ACTE V, SCENE V
Jusqu'au dernier moment, qu'elle suive mes pas; C'est elle qui, d'abord , m'a reçue en ses bras ; Sa main ouvrit jadis mes yeux à la lumière: Ah! que la même main ferme encor ma paupière.
Vous le voulez, madame; il faut y consentir.
MARIE
C en est fait. Maintenant je suis prête à partir.
O mon dieu ! s'il est vrai que, dans ta grâce immense,
Le repentir ait place auprès de l'innocence,
Regarde avec bonté ce moment solennel,
Et daigne m'accueillir dans ton sein paternel.
Cette douce espérance en mourant me console.
( Elle se retourne pour partir , et rencontre Leicester. Elle tremble : ses genoux Jléchissent. Le comte de Leicester la soutient. Il détourne la tête , et ne peut soutenir sa vue. La reine le regarde un moment avec gravité et en silence. Enfin , elle lui dit : )
Comte de Leicester , vous me tenez parole ; Pour quitter ma prison , j'attendais votre appui ; Vous venez, je le vois, me l'offrir aujourd'hui. ( Leiceister demeure anéanti. La reine continue avec douceur. )
Oui , Leicester , un jour je conçus l'espérance Que Marie à vos mains devrait sa délivrance ; Et l'espoir d'être libre était encor plus doux , En songeant qu'en effet je le serais par vous ; Par vous , ma liberté me devenait bien chère. Maintenant que je suis prête à quitter la terre,
ioo MARIE STUART.
Que je me sens déjà sur la route des cieux, Que je vais me mêler aux esprits bienheureux, Libre des mouvements qui l'ont troublé sans cesse, Je vous puis de mon cœur avouer la faiblesse , Et sans rougir , si près de me taire à jamais , Dire encore une fois combien je vous aimais. Adieu. Vivez heureux. Plein d'espérances vaines , Vous avez à-la-fois voulu plaire à deux reines ; Et vous avez , aveugle en vos crédules vœux , Trahi le cœur aimant pour le cœur orgueilleux. Aux pieds d'Elisabeth , adorez sa puissance ; Et puisse son amour n'être pas ma vengeance. Allons. Je n'ai plus rien qui m'attache ici-bas.
( La reine sort. On la voit descendre dans le lieu du supplice, éclairée par des flambeaux. Le schérif est devant elle. Anna et Melvil sont a ses côtés. Burlcigh et Paulet la suivent, ainsi que ses femmes et ses serviteurs.)