh tromper la vigilance. Tous ont péri. Venez, milord , fuyons en France! L'Angleterre n'est plus , pour vos jours, sans danger; Des amis vous suivront au royaume étranger.
eeicester, sans V entendre.
Barbare Elisabeth ! abominable reine !
Eh bien! la voilà donc, celte prudence humaine! De tant de politique est-ce là tout le fruit ! Désirs ambitieux, où m'avez-vous conduit! Marie ! ah , devait-elle au moment qu'elle expire , De l'amour, sur mon ame , exercer tout l'empire! Que dis-je ! malheureux ! c'en est fait sans retour; Pour toi plus de bonheur, de tendresse, d'amour; Te sied-il de montrer une pitié de femme ! De céder aux remords qui tourmentent ton ame! Ce n'est pas maintenant qu'il les fallait avoir. Maintenant, il te faut poursuivre ton devoir.
[Avec rage et d'un air égaré?)
Si tu veux de ta honte obtenir le salaire, Achève. Encore un pas. Remplis ton ministère. Va voir tomber sa tête; arme ton cœur d'airain;
Allons, point de pitié.
( II marche rapidement 'vers la porte par oii Marie est sortie : puis il s'arrête tout-a-coup. )
C'est en vain, c'est en vain:
Non, je ne puis passer cette porte fatale; Non , je nie sens saisi d'une horreur infernale.
Sortons dici Seymour, ne les entends-je pas?
Le supplice s'apprête au-dessous de mes pas. Sortons d'ici. Fuyons cette effroyable image.
(7Z veut sortir par une porte de côté , et la trouve fermée. )
Quoi ! quelque ange vengeur m'ôte-t-il le passage? Faut-il que mon oreille écoute dans ces lieux Les terribles apprêts que repoussent mes yeux ? Où fuir? J'entends la voix qui lui lit la sentence. On l'exhorte. Elle parle. Elle impose silence. Maintenant, elle prie; et de ma trahison Peut-être à Dieu pour moi demande le pardon. Cette espérance, hélas, ne sera pas comblée. Un sourd frémissement règne dans l'assemblée. Oui ; j'entends les sanglots de ses femmes en pleurs. Mais je n'entends plus rien. On se tait...., ah ! je meurs.
( Il prononce ces derniers mots avec une angoisse toujours croissante. Il s'est arrêté un moment. Tout-a-coup , en proie a une émotion déchirante , il pousse un grand cri, et tombe sans mouvement dans les bras de Seymour.)