‹ SyllaChapitre 25 sur 286 · SCENE VIL · texte numérisé non relu

SCENE VIL

F/V.LSTUS.

Tu détournes les yeux; tu redoutes mes cris. Sylla ! ne me fuis pas, daigne écouter ton fils. Seul entre les Romains, soumis à ta puissance, Je n'ai point à rougir de mon obéissance; La nature et l'amour m'en imposent la loi : Mais ces devoirs sacrés ne sont-ils rien pour toi? Je ne te parle plus de Rome, de patrie; Non, c'est pour mon ami, c'est pour moi que je prie; Je demande à genoux grâce pour Glaudius.

Mon fils n'a point connu l'affreux Sulpicius :

Mais ignorerais-tu que ce fourbe exécrable,

De nos persécuteurs le plus inexorable,

Sur ta mère elle-même étendit ses forfaits;

Qu'il la força mourante à fuir de ce palais;

Qu'il y porta la flamme; et, pour comble d'outrages,

Des divins Scipions qu'il brisa les images?

Lâche flatteur du peuple, en ces jours pleins d'horreurs,

L'agent de Marius surpassa ses fureurs.

Tel fut Sulpicius, tel Glaudius doit être;

Et mon fils, infidèle au sang qui fa fait naître,

A mon rang, à ma gloire, à ma tendre amitié,

Pour le seul Claudius réserve sa pitié!

5e ÉDITION. 4

FAUSTUS

Ah ! sur ses sentiments Catilina t'abuse :

Cependant lu connais le monstre qui l'accuse;

Tu sais l'indigne amour qui Lrûle dans son sein;

C'est un rival heureux que poursuit l'assassin.

Sans doute Claudius à sa triste patrie

Voit avec désespoir la liberté ravie;

Plein des grands souvenirs à son âme si chers,

L'élève de Caïus porte à regret tes fers :

Mais ce cœur généreux, tout à la république,

D'une liberté sainte adorateur antique,

Abjurant son aïeul dont la main l'accabla,

Condamne Marius plus encor que Sylla.

Ne sois pas insensible h la voix qui t'implore :

Grâce pour Claudius! il en est temps encore

Tu ne me réponds pas, et lu vois ma douleur ! Mon père, au nom des dieux, interroge ton cœur.

La loi parle, Faustus; et, si j'ai dû la rendre,

Ma propre volonté ne saurait la suspendre

Mais, malgré sa rigueur, en des termes obscurs Ma clémence s'y cache; et si, loin de ces murs.. Claudius parvenait par une prompte fuite De tous ses ennemis à tromper la poursuite, Dans l'exil où le sort aurait porté ses pas Mon courroux satisfait ne le poursuivrait pas.

FAUSTUS

Ah! cet espoir suffît à mon âme oppressée,

Et sur tes seuls périls ramène ma pensée.

Ton pouvoir, ton courage, en surmontent l'horreur;

Mais ils frappent mes yeux, et pèsent sur mou cœur.

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