ACTE I. SCÈNE IV
WALTER FURST
Oh ! le malheureux •! . .
STAUFFACK.
Quel est-il ? . . . [Traiter Furst lui fait un signe.) C'est son fils ! . . Juste Ciel ! . . MELCTAL.
El il faut que je sois loin de lui ! . — Quoi !.. dans ses deux yeux ! . .
WALTER FURST
Contenez-vous, et sachez supporter en homme ee malheur.
MELCTAL.
Oh ! il porte la peine de mon propre crime ! — Il est donc aveugle ? réellement, entièrement, aveugle ? . .
ST AUFFACK.
Je l'ai dit; la vue lui a e'té ravie; il ne contemplera plus la lumière du soleil.
W ALTER FURST
Ménagez sa douleur.
MELCTAL.
Quoi ! plus . . . plus . . . jamais ! [lise couvre les yeux des deux mains , et garde quelques momens le silence, puis il se tourne alternativement vers Furst et Stauffach 3 et dit enfin d' une voix douce et étouffée par les larmes : ) Oh ! que la lumière est un noble
8o GUILLAUME TELL.
présent du Ciel ! . . , C'est d'elle que tous les êtres reçoivent et la vie et le bonheur ! — Pour lui il languira tristement dans d'éternelles ténèbres. — La verdure restaurante des prairies ne le ranimera plus; l'émail des fleurs ne frappera plusses regards. — Mourir n'est rien. — Mais vivre et être privé de la lumière , c'est là le plus grand des malheurs. — Pourquoi me contempler avec tant de tristesse ? Ah ! ma vue est dans toute sa force ; mais je ne puis communiquer à mon père aveugle la moindre étincelle de cet océan de lumière qui se précipite, éclatant, dans mes yeux!...
S TA U FF ACK.
Hcîas ! il faut encore que j'augmente votre douleur. — Ce n'est pas là son unique perle! le Gouverneur l'a dépouillé de tout, et ne lui a laissé qu'un bâton pour aller, nu et aveugle, mendier de porte en porte. M e l c T A L.
Rien qu'un bâton à ce vieillard aveugle ! On lui a tout enlevé , et aussi la lumière du soleil ! ce bien dont jouissent les plus misérables des hommes ! — Qu'on ne me parle plus de retards , de dissimulation ! . . O lâche ! o misérable que je. suis ! . . j'ai pensé à ma sûreté et non pas à la tienne . . . j'ai laissé la