ACTE II. SCÈNE I. g
patrie ! mon ami, le monde étranger et perfide n'est pas fait pour toi ; à la cour orgueilleuse de l'Empereur, ton cœur simple et vrai ne trouvera rien qui lui parle. Il faut au monde d'autres vertus que celles que tu puisas dans ces vallées. Va, vends ton âme libre^ prends un fief, fais-toi valet d'un Prince! taudis que tu peux être toi-même maître et Prince dans ton propre héritage. — Oh ! Ulric ! Ulric ! demeure auprès des tiens!., ne va pas àÀltorf! Oh ! n'abandonne pas la cause sacrée de ta patrie ! — Je suis le dernier de ma race , mon nom finit avec moi. Voilà, suspendus à ces voûtes, mon casque et mon bouclier qui m'accompagneront dans la tombe (1). Faul-il donc qu'à mon dernier souffle de vie je pense que tu n'attends que l'instant de ma mort pour aller devant cette cour nouvelle recevoir de l'Autriche, comme un fief, ce noble et glorieux héritage que je reçus libre de la main de Dieu!
RUDENS.
En vain nous opposons-nous à l'Empereur, le monde lui appartient. \ oulons-nous seuls
(1) C'était un usage établi pour tous ceux qui mouraient sans postérité;
nous roidir contre sa volonté suprême, et interrompre celte chaîne de provinces dont sa puissance nous a entourés. C'est à lui qu'appartiennent et les foires et les tribunaux , c'est à lui qu'appartiennent les roules marchandes: tout doit lui payer tribut, jusqu'au cheval chargé qui monte péniblement le Saint-Gothard. Ses nombreuses possessions nous entourent de tous côtés , et nous enlacenl comme dans un filet. — L'Empire nous protégera, direz-vous peut-être ; mais peut-il se protéger lui-même contre la puissance de l'Auiiiche, qui s'augmente de jour en jour?. . . Si Dieu ne nous secourt pas , aucun chef de l'Empire ne peut le faire. Et d'ailleurs, quelle foi ajouter à la parole des Empereurs quand on les voit , dans leurs besoins d'argent ou d'hommes de guerre, engager à d'autres et aliéner de l'Empire les cités qui étaient venues chercher un abri sous les ailes protectrices de l'aigle. — Non, mon oncle, c'est agir avec sagesse dans ces temps difficiles, où mille partis s'entre-combattent , que de s'attacher à un chef puissant. La couronne impériale passe d'une race à une autre ; elle oublie ses fidèles serviteurs ; mais bien mériter d'un pnuce héréditaire, c'est jeter véritablement des semences dans l'avenir»