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ACTE II. SCÈNE II. lo

MELCTA L.

O noble Slauiïack ! Je l'ai vu, celui qui ne pouvait plus me voir ! j'ai touché ses plaies , ma main tremblante a cherché la place où ses yeux brillaient autrefois, et ses regards éteints ont ranimé dans mon cœur tous les feux de la vengeance.

STAUFFACK.

Ne parlez pas de vengeance. Nous ne voulons pas nous venger de ce qui n'est plus, mais nous opposer à tous les maux dont an sombre avenir nous menace. — Cependant, dites-moi, qu'avez-vous fait dans Unterwald? quels cœurs avez-vous ralliés à la cause commune ? que pensent les habitans des campagnes ? et comment avez-vous échappé vous-même aux pièges de la trahison ? . .

MELCTAL,

Je traversai d'abord les monts terribles des Sarrènes, et, franchissant ces champs de glace, ces vastes déserts, où le sombre vautour fait retentir ses cris rauques et lugubres , j'arrivai à ces pâturages où les bergers d'Ury et d'Endelberg se saluent de loin par des cris répétés, et paissent en commun leurs troupeaux. Là, j'apaisai ma soif avec l'onde pure des glaciers, qui se précipite en écumant dans de profondes

lût) GUILLAUME TELL.

crevasses. J'entrai dans des chalets déserts, et m'y trouvai à la fois hôte et convie; mais j'arrivai bientôt à des demeures où j'aperçus enfin des hommes. — La renommée du nouvel alternat remplissait déjà ces vallées, et à chaque porte à laquelle je frappai dans ma course , mon malheur m'attira un religieux respect. J'ai trouvé ces Ames droites et libres, pleines d'indignation contre ce nouveau gouvernement dont le despotisme nous accable; car, de même que leurs montagnes nourrissent de siècle en siècle les mêmes fleurs , que leurs sources versent des ondes toujours également limpides, que les nues elles-mêmes et les venls suivent invariablement la même roule , de même, dans ces vallées, l'aïeul transmet à son petit-fils ses antiques mœurs telles qu'il les reçut de ses pères : toute innovation téméraire les révolte , et le cours uniforme de leur vie doit rester tel qu'il a toujours été. — Ils me tendirent leurs mains durcies par le travail , et enlevèrent de leurs parois leurs glaives couverts de rouille ; le courage et l'allégresse brillèrent ensemble dans leurs regards lorsque je leur fis entendre des noms sacrés à tous les habitans de nos montagnes, le vôtre, noble SlauBack, et celui de VY aller Furst. — Ils ju-

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